Rubriques

Articles

2046

2046

Dernière rêverie de Wong Kar Wai, présentée au festival de Cannes où son film précédent, In the Mood for Love, avait rapporté le Prix d’interprétation à son acteur principal Tony Leung Chiu-Wai, 2046 est un film mystérieux et nostalgique.

Étant tout à la fois le prolongement d’In the Mood for Love et une œuvre à part entière qui pourrait tout à fait fonctionner sans qu’on ait vu le premier film, 2046 est donc un concept original en tant que « suite » d’un film romantique. Effectivement, il est rare qu’une romance, qui finit mal de surcroît, ait une suite... Mais c’est l’objectif du film que de décrire les affres de la nostalgie d’un amour perdu.

On retrouve donc le personnage de Chow Mo-Wan (Tony Leung), un journaliste raté qui survit en écrivant des romans érotiques, plusieurs années après sa relation amoureuse avec sa voisine (Maggie Cheung Man-Yuk), et l’on suit son parcours qui jongle entre des aventures sans lendemain pour tenter d’oublier... en vain.

L’action se situe donc dans les années 60 comme pour le premier film. Le titre de 2046 renvoie à un roman de science fiction que le anti-héros va écrire et qui va lui servir de catharsis. 2046 est aussi le numéro de la chambre d’hôtel où il s’était réfugié des mois durant pour écrire un roman d’aventures martiales avec sa maîtresse dans In the Mood for Love. Le film est d’ailleurs raconté de façon non linéaire, faisant des allers-retours entre la fiction littéraire (dans le futur donc) et la réalité (pourtant déjà du passé pour nous spectateurs), ainsi que des ellipses temporelles énormes entre les anecdotes contées et les retours dans le temps en flash-back dès que des souvenirs ressurgissent...

JPEG - 11.6 ko
de multiples aventures pour tromper le souvenir de l’Amour manqué


L’intérêt principal du film réside dans les portraits brossés de toutes ces femmes ayant traversé la vie de Chow, portraits justes et touchants, tout en finesse psychologique.

Avec 2046, Wong Kar Wai veut vraiment traduire en images son infinie passion pour La Femme en général, sa force, sa fragilité, ses blessures et, surtout, son éternel mystère (pour l’homme en tout cas) !

Le film frappe aussi évidemment par son irréprochable beauté plastique qui poursuit les recherches du réalisateur et de Christopher Doyle (notamment celles d’In the Mood for Love), mais explore aussi de nouvelles voies, avec l’intrusion de la science fiction dans l’univers de Wong Kar Wai.

Attention, 2046 n’est pas un film formaliste, le fond rejoint parfaitement la forme. Il s’agit avant tout de mettre le spectateur en état de rêverie, d’ivresse des sens, pour qu’il partage avec plus d’affinité et de compassion l’état d’esprit du personnage principal. Car, avec plus de réalisme ou même de clarté linéaire dans le récit, Chow Mo-Wan apparaîtrait comme un sale type, un dragueur sans égard pour ses conquêtes, alors que, grâce à cette description de l’intérieur de son univers mental, l’intimité est telle que l’identification peut se produire : on lui pardonne ses écarts de conduite aussi facilement qu’à soi-même (si, si, c’est toujours plus facile pour soi-même), et on ressent surtout son mal de vivre.

C’est d’ailleurs son indéfinissable mélancolie qui rend ce personnage finalement attachant. Retrouvera-t-il le bonheur auprès d’une autre ?... Peu importe après tout. Le film s’évertue simplement à capturer cette émotion et à nous la faire ressentir comme si elle était nôtre.

La photographie est si travaillée qu’il a fallu pas moins de trois grands cinéastes pour la concrétiser. Christopher Doyle, Lai Yiu Fai, et Kwan Pun Leung se partagent ce travail de titan. Entre reconstitution historique des années 60 et imaginaire d’anticipation pour 2046, rien n’est laissé au hasard. Les costumes, comme les accessoires, sont choisis avec soin en fonction des lumières et des cadres adoptés par le réalisateur, toujours aussi fétichiste avec les objets comme avec les corps qu’il suit en gros plans la plupart du temps. Il joue aussi avec le hors champ ou les recadrages que peuvent fournir les décors (beaucoup de portes et de fenêtres, par lesquelles on s’observe)...

JPEG - 9.9 ko
2046, un numéro de chambre d’hôtel...


La musique joue un rôle tout aussi important que dans In the Mood for Love, en offrant encore des airs entraînants d’Amérique latine à la mode à Hong-Kong dans ces années-là, mais aussi des mélodies romantiques langoureuses. Là, c’est une histoire de goût. J’apprécie peu ce genre, mais comme c’est utilisé avec une telle virtuosité en harmonie avec le montage, on ne peut que reconnaître que ces choix soutiennent le film.

Les acteurs sont bien évidemment tous excellents. Les mérites de Tony Leung n’étant plus à louer, saluons plutôt les performances de ces dames. Gong Li est une femme fatale, joueuse de cartes avec un bandeau sur un œil, surnommée « la mygale noire ». Faye Wong est une jeune Chinoise amoureuse tragique d’un Japonais. Zhang Ziyi a le plus beau rôle (du film mais aussi de sa courte carrière) avec cet équivalent féminin du héros, qui va finalement souffrir de la futilité de leur relation. Ça change un peu des rôles de princesse boudeuse auxquelles elle ne pouvait plus échapper depuis Tigre & Dragon... Et n’oublions pas non plus la présence quasi-subliminale, mais non moins déterminante, de la divine Maggie Cheung Man-Yuk, qui brûle toujours l’écran à chaque apparition !

Ce casting féminin est tout de même étonnant dans le sens où il ne met en avant que des actrices déjà reconnues sur la scène internationale... Facilité de la part de Kar-Wai ou obligation due aux nombreuses scènes à connotation érotique (ne serait-ce que des baisers sur la bouche comme on n’en aurait jamais vu autrefois à Hong-Kong) ? Des actrices qui ne seraient connues qu’en Asie ne pourraient peut-être pas se permettre ce genre de risque pour leur carrière...

2046 est d’ailleurs un film international, dans le sens où son casting est panasiatique (il y a des Japonais), son équipe contient de nombreux Occidentaux (comme Doyle par exemple), ses effets spéciaux et son réétalonnage numérique sont français, mais surtout, son financement est en grande partie français (Paradis Films, Orly Films, Arte France Cinéma, France 3 Cinéma, etc.). On peut y voir là la conséquence des très bons résultats au box-office d’In the Mood for Love, pour un film d’auteur de surcroît, les films de genres asiatiques étant les plus appréciés du grand public.

JPEG - 12.6 ko
2046, la gare d’origine d’un train futuriste qui ne s’arrête jamais !


Déjà, des critiques professionnels s’acharnent à descendre le film. C’est cyclique. Après avoir encensé quelqu’un, il faut être le premier à le critiquer, ça fait bien. Mais n’écoutez pas ces rabat-joie et allez voir 2046... Si le thème et le style vous plaisent, ce qui est tout à fait subjectif et ne dépend jamais d’un quelconque critique, vous passerez un agréable moment, car, malgré la tristesse profonde du sujet, il y a un amour communicatif de la vie et de l’art, ainsi qu’un humour cynique des plus jouissifs.

Wang Jing-Wen : « Vous devriez écrire autre chose, à force de faire des romans pornos on va vous prendre pour un obsédé sexuel... »
Chow Mo-Wan : « Mais je suis un obsédé sexuel ! »



Lire aussi la revue d’Athama ici.

P.-S.

FICHE TECHNIQUE :
Réalisateur, scénariste : Wong Kar Wai
Pays : Hongkong
Année : 2004
Interprètes : Tony Leung Chiu-Wai, Gong Li, Takuya Kimura, Faye Wong, Zhang Ziyi, Carina Lau Ka-Ling, Chang Chen, Siu Ping-Lam, Maggie Cheung Man-Yuk
Directeurs de la photographie : Christopher Doyle, Lai Yiu Fai, Kwan Pun Leung
Monteur : William Chang Suk-Ping
Compositeurs : Peer Raben, Shigeru Umebayashi
Effets spéciaux : Buf
Producteurs : Wong Kar Wai, Eric Heumann, Ren Zhonglun, Zhu Yongde
Durée : 129 min

Article précédent | pret immobilier
Kyouran Ketsunoana

Article suivant | credit immobilier
Thiruda Thirudi


Dans la même rubrique

My Name Is Khan
My Name Is Khan
Ong Bak 2
Ong Bak 2
IP MAN
IP MAN
Chocolate
Chocolate
La Momie - La Tombe De L'Empereur Dragon
La Momie - La Tombe De L’Empereur Dragon

Sur le Web : S'informer sur les conditions d'obtention de votre credit immobilier reste la première action à entreprendre avant d'aller consulter un courtier en pret immobilier afin de négocier le meilleur taux en connaissance de cause. Votre bien immobilier constitue l'investissement le plus important de votre vie. En cas de surendettement, plusieurs solutions de rachat de crédit ou de Crédit hypothécaire peuvent être envisagées. Le référencement naturel dans le secteur immobilier ainsi que du prêt immobilier a donné beaucoup d'abus. C'est de bonne guerre, le référencement payant est si prohibitif.

Articles les plus populaires

Shutter
Shutter
Dor
Dor
King Naresuan