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L’Été de Kikujiro

L’Été de Kikujiro

Alors que tous ses amis partent en vacances, Masao, un petit garçon de neuf ans, est contraint de rester à Tokyo, où il vit avec sa grand-mère. Mais cet été-là, il s’ennuie plus que jamais et décide de partir lui aussi, car il a très envie de connaître sa mère qu’il n’a jamais vue. En chemin, il fait la rencontre de Kikujiro (Takeshi Kitano), un voyou vieillissant et bougon qui va finalement l’accompagner dans ce voyage...

Dans L’Été de Kikujiro, Kitano reprend une nouvelle fois son rôle fétiche de yakusa qui a fait son succès, notamment dans Sonatine. Contre toute attente, il décide ici d’utiliser ce personnage dans une pure comédie, une sorte de road-movie picaresque où l’on retrouve bien sûr la patte de son auteur : rythme langoureux, jeux improbables qui semblent improvisés, expérimentations de montage qui créent des gags elliptiques étranges... Cette fois-ci, cependant, il choisit de partager la vedette avec un enfant, un jeune acteur mignon, plein d’une grave candeur, bien que son manque d’expérience en fasse avant tout le faire-valoir de Kitano. Car, dans les scènes comiques, ce dernier se montre presque plus infantile que le petit garçon lui-même, un paradoxe de la nature humaine qui constitue tout le sujet du film : comme le rappelle le titre, le véritable héros n’est pas l’enfant, mais le quinquagénaire qui retombe en enfance. Ce parti pris peut paraître simpliste, mais il faut admettre que ce film décousu tient très bien la route et que c’est même son absence de scénario rigoureux qui lui donne de la légèreté, grâce au caractère imprévisible des gags.

Comme toujours dans ses films, Kitano ne donne pas l’impression d’être un acteur qui joue un rôle, mais plutôt un personnage récurrent, avec une forte présence à l’écran, un charisme minéral qui a fait sa réputation au cinéma. Mais contrairement à ses films de yakusas où son attitude monolithique traduisait la froideur et la détermination fanatique de ses personnages, L’Été de Kikujiro nous le présente simplement comme un homme d’âge mûr, fruste et excentrique. Cela ne l’empêche pas de se montrer aussi discrètement attachant, ajoutant une nouvelle nuance à cette comédie douce-amère pleine de fantaisie ; son rôle de voyou gentiment maladroit fait d’ailleurs curieusement penser au personnage de gangster chaleureux et non-violent interprété par Sanjay Dutt dans Munna Bhai, un excellent diptyque hindi à succès qui doit peut-être, qui sait, son inspiration au maître nippon !

Et quand on pense qu’il a déjà réussi des films expérimentaux assez drôles malgré la rareté de leurs dialogues (A Scene at the Sea avait pour protagonistes deux sourds-muets), Kitano nous confirme ici qu’il est l’héritier, peut-être accidentel, de Buster Keaton, son quasi-homonyme qui, bien avant lui, avait déjà créé un personnage invariablement inexpressif, qui évoluait dans un univers burlesque agrémenté de pointes poétiques... Ces dernières (déjà fréquentes dans Hana-Bi) sont bien présentes dans L’Été de Kikujiro, notamment dans son superbe chapitrage en une succession de sketches, chacun introduit par une sorte de carte postale live : encadrés dans un plan fixe, un ou deux acteurs immobiles y scrutent le spectateur, comme s’ils étaient prêts à s’adresser à lui pour lui présenter l’historiette qui va suivre.

Un autre aspect frappant du film, c’est l’aspiration de son auteur à une naïveté primitive, voire à une forme de saine amoralité. Dans cette œuvre apaisée, qui ressemble presque à un film pour enfants, il est en effet troublant de rencontrer un personnage de pédophile qui, dans une scène, veut s’en prendre au petit garçon séparé momentanément de Kitano. Alors que l’on s’attendrait de la part du réalisateur à une condamnation immédiate et sans appel de cette attitude, que ce soit par le biais de la mise en scène (une musique extradiégétique qui accentuerait un sentiment d’inquiétude) ou d’un personnage (Kitano, affolé, qui se précipiterait sur les lieux en poussant des cris), il ne tranche pourtant pas tout de suite. L’intrus ne sera pas condamné « automatiquement » par un préjugé moral, mais seulement à l’issue d’une brève réflexion sur ses motivations, qui vérifiera bien sûr le bien-fondé logique de ce préjugé. La neutralité de la mise en scène traduit bien le désir d’impartialité du cinéaste dans cette séquence, ce qui en accentue l’ambiguïté. Le libre penseur qu’est Kitano constate ainsi, avec une certaine perversité, qu’il faut se méfier des « idées reçues », même si certaines d’entre elles se révèlent parfaitement justifiées après réflexion.

Ce refus de tout manichéisme, cette amoralité qui peut déconcerter le spectateur (ce qui en dit long sur le formatage « politiquement correct » des films, même dits d’auteur, que l’on est habitué à voir) se retrouve justement chez les grands cinéastes japonais contemporains. Tout comme Takashi Miike ou Shinya Tsukamoto, Kitano ne cède jamais à l’autocensure dans ses films (la violence ultra-réaliste de Violent Cop est parfois insoutenable) et ne s’interdit aucune incongruité gratuite, ce qui vaut particulièrement pour L’Été de Kikujiro (le candide motard au T-shirt de heavy metal dessiné par l’artiste dérangé H.R. Giger, la délirante séquence de jeu finale).

Un seul défaut notable toutefois : la musique naïve et agaçante de Joe Hisaichi, pendant longtemps le compositeur attitré de Kitano, dont on préfère franchement les collaborations précédentes, notamment la lancinante bande originale de Sonatine, atout principal du film, qui avait contribué à faire connaître Kitano en France (c’était son premier à sortir dans les salles françaises). Dans L’Été de Kikujiro, on a la désagréable impression que la mélodie simple et entêtante d’Hisaichi a une visée purement commerciale et que l’artiste habituellement sans concession qu’est Kitano a accepté ce compromis. Dommage, car cette musique sirupeuse accentue inutilement le côté puéril de l’œuvre.

Comme tous les films de Kitano des années 90, L’Été de Kikujiro est une œuvre très imparfaite, mais qui tire justement toute sa force de son style heurté, de l’attitude débraillée de son auteur-interprète. Le film est un peu long à démarrer (le premier quart d’heure sur le petit garçon qui s’ennuie, avant l’apparition du personnage de Kitano, peut lasser), mais il sait ensuite régulièrement ménager des ruptures de ton imprévues, qui lui confèrent une exubérance et une spontanéité rares. Malgré sa décontraction, cette comédie contemplative pleine de trouvailles compte parmi les œuvres majeures de son réalisateur (soit la quasi-totalité de sa filmographie !). Ce dernier s’y affirme encore une fois comme un artiste impulsif, libéré de toute inhibition, dont la surprenante liberté de ton trahit l’épanouissement personnel, qu’il fait partager au spectateur. C’est peut-être le dernier film de Kitano qui ait une telle fraîcheur, puisque ses œuvres postérieures, plus ambitieuses et maîtrisées techniquement (Aniki, Zatoichi), n’auront plus ce charme de l’imperfection qui rendaient ses modestes premiers films si attachants... et si humains.

P.-S.

FICHE TECHNIQUE :
Réalisateur : Takeshi Kitano
Pays : Japon
Année : 1999
Interprètes : Takeshi Kitano, Yusuke Sekiguchi, Kayoko Kishimoto, Yuuko Daike
Scénariste : Takeshi Kitano
Directeur de la photographie : Katsumi Yanagishima
Compositeur : Joe Hisaichi
Producteurs : Shinji Komiya, Masayuki Mori, Takio Yoshida
Durée : 121 mn
Support : DVD TF1 Vidéo, français et japonais, sous-titres français

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