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Interview de Tetsuya Nakashima

Interview de Tetsuya Nakashima

À l’occasion de la sortie en France de Kamikaze Girls, Fantastikasia a eu l’opportunité de rencontrer le réalisateur du film, Tetsuya Nakashima.

Asia Pulp : Que pensez-vous du titre international du film Kamikaze Girls ?

Tetsuya Nakashima : J’ai été très surpris par ce titre, qui a été choisi sans mon avis. Le titre japonais est « Histoire de Shimotsuma », or même au Japon personne ne connaît la ville de Shimotsuma. Je pensais donc que ce titre pourrait fonctionner n’importe où. Mais il apparaît plus facile d’exploiter commercialement le film sous le titre « Kamikaze Girls ». C’est comme ça...

Fantastikasia : Vous avez commencé par les clips et la publicité, comment en êtes-vous venu au cinéma ?

Tetsuya Nakashima : La raison qui m’a conduit à passer au cinéma, et notamment pour ce film-là, c’est que j’en avais assez du cinéma japonais tel qu’il est proposé au public. Des films sombres, sinistres, au rythme lent. J’avais envie d’offrir au jeune public japonais un film coloré, dynamique, avec une musique omniprésente, de beaux costumes... Car si on veut voir des films pour se divertir, on est obligé de voir des films occidentaux. J’ai donc décidé de faire un film que j’aurais envie de voir...


Asia Pulp : Comment avez-vous connu le roman Shimotsuma Story de Novala Takemoto, dont le sujet semble éloigné de votre univers ?

Tetsuya Nakashima : Lors d’un dîner organisé par un ami producteur, celui-ci m’a donné le roman en me disant qu’il souhaitait que je tourne son adaptation cinématographique. La nourriture et le saké étaient bons, j’ai eu peur que, si je refusais, je doive payer la moitié de l’addition, or je n’avais pas l’argent ! J’ai donc accepté... En réalité, en rentrant ce soir-là, j’ai lu le roman, et malgré mon ébriété, je l’ai dévoré. Dès le lendemain matin, j’ai appelé le producteur pour dire que j’acceptais. Bien que je ne connaisse pas le monde des adolescentes habillées en lolitas ou en yankees, ce que j’ai trouvé frappant dans le roman, c’est la relation humaine, le fait qu’une amitié se noue entre des personnages si différents et les problèmes de communication entre êtres humains qui en découlent. Leur univers et la façon dont elles s’habillent sont secondaires. Ce qui est intéressant, c’est que le personnage de Momoko, qui est si unique, revendique sa différence. Or, comme vous le savez, les Japonais ont tendance à vivre en groupe, et elle au contraire affirme sa différence et se fiche de vivre seule. Elle dit clairement ce qu’il lui plaît et déplaît. Ce personnage m’a beaucoup plu, et si ce film peut permettre de donner du courage à tous ces jeunes gens qui essaient de vivre différemment et ne cherchent pas seulement à s’intégrer au groupe, alors j’aurai accompli quelque chose de bien. L’adolescence est un âge pivot, c’est la dernière occasion de se montrer très différents des autres, ensuite à partir de 18 ans, on rentre souvent dans le rang.

Asia Pulp : Cette histoire de filles différentes qui se rapprochent fait penser à Thelma et Louise. Est-ce volontaire ?

Tetsuya Nakashima : Sans se limiter à Thelma et Louise, je suis un grand fan de cinéma hollywoodien, notamment des « buddy movies » où des personnages différents s’allient pour parvenir à leur but. Pour moi, Kamikaze Girls a plutôt la trame d’un western, avec deux personnages qui se rencontrent, se lient d’amitié et vivent une aventure commune. On retrouve d’ailleurs dans Thelma et Louise des tempêtes de sable, etc. C’est un peu un western également !

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Le réalisateur et l’interprète

Fantastikasia : La trame de l’histoire du grand succès japonais de 2005, Nana, est assez similaire à celle de Kamikaze Girls. Comment avez-vous vécu le succès de Nana ?

Tetsuya Nakashima : Les deux films ont été tournés à peu près en même temps, mais même si l’histoire est comparable, ces films sont très différents. Nana est une histoire tournée de manière classique, avec une mise en scène classique. Pour Kamikaze Girls, tant au niveau du montage que de la mise en scène, j’ai cherché à réaliser un film comme on n’en avait jamais vu, véritablement novateur. Pour moi, les deux films n’ont rien à voir.

Asia Pulp : Malgré un sujet extrêmement urbain, la quasi-totalité des extérieurs est filmée à la campagne...

Tetsuya Nakashima : Ceci est tout d’abord dû au roman, qui se situe à Shimotsuma, en pleine campagne. Ensuite, il est plus intéressant de montrer des jeunes filles fascinées par ce type de phénomène à la campagne qu’à Tokyo. Car à Shibuya, ce genre d’accoutrement ne choque personne ! Par contre, il faut une bonne dose de courage pour s’habiller ainsi dans une zone rurale, aux pieds des montagnes, de la forêt et des rizières avec des vaches pour voisins ! C’est ce qui m’a plu dans le roman et m’a donné envie d’en faire un film.

Fantastikasia : La musique est omniprésente dans ce film. Elle est composée par Yoko Kanno avec laquelle vous avez l’habitude de travailler. Pouvez-vous nous parler de votre collaboration ?

Tetsuya Nakashima : Je connais Kanno depuis plus de 10 ans, elle a toujours fait la musique des mes publicités. À l’époque, nous étions tous deux inconnus. Grâce à cela, malgré qu’elle soit aujourd’hui une star à laquelle il pourrait être difficile de donner des ordres, je peux me permettre de lui demander ce que je souhaite, et elle le respecte ! C’est d’autant plus important pour ce film pour lequel je lui ai demandé de faire des musiques de styles très variés. Car les jeunes Japonaises écoutent toutes sortes de musiques, il me fallait à la fois de la musique classique, des chants traditionnels japonais, de la chanson française, de la pop. Elle a accepté, car nous nous connaissons bien, mais c’est très courageux de sa part de signer une telle musique au style si hétérogène, qui n’a ni queue ni tête ! Elle s’est payé le luxe de sembler maladroite, mais il n’en est rien ! C’est grâce à son talent et à notre amitié que la musique de Kamikaze Girls est ce qu’elle est...


Asia Pulp : Le film est artistiquement très élaboré, à la limite du cinéma expérimental, avec notamment l’utilisation du 8 mm et de l’animation. Comment avez-vous abordé la direction artistique du film ?

Tetsuya Nakashima : En tant que réalisateur de films de publicités, j’ai l’habitude de préparer mes films au millimètre près. J’ai utilisé la même méthode pour ce film, en écrivant un story-board très détaillé. J’ai coutume pour les pubs de faire beaucoup d’expérimentations artistiques. Bien que le jeu des acteurs influe un peu sur la réalisation, tout est consigné à l’avance dans le story-board. Cela dit, pour la scène de la tournée des deux filles des boutiques à Tokyo, pour des raisons de budget, je n’avais qu’une journée pour le tournage. En 35 mm avec les éclairages, etc., c’est quasiment impossible ! J’ai donc choisi de tourner cette scène où elles se baladent de boutique en boutique en 8 mm, et au montage, ça fonctionne très bien !

Fantastikasia : Dans votre précédent film, Beautiful Sunday, comme dans celui-ci, on a une galerie de personnages surprenants, êtes-vous particulièrement attiré par les personnages atypiques ?

Tetsuya Nakashima : C’est lié à mon caractère, je ne suis pas très intéressé par les gens qui mènent une vie considérée comme honorable par le plus grand nombre. J’aime les gens pleins de défauts, plus ils ont de défauts, plus ils sont humains ! Les gens qui sont des modèles pour les autres ne m’intéressent pas. J’aime ceux qui s’habillent avec mauvais goût et ont des comportements peu moraux. Leur humanité réside dans ces failles...

Asia Pulp : Le film peut être considéré comme une condamnation des phénomènes de modes vestimentaires dans sa première partie et se termine presque comme une apologie. Avez-vous souhaité égratigner ces modes ?

Tetsuya Nakashima : Je montre au début mes personnages avec l’œil froid de la société, ce qui se prête bien au ton de la comédie. Mais plus on entre dans l’histoire, plus on apprend à connaître les personnages. Nous nous rapprochons d’elles et nous éprouvons de la sympathie pour elles. Il ne s’agit donc pas d’une apologie, mais d’affection pour les personnages. On retrouve cette progression dans mes autres films.

Asia Pulp : Les deux actrices-chanteuses semblent aussi différentes que les personnages...

Tetsuya Nakashima : Elles viennent effectivement d’univers différents, mais c’était nécessaire. On ne peut pas tourner de « buddy movie » avec des jumeaux ! Elles n’ont pas eu à se forcer, car elles étaient véritablement différentes, tant au niveau des chansons qu’elles chantent que de leur carrière respective. Fukada est une « vétéran » avec beaucoup d’expérience. Elle aime être mignonne (NDLR : « Kawaii ») et s’habiller en lolita dans la vie privée ! C’est une des raisons pour laquelle je l’ai choisie. Elle aimerait pouvoir jouer des rôles de mignonne petite jeune fille toute sa vie ! Quant à Anna Tsuchiya, elle est comme son personnage... Dans son groupe de rock, elle est très directe et rentre-dedans, au point de faire pleurer le producteur à certains moments ! Elle vous lance des regards qui vous donnent envie de disparaître et est toujours prête à se bagarrer ! Ces différences m’ont beaucoup aidé et font que le film fonctionne si bien. Malgré leurs différences, elles se sont magnifiquement bien entendues sur le tournage. Le casting a été très réussi !

Fantastikasia : Pourriez-vous nous dire quelques mots sur votre prochain film Memories of Matsuko ?

Tetsuya Nakashima : Le film est sorti au Japon au mois de mai, c’est l’histoire de la vie tragique d’une femme. C’est une lycéenne qui, à la suite de mauvaises fréquentations et de la rencontre d’un mauvais homme, subit une véritable dégringolade sociale et termine à 53 ans assassinée de manière épouvantable... Une vie de femme malheureuse de bout en bout, mais racontée avec des chansons, des danses. C’est une tragédie musicale ! Il y a des images 3D, des séquences en animation... Memories of Matsuko est encore plus déjanté que Kamikaze girls. Il y a trois fois plus de plans, trois fois plus de musique. On y trouve plein de comédiens, de musiciens, de comiques célèbres. J’ai voulu faire un film où l’histoire et le ton sont complètement opposés ! Le film est très coloré et déjanté et l’histoire très sombre.


Entretien réalisé en collaboration avec Thomas Maksymowicz, rédacteur en chef du magazine Asia Pulp.


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