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Lagaan

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Un film indien dit populaire n’a sûrement pas été projeté en France depuis Qurbani apparu en 79 à Cannes. La sortie de Lagaan sur les écrans français est plus qu’un évènement ! C’est historique ! Puisque c’est la première fois qu’un film de Bollywood prend l’affiche ici. La France semble vouloir s’ouvrir depuis deux ans aux cinémas étrangers et, notamment, à celui de l’Asie. Hong Kong fut et reste énormément plébiscité. La Corée commence à se voir diffuser aussi. La dernière audace était de tenter l’Inde, et voilà qui est fait avec Lagaan, film à grand budget. Nous avons déjà eu Le Mariage des moussons de Mira Nair, mais ce dernier fait plutôt partie des films d’auteur. Sortir Lagaan en salle relève donc de l’exploit quand on sait que le public français ou occidental est totalement hermétique à tout ce cinéma. Passe encore l’action basique ou la bastonnade musclée, mais avec des chansons tous les quarts d’heure, le public risque de se croire devant un Walt Disney !

Prenons cependant Lagaan au premier degré comme le souhaiteraient tous les réalisateurs de films indiens. À dire vrai, regarder un film de 3 heures 40 minutes n’est plus dans nos habitudes (plutôt tournées vers le 1 h 30 américain), mais je me suis rendu au cinéma avec un certain entrain. Et là, j’aperçois une petite queue. Il faut dire que le film n’est projeté que dans très peu de salles à Paris. Cela m’a fait plaisir de voir des spectateurs pittoresques : de vrais Indiens de l’Inde (enfin en apparence ^_^) ! Les femmes étaient habillées en sari ; cela donnait déjà une certaine ambiance. Pour mémoire, les Indiens vont au cinéma en famille, c’est-à-dire parents, enfants, grands-parents, cousins, neveux, nièces... ! Un visionnage collectif ! C’est un peu ce qui est arrivé dans ce cinéma où j’avais eu l’impression que la vingtaine de personnes se connaissaient.

Parlons un peu de l’histoire du film : « En 1893, au centre de l’Inde, les villageois de Champaner attendent en vain la mousson. Pour humilier ce peuple au bord de la famine, le capitaine Russel, chef de la garnison britannique, veut doubler le « lagaan », l’impôt sur les céréales. Le jeune Bhuvan, qui dirige la protestation contre cette injustice, se voit proposer par l’officier un terrible pari : si les Indiens battent les Anglais au cours d’un match de cricket, ils seront exemptés de « lagaan » pendant trois ans ; s’ils perdent, ils devront payer un triple impôt. Bhuvan accepte le pari mais n’a que trois mois pour former son équipe... »

Cela semble donc être un film sur le sport, genre habituellement traité à Hollywood avec la boxe, le base-ball ou le football. Ici, si nous prenons au sérieux le scénario. C’est plus qu’une histoire sur le cricket, mais bien une grosse partie de l’histoire de l’Inde qui va se dérouler devant nos yeux. Et, justement, nous avons en sous-titre Once Upon a Time in India. Ce titre nous interpelle quand on sait que Tsui Hark a fait Once Upon a time In China. Suit-on la même logique ici ? Cela semble être le cas compte tenu des ressemblances dans le sujet traité : l’histoire d’un pays à un carrefour de civilisations, les différences ethniques, le Blanc contre l’Autochtone (ou inversement), la révolte, le choc des cultures... Là où Tsui Hark nous fait une ode nostalgique aux arts martiaux chinois, Ashutosh Gowariker, le réalisateur, nous montre le goût de vivre des Indiens et leur enthousiasme à danser et à chanter. Maître Wong Fei Hong se bat pour délivrer son pays du joug des étrangers, alors que Bhuvan essaie plus modestement de ne pas payer le lagaan. À l’instar de Wong, Bhuvan va d’abord régler les dissensions internes avant de s’attaquer aux Anglais. Là où Once Upon a Time in China échoue à séduire le public occidental, Lagaan possède tous les atouts pour ce faire. Eh oui ! Il n’incorpore pas d’humour cantonais ;o).

Dans cette lutte, Bhuvan doit donc apprendre des Anglais afin de mieux combattre ces derniers sur leur terrain. Le film utilise bien sûr les poncifs du genre. C’est cependant fait avec soin. Le héros Bhuvan trouve en Elizabeth, la sœur du capitaine, un soutien sans faille. Elizabeth n’est pas sans nous rappeler la grandeur d’âme des femmes occidentales comme on le voit dans les livres pour enfants. Beauté, générosité et intelligence. Cette femme se soulève contre les injustices et pourtant, à cette époque, elle n’est pas en situation de force. Cela montre que les Britanniques ne sont pas tous des colonisateurs sans vergogne.

Une histoire d’opposition, mais une histoire d’amour aussi. Et Lagaan ne manque pas d’amour ! Là aussi, chant et danse font en sorte que la magie opère. On retrouve la pureté originelle si on veut y croire pour trois heures et quarante minutes. Quand notre esprit se met dans le mode du premier degré, on se laisse facilement emporter. Le corps se meut, le cœur palpite. Difficile d’émettre une critique. Ce n’est en aucun cas un film d’auteur - même si nombre de journalistes « intellectuels » du cinéma en parlent abondamment - mais bien un film typique de Bollywood à connotation historique toutefois. Cela change beaucoup les Indiens passionnés de leur cinéma habituel. Qu’ils aient accepté ce changement prouve que le film est fait avec beaucoup d’intelligence, capable de réconcilier les « pensants » et les « sentants ».

Lagaan aborde le thème de la lutte anti-colonialiste, mais n’oublie pas non plus le problème indien des castes. Là encore, ce cas est judicieusement mis sur le tapis. Quand on lutte pour la liberté, il faut nettoyer d’abord devant sa porte. La leçon est rapide, mais elle a le mérite d’être directe. Les tergiversations ne sont pas de mise. N’oublions pas que Bhuvan n’a que trois mois pour former une équipe valide afin de battre les Anglais qui jouent au cricket comme ils boivent le thé !

Le message est on ne peut plus clair : si on veut survivre, il faut non pas oublier les différences, mais les accepter et utiliser les particularités de chacun pour enrichir la communauté. Le film s’attache donc à réconcilier un peuple (raccourci au village de Bhuvan évidemment). On voit dans l’équipe de Bhuvan des personnages typiques des films indiens, réunis dans un même panier. Chaque personnage a donc son importance (La communauté de l’Anneau ?) Comme on souhaite les développer tous, on ne s’étonne pas de la longueur du film.

Les scènes clés se trouvent donc dans le match de cricket. Le suspens est à son comble jusqu’à la fin. Une fin qui s’étire d’ailleurs un peu trop et qui aurait gagné à être plus courte. Nul doute qu’avec Lagaan tout le monde peut maintenant comprendre les règles du cricket ! Par cette longueur, la musique stressante à la western spaghetti finit par nous fatiguer. Heureusement qu’il y a une fin.

À noter que le film traite aussi de la misère des paysans face aux aléas de la pluie. Cela est bien vu quand on sait que, même aujourd’hui, beaucoup de régions de l’Inde dépendent du bon vouloir de la mousson. Le questionnement face au ciel il y a un siècle se retrouve dans le regard des mêmes petits gens d’aujourd’hui.

Reste à parler de l’interprétation des personnages. Tous ont une personnalité profonde et des aspirations diverses. Chaque acteur est bon, qu’il soit indien ou anglais, ce qui est fort réjouissant ! Quelques personnages anglais importants font l’effort de parler hindi, ce qui est tout à fait plaisant ! Rachel Shelley (Elizabeth) fait une très bonne prestation, et son rôle est déterminant. On pourrait reprocher avec sourire le caractère ridicule de son personnage dans certaines scènes. Si on fait cela, on se met alors dans le mode « réflexion » et l’on quitte ainsi le premier mode. Si nous parvenons à rester dans ce premier mode, son personnage est parfait ! D’ailleurs son interaction avec Bhuvan est charmante, notamment tous les quiproquos découlant du passage de l’anglais à l’hindi. Signalons qu’Aamir Khan a reçu le Prix d’interprétation masculine pour le rôle de Bhuvan à l’ International Indian Film Academy Awards (IIFA).

La musique, primordiale dans les films indiens, est souvent extrêmement soignée, puisque le spectateur doit pouvoir fredonner les différents morceaux en sortant de la projection. Lagaan est ainsi un film marquant par sa musique et ses nombreuses chansons, à tel point que, même si vous ne comprenez rien à l’hindi, vous sortirez de la salle en chantant « O Ri Chori ... », « Ghanana Ghanana Ghir », « Radha kaise na... ». La chorégraphie n’est pas en reste. Les acteurs glissent sur le sol transportés par une légèreté divine ! Sur le même élan, certains (les plus téméraires ou fous) pourraient sortir de la salle de cinéma et sauter sur les lampadaires en dansant à un rythme effréné ^___^ ! Attention aux autres Parisiens endormis dans leur métro-boulot-dodo, qui ne comprendront pas pourquoi vous êtes animés de vie ! ! ^_^

La mise en scène est très solide, soutenue par une très bonne qualité photo. Ce film n’a rien à envier à la technique hollywoodienne, signe d’un important budget. Imposants aussi sont les moyens mis en œuvre pour les décors. Les figurants destinés à donner du poids aux scènes ne sont pas oubliés non plus ! Que demande le peuple ?

Que pouvons-nous reprocher à Lagaan ? Rien... même pas les 3 heures 40 minutes de bonheur que nous avons eues ! Quand pourrons-nous revoir un film de Bollywood sur grand écran ?

Voir les chansons de Lagaan traduites en français

Fiche technique :
Titre : LAGAAN
Sortie le : 26 juin 2002
Durée : 3h 40 mn - Inde - 2001
Réalisateur : Ashutosh Gowariker Avec Aamir Khan , Raghubir Yadav , Rachel Rachel Shelley, Paul Blackthorne , Raj Zutshi
Scénario : Ashutosh Gowariker
Photo : Anil Mehta
Musique : A.R. Rahman
Production : Aamir Khan
Distribution : Rezo Films

— Test DVD Lagaan—

Historique, cette sortie de DVD d’un film de Bollywood. Ils n’ont pas choisi n’importe lequel pour initier les occidentaux puisque justement le film illustre le combat qui opposait l’Inde aux Anglais. Une confrontation de culture à travers un sport. Solutionner un conflit de manière pacifique, voilà l’idée !
Sur les linéaires d’un hypermarché, le DVD Lagaan se démarque d’entre tous par une couleur jaune orangé bien percutante. Je l’ai acheté dès sa sortie, sans y réfléchir puisque le film m’a énormément plu au cinéma.
Séparé en 2 DVD (3h40 quand même), le film retranscrit en ces galettes respecte le format cinémascope original. Le doublage français est inclu. Apparemment, les meilleurs doubleurs français n’ont pas été sollicités, c’est une certitude mais peu importe, nous avons la version originale sous-titrée. Un doublage français contribue à faire connaître le film à un large public. On peut se demander quel titre asiatique peut prétendre avoir une bon doublage aujourd’hui ? Même Tigre et Dragon a été sacrifié.
Ici, malgré la faiblesse du doublage, il a été fait avec intelligence. En effet, les indiens ne sont pas affublés d’un accent étrangers quand ils se parlent entre eux. Cela paraît évident mais beaucoup d’oeuvres ont été détruites comme ça, par un doublage raciste. Dans Lagaan, nous nous plaçons donc du côté des indiens puisque toute l’intrigue se situe chez eux et quand les étrangers parlent hindi, ils ont un léger accent. Quand ils s’expriment en anglais, l’anglais n’est pas doublé. On a enfin compris le bon sens des choses. Un grand pas en avant !

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Un coffret luxueux qui se montre digne du film


En tout cas, les images sont magnifiques et le son est puissant (qualité 5.1 quand même !). Que demander de plus si ce n’est l’envie d’avoir des Bonus supplémentaires pour ce prix (prix indicatif 27,99 €). Et des bonus nous en avons ! J’ai été heureux de découvrir une longue scène inédite ! 0n retrouve avec plaisir ces acteurs si attachants dans d’autres moments. Les inclure dans une version longue serait trop expliciter certaines scènes. De courtes filmographies complètes les annexes.
Un petit livret explicatif sur Bollywood et la genèse du film est disponible avec le coffret. Très agréable à lire et à consulter avec de très belles photos. Là, ils ont fait un effort louable ! Peut-être que certains auraient voulu plus de bonus vidéo qu’un livret... Ce DVD n’est pas fait pour les fans de Bollywood (même s’il est magnifique). Il est surtout destiné à initier un public néophyte. L’objectif est amplement atteint ! Je salue ce geste et recommande chaudement d’acheter illico le DVD. Il faut se rappeler que c’est à peine plus cher qu’un DVD classique. Nous voyons une réelle volonté de nous fournir un très beau DVD tout en négociant avec le prix. N’oublions pas toutefois que si cette opération se solde par un échec, nous risquons de ne plus avoir d’autres films de Bollywood.

Note du DVD : 9/10.
Réalisation : Ashutosh Gowariker, Acteur : Aamir Khan , Gracy Singh , Rachel Shelley , Suhasini Mulay , Raghuveer Ydav Langue : Version originale (Dolby digital 5.1), anglais (Dolby digital 5.1), français (Dolby digital 5.1). Sous-titres : français, anglais, arabe. Format image : 16:9 compatible 4/3 format d’origine respecté 2.35

Contenu du coffret :

- Les films annonces

- Les filmographies

- La scène supplémentaire


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