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Hana-Bi

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Policier vieillissant, l’inspecteur Nishi décide de quitter les forces de l’ordre afin de passer plus de temps avec sa femme, atteinte de leucémie. Il est également très proche de l’un de ses anciens collègues, blessé pendant son travail et condamné à passer le restant de ses jours dans une chaise roulante. Pour aider les gens qu’il aime, Nishi va s’enfoncer dans un cycle infernal...


Troisième œuvre de Kitano sortie en France après Sonatine et Kids Return, Hana-Bi est le film de la consécration pour son réalisateur, remportant le Lion d’Or au festival de Venise. Kitano devient alors un cinéaste reconnu en Europe, à tel point que ses anciens films encore inédits, dont son tout premier, Violent Cop, vont tous faire l’objet de sorties françaises par la suite. Une reconnaissance artistique d’autant plus tardive que cet ancien acteur n’est passé à la réalisation qu’à la quarantaine, à la manière d’un Clint Eastwood. L’engouement général pour Hana-Bi s’explique par l’extrême richesse du film, qui fait exploser toutes les conventions en mêlant le cinéma d’auteur intimiste au film de genre brutal (polar, yakusa eiga). On est frappé par cette coexistence, tout au long d’un même film, de l’innocence la plus pure et de la violence la plus crue, une sorte de barbarie tranquille en montage alterné rarement vue au cinéma auparavant.


À titre d’exemple, même un cinéaste décomplexé comme Takashi Miike, dont l’œuvre est contemporaine de celle de Kitano, utilise rarement une gamme d’émotions d’une telle amplitude au sein d’un même film, préférant généralement opérer une distinction nette entre ses œuvres auteurisantes (Bird People in China) et ses films morbides (Visitor Q) ou de genre (Ichi the Killer). Dans Hana-Bi, au contraire, on observe une nette dichotomie entre les scènes intimistes du couple, pures bulles de bonheur mélancolique, et les accès de violence de Kitano, lors de ses confrontations avec des yakusas auxquels il doit de l’argent. Le réalisateur étant avare de transitions harmonieuses, le spectateur est souvent déstabilisé par ces variations subites de ton, qui participent de l’éclatement de cette œuvre fragile.


Ce manque volontaire de fluidité dans le rythme est directement lié au montage expérimental de Kitano, dont l’aspect brusque doit certainement beaucoup à son aîné Kinji Fukasaku, le Sam Peckinpah japonais (qui le dirige en 2000 dans Battle Royale, après lui avoir abandonné la réalisation de Violent Cop, le premier film de Kitano). Les œuvres de Fukasaku, auteur dans les années 70 de polars fiévreux peuplés de yakusas à la dérive (Okita le Pourfendeur, Le cimetière de la morale), utilisaient déjà un montage saccadé pour mettre en scène l’univers instable de la pègre. Kitano a certes tempéré la frénésie punk de Fukasaku, mais il nous confirme dans Hana-Bi qu’il aime lui aussi brosser le portrait de personnages suicidaires. En revanche, il prend encore plus de libertés par rapport aux codes du film de genre, qu’il respectait un peu plus à l’époque de Violent Cop. Ici, en effet, on ne sait plus si le héros est un flic ou un gangster, ce qui signifie que le drame humain, autrement dit le film d’auteur, prend le pas sur le film de genre et ses conventions.


Il faut dire que le rôle d’ex-flic sombrant dans une furie meurtrière que l’acteur-réalisateur interprète ici est franchement inquiétant. On a d’ailleurs du mal à croire que la police japonaise ait pu jamais engager un psychopathe pareil. Et, pourtant, le personnage nous réserve quelques moments discrètement attachants, pour la plupart des saynètes avec sa femme, avec laquelle il n’échange quasiment pas un mot, le couple semblant passer le plus clair de son temps à jouer à des jeux puérils, n’hésitant pas à tricher gentiment au besoin ; ces pudiques scènes de jeux sont une constante dans les films de Kitano, mais elles paraissent un peu répétitives ici (celles de Sonatine étaient plus originales), ne dépassant guère le stade de simple ingrédient de la recette Kitano de base (qui comprend également les plages, les héros taciturnes...), autrement dit de la plaisante facilité prévisible, qui explosera dans son film suivant, L’été de Kikujiro.


Beaucoup plus dérangeante est l’histoire annexe du policier handicapé qui se met à la peinture, incarné par le glacial Ren Osugi. Cette histoire apparaît d’autant plus touchante que les étranges tableaux conceptuels que l’on voit dans le film, représentant notamment des croisements d’animaux et de fleurs, sont des œuvres de Kitano lui-même, peintes après son grave accident de moto de 1994 qui lui a laissé le visage à moitié paralysé et parsemé de tics nerveux. Les éléments les plus marquants de ce personnage suicidaire sont justement les longs plans fixes sur son visage, qui participent de la douloureuse lenteur d’Hana-Bi.


Longtemps après la vision du film, on garde le souvenir d’une œuvre froide et difficile, pour sa violence sadique, certes, mais également pour son authentique masochisme (la scène du doigt écrasé de Nishi bloquant la détente du revolver de son adversaire). Le héros se sait condamné, mais ne veut jamais l’admettre, le refoule, une résignation qui nous donne l’impression que Kitano s’est fait violence psychologiquement en réalisant ce film aux troublants relents autobiographiques. Référence incontestable dans la filmographie de son auteur, Hana-Bi a déjà sûrement inspiré plusieurs longs métrages, notamment coréens (Failan, Sympathy for Mr. Vengeance), films noirs morbides à la violence sèche, quasiment sans paroles (tout comme la femme de Kitano dans Hana-Bi, l’un des personnages de Mr. Vengeance est muet), qui ne parviennent pourtant pas à égaler leur probable modèle dans son jusqu’au-boutisme. Frustrant, suffocant, Hana-Bi est une expérience traumatisante pour le spectateur qui, pendant tout le film, espère une bouffée d’air, une envolée lyrique cathartique qui ne se produit jamais vraiment.


Pour conclure, Hana-Bi est probablement le film le plus complet de Kitano, d’une grande variété thématique, mais également le plus hétérogène, alternant des séquences d’une grande puissance visuelle et émotionnelle avec des scènes contemplatives. Une œuvre morcelée, oscillant entre modestie de cinéaste amateur (montage expérimental, scènes ludiques bricolées avec trois fois rien) et prétentions poétiques, un aspect qui dominera dans Dolls (les longs plans systématiques sur les peintures de Kitano, maladroitement utilisées, que l’on aurait préférées à l’arrière-plan). Le final est certainement la scène la plus mémorable de toute l’œuvre de Kitano, laissant le spectateur sur une excellente impression, celle de son film le plus puissant depuis Violent Cop, son coup de maître initial, mais aussi le plus extrême, voire le plus déprimant.

P.-S.

FICHE TECHNIQUE :
Réalisateur, scénariste : Takeshi Kitano
Pays : Japon
Année : 1997
Interprètes : Takeshi Kitano, Kayoko Kishimoto, Ren Osugi, Susumu Terajima
Directeur de la photographie : Hideo Yamamoto
Monteurs : Takeshi Kitano, Yoshinori Oota
Compositeur : Joe Hisaichi
Producteurs : Office Kitano, Bandai Visual Co. Ltd., Television Tokyo Channel 12, Tokyo FM Broadcasting Company
Durée : 103 mn
Support : DVD Arte Vidéo, français et japonais, sous-titres français

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