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Fire

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Le premier mot qui vient à l’esprit concernant Fire, c’est paradoxe...car il s’agit d’un film aux multiples paradoxes.

Pour se procurer ce DVD, rien de plus facile : on le trouve avec sa belle jaquette de couleur feu au rayon des films..."Gays & lesbiennes" du célèbre agitateur culturel !!! Oui, oui, vous avez bien lu. Et si le titre original du film est : Fire, il est accompagné d’un sous-titre français : "Quand le désir brise tous les tabous"...
De plus, ce film jouit d’une certaine réputation, puisque lors de sa sortie en salle en Inde, il fut l’objet d’une si grande polémique qu’il fut retiré de l’affiche par décision du gouvernement.
Enfin, ayant eu droit ces dernières années à une flopée de films, non catastrophe, mais catastrophiques, aux scénarios fantômes, basés sur la plastique de quelques débutantes en mal de renommée, on est en droit de craindre le pire de Fire.

Fallait-il vraiment acheter ce film ?
Mais au fait, de quoi s’agit-il exactement ?

Un petit résumé vous apportera une réponse à la seconde question... quant à la première...

Sita (Nandita Das) et Jatin (Jaaved Jaaferi) viennent tout juste de se marier...un mariage arrangé. Sita profite donc de leur voyage de noces au Taj Mahal pour apprendre à connaître son époux. Mais d’emblée ils ne semblent pas avoir beaucoup de points communs.
Le voyage achevé, et comme le veut la tradition, c’est une nouvelle vie qui commence pour Sita au sein de la famille de son mari, à savoir : Ashok (Kulbushan Kharbanda) le frère de son époux, Radha (Shabana Azmi) la femme d’Ashok, ainsi que Biji (Kushal Rekhi) la mère de Jatin et Ashok... sans oublier Mundu (Ranjit Chowdhry) l’homme à tout faire qui est d’une aide précieuse tant pour le restaurant que tiennent Radha & Ashok, que pour s’occuper de Biji clouée au lit.

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Ashok et son guide spirituel

Sita, jeune femme moderne, doit désormais aider Radha à veiller sur Biji et à s’occuper du restaurant. Ce faisant, les deux belles-sœurs passent de nombreuses heures ensemble et apprennent à se connaître, alors que leurs maris ne semblent être que des ombres : Ashok s’est tourné vers la religion depuis des temps immémoriaux et Jatin, qui tient un vidéo-club, rentre tard quasiment tous les soirs.
Très rapidement, Sita découvre la raison des absences nocturnes répétées de son époux : sa maîtresse Julie (Alice Poon). Sita trouve alors réconfort et soutien auprès de Radha, qui lui dévoile la raison de la dévotion d’Ashok, ainsi que la teneur exacte de leur relation.
La complicité qui s’était instaurée entre la jeune et fougueuse Sita et sa belle-sœur Radha, cède alors progressivement la place à une relation amoureuse...

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Les acteurs du film nous expliquant la légende à la base...

A la lecture de ce petit résumé, vous comprenez immédiatement que nous n’avons pas affaire ici à un film Bollywood classique !

Premier paradoxe, ce film indien n’en est pas un... enfin, pas vraiment. Certes, il a été tourné en Inde, avec des acteurs Indiens, mais Deepa Metha, qui a écrit, produit et réalisé Fire, vit au Canada depuis près de trente ans.
A la vue du parcours de Deepa Metha, on ne peut s’empêcher de faire un lien avec Mira Nair. Ces réalisatrices, qui ont quitté leur pays, ont fait leurs armes dans le documentaire et sont de ferventes défenseuses de la condition des femmes en Inde.

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Jatin et Julie sa maîtresse, lors d’un diner avec la famille...

Car c’est de la condition féminine en Inde dont il est ici question. Plus généralement, Deepa Metha remet en cause dans Fire bien des traditions, par l’intermédiaire de ses deux actrices principales. D’un coté Shabana Azmi qui interprète avec justesse le rôle de Radha une femme "ordinaire" mariée depuis près de quinze ans, soumise à son époux et qui s’occupe de sa belle-mère, du foyer et du restaurant familial (interprétation qui lui valut le Prix de la Meilleure Actrice au Festival du film de Chicago). De l’autre coté, Nandita Das qui interprète Sita, une jeune femme de caractère, dynamique, éprise de liberté et qui ne comprend pas toujours le comportement de ses aînés obéissant aux traditions. Elle s’y soumet faute de pouvoir faire autrement, mais ces traditions lui semblent ne plus avoir de raison d’être au 21ème siècle. Et elle ne manque pas d’exprimer ce point de vue quand elle l’estime nécessaire (il faut voir le répondant de Sita face à son mari Jatin !!!).
... Au passage, nous avons droit à une explication visuelle assez drôle de la légende à l’origine de la pratique de Karwa Chauth...

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Radha et Sita veillant sur Biji

Un autre paradoxe réside dans le titre (et surtout le sous-titre français), aguicheur, alors que le film est tout le contraire, ici point de nudité, de scènes volontairement choquantes...non, ici tout est retenue, pudeur et délicatesse... qu’il s’agisse de mains qui se tiennent, de regards qui se croisent... parfois, une obscurité naissante s’impose afin de rester dans cette ligne de conduite.
Il faut tout de suite préciser que le point central du film n’est pas l’homosexualité féminine, ni même les relations entre les hommes et les femmes, bien que ce thème ait une importance toute particulière à travers ces deux couples, ces deux générations divergentes.
Non, il s’agit plus de s’intéresser à la condition des femmes. Attention, ce n’est pas non plus une œuvre féministe militante, mais le sujet est abordé de façon discrète à divers moments tout au long du film. A titre d’exemple, Julie, la maîtresse de Jatin, refuse de l’épouser afin de ne pas devenir "une machine à faire des enfants", mais aussi pour préserver entre eux le désir, ciment de leur relation.
A bien y réfléchir, il est effectivement question de désir dans ce film... mais non de désir physique. Deepa Metha nous narre l’histoire d’une femme en quête d’épanouissement, cherchant à voir son existence reconnue, à ne plus être considérée comme un objet. Effectivement il est donc question de désir, celui d’une enfant devenue femme et qui désire trouver un sens à son existence. Il ne lui manquait que le courage de s’affirmer... apporté par l’élément perturbateur, qui va venir remettre en question un équilibre artificiel.

Un autre paradoxe réside dans la personnalité des protagonistes : ces deux femmes dont le comportement est présenté par un personnage comme "déviant" dans une société bien- pensante, se révèlent être les seuls individus pour ainsi dire "normaux" !!!
Là où les autres personnages représentent une "belle" galerie de portaits des sept péchés capitaux... (je vous laisse le soin de les découvrir), les deux belles-sœurs incarnent des êtres d’une très grande humanité et d’une grande compassion envers les autres.

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Sita une jeune femme moderne

Dernier paradoxe, le film débute par une visite au Taj Mahal, symbole de l’amour pur et éternel, mais le développement de Fire tend à nous montrer au travers de ces deux couples, que cet amour ne serait pas de ce monde... pour finalement...

En ce qui concerne la réalisation, elle est parfaite. Techniquement, elle est d’une simplicité qui convient efficacement au sujet du film, avec un très bel éclairage, des dialogues justes et une interprétation très convaincante des acteurs avec en tête Nandita Das et Shabana Azmi, vraiment touchantes. Les thèmes sont abordés de façon intelligente, même si l’on sent directement derrière les paroles des actrices les convictions de la réalisatrice, qu’il s’agisse du rôle des femmes, de la religion, des traditions... Bref, c’est un film intelligent sans être jamais ennuyant.

Enfin, la musique. Comme mentionné précédemment, nous n’avons pas affaire ici à un film Bollywood classique : bien que le film ne comporte aucune scène dansée, la musique est toutefois bien présente tout au long du film et les compositions d’A.R. Rahman accompagnent discrètement l’histoire qui nous est présentée. Outre la musique originale, on peut également reconnaître d’autres compositions du maestro issues du film Bombay (Bombay Theme, Ek Ho Gaye Hum Aur Tum), ainsi que de grands classiques tels que Aum jai jagdish ou même Mehndi Laga Ke Rakhna de Dilwale Dulhania Le Jayenge interprétée par une fanfare un soir de mariage.

Vous devez maintenant connaître ma réponse à la première question...

PS : Pour ceux qui auraient vu le dernier film de Deepa Metha, Bollywood Hollywood, vous avez vraiment tout à gagner à vaincre vos réticences et regarder Fire.

P.-S.

FICHE TECHNIQUE :
Réalisatrice : Deepa Metha
Pays : Inde / Canada
Année : 1996
Interprètes : Shabana Azmi, Nandita Das, Kulbushan Kharbanda, Jaaved Jaaferi, Ranjit Chowdhry
Scénario : Deepa Metha
Directeur de la photographie : Giles Nuttgens
Compositeur : A. R. Rahman
Production : Bobby Bedi & Deepa Metha
Durée : 108 min
Support : DVD Antiprod, Zone 2, DVD 9, Format Image 4/3, 1.85, Son Stéréo 2.0, Langue : Anglais avec sous-titre Français.

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