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Aniki, Mon Frère

Aniki, Mon Frère

Neuvième réalisation de Takeshi Kitano en seulement 11 ans, Aniki, Mon Frère nous confirme sa prédilection pour les films de yakusas. L’argument du film est d’ailleurs clair sur son genre : un yakusa d’un certain âge, Yamamoto (Kitano), est forcé de quitter le Japon après la dislocation de son clan à la suite d’une sauvage guerre des gangs. Parti retrouver son jeune demi-frère, un petit voyou de Los Angeles qui « deale » de la drogue, il se met alors en tête d’agrandir ce gang local de manière expéditive, au risque de se mettre à dos les différentes organisations mafieuses du coin.

Pour les amateurs de films de gangsters à la sauce nippone, ce script fait déjà saliver, d’autant plus qu’on se souvient des apparitions glaciales de Kitano dans ses précédents films qui l’ont consacré mythe vivant du cinéma japonais, un acteur qui transforme aussi bien les flics ou les yakusas qu’il interprète en psychopathes taciturnes et sadiques. Mais si son coup d’essai en tant qu’acteur-réalisateur, Violent Cop, était un pur film de genre, un polar d’une rare brutalité, ses films suivants ont développé contre toute attente une sensibilité exacerbée. La vie des yakusas, notamment dans Sonatine, y est dépeinte avant tout comme une grande plage de mélancolie et de contemplation, entrecoupée de brèves flambées de violence de loin en loin. Jeux de gamins, ellipses narratives et gags pince-sans-rire de l’imperturbable Kitano cachent toujours la détresse muette de ses personnages qui sont presque invariablement destinés à se sacrifier pour des principes rigides, souvent pour leur clan. C’est d’ailleurs sans doute pour ses ruptures de ton, ses pointes poétiques, ses qualités de film d’auteur qu’Hana-Bi a reçu le Lion d’Or en 1997, plutôt que pour ses références à un film de genre ultra-violent.



La première chose qui frappe dans Aniki, c’est que pour une fois Kitano a été avare en scènes contemplatives, en interludes poétiques (comme ses propres peintures d’ « animaux-fleurs » dans Hana-Bi ou bien le « chapitrage » farfelu de L’Eté de Kikujiro) dont il a le secret et qui aéraient habituellement l’action de ses films en faisant office de respirations. Ici, il renoue avec un film de genre beaucoup plus franc et nerveux, malgré la présence rassurante de quelques-uns de ses tics de cinéaste (les scènes de jeux divers, dont une sur une plage). On retrouve ses fameux éclairs de violence aux tendances sado-masochistes, une constante dans son oeuvre, mais à ces scènes, toujours brèves, s’ajoute cette fois-ci un grand nombre de fusillades qui apparentent plus que jamais Aniki aux « films d’action yakusa » de Kinji Fukasaku des années 70 comme Guerre des gangs à Okinawa. De plus, ces scènes d’action sont agrémentées d’effets gore qui atténuent un peu leur brutalité (il reprendra le procédé dans son Zatoichi) en leur conférant une violence plus esthétique, peut-être plus proche d’une norme acceptable par un plus grand public.



En même temps, on reste dans l’univers martial des yakusas. Le scénario a la densité d’un film de gangsters détaillant les stratégies adoptées contre chaque gang adverse, et non la linéarité d’un film d’action comme on l’entend à Hollywood. Car le film de Kitano reste très japonais dans son esprit, même s’il a été tourné en majeure partie aux États-Unis. Son personnage ne dit que quelques mots d’anglais, certainement un pied-de-nez aux spectateurs américains, et les scènes en japonais (dont plusieurs longs flashbacks à Tokyo) sont assez nombreuses pour satisfaire les fans hardcore de l’acteur (il est vrai qu’un film où Kitano ne parlerait qu’anglais aurait moins de charme).

L’originalité du film, c’est aussi la confrontation du système clanique des yakusas avec les autres types d’organisations criminelles qui règnent dans une métropole américaine : là où, dans une guerre des gangs, la mafia italienne liquide purement et simplement ses rivaux, le clan fraîchement établi par notre héros nippon vise uniquement à décapiter une bande adverse qui, privée alors de son chef, a alors la possibilité de rejoindre les rangs du clan victorieux. En nous présentant la constitution d’un clan multi-ethnique dirigé par un yakusa après l’absorption d’un gang de Latinos, Kitano considère que l’essence du clan n’est pas l’unité ethnique, mais la soif de pouvoir et de conquête avant tout.



Si l’on ajoute enfin, à côté d’un Beat Takeshi aussi impénétrable que toujours, la présence de ses acteurs fétiches (Ren Osugi et Susumu Terajima, chacun dans une scène-choc) et de nouveaux venus talentueux dans son univers (le volubile Omar Epps, qui apporte une touche gangsta bienvenue au film, et surtout Masaya Kato, un habitué des films de Takashi Miike, qui impressionne de charisme dans le rôle du chef yakusa de Japantown), on obtient un film de genre explosif et ultra-violent bourré de trouvailles sadiques, l’un des films les plus riches de Kitano, et un chef-d’œuvre du film « yakusa gore » qui n’est dépassé dans sa frénésie que par Ichi The Killer de Miike. Autrement dit, Aniki ne ressemble guère à un film américain, malgré son statut de coproduction internationale.

P.-S.

FICHE TECHNIQUE :
Réalisateur, scénariste : Takeshi Kitano
Pays : Japon, U.S.A., Royaume-Uni
Année : 2000
Interprètes : « Beat » Takeshi, Omar Epps, Ren Osugi, Susumu Terajima, Masaya Kato
Directeur de la photographie : Katsumi Yanagishima
Monteurs : Takeshi Kitano, Yoshinori Oota
Compositeur : Joe Hisaishi
Producteurs : Masayuki Mori (Office Kitano), Jeremy Thomas (Recorded Picture Company)
Durée : 114 min
Support : DVD TF1 Video

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