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Le Secret des Poignards Volants

Le Secret des Poignards Volants

Après le très beau Hero et son succès d’estime, Zhang Yimou reprend du service dans le même genre. Hero avait enterré le wu xia pian dans mon coeur, je n’étais donc pas convaincu de ce nouveau projet. Certains sites de cinéma asiatique anglais nous abreuvaient d’images depuis un moment. Pas de doute, le film sera somptueux. Va-t-il égaler la beauté plastique incroyable de Hero ? Malgré la déception, la graine de la curiosité est semée ! Cette graine va grandir démesurément... La sortie du film se fait cruellement attendre.

C’est donc avec un entrain réjoui que je me rends avec une partie de la rédaction à l’avant-première. La salle se remplit vite, beaucoup se cherchent une place. Aucun siège n’est laissé vacant. La projection commence avec un son trop fort. Mais ne boudons pas notre plaisir, les premières images, impressionnantes, nous laissent pantois.

C’est ainsi qu’immédiatement nous sommes transportés dans un monde d’une beauté fascinante, le monde du wu xia pian. Une maison close, lieu de départ, prend des proportions gigantesques dans des décors majestueusement travaillés. Chaque détail est façonné avec amour. Je pleurerais presque de joie de me retrouver dans ce que j’appellerais Le Seigneur des Anneaux version chinoise. L’entrée en matière se montre magistrale, chaque acteur possède sa répartie juste. Chaque plan est taillé dans du diamant où le regard se reflète à l’infini. Décidément, Zhang Yimou n’a rien perdu de son travail sur Hero et continue de plus belle ! Son style se montre encore plus affirmé, tout semble parfait. Aucun élément n’est laissé au hasard, ce qui nous enferme dans une attente plus grande encore pour la suite des évènements. Il ne peut y avoir qu’une démesure face à cette grandiloquence de la mise en scène et de la surenchère d’effets !

Mais ce savoir-faire précieux est-il mis au service d’une bonne histoire ? À première vue, on s’aventure à dire que Zhang Yimou tient un récit digne d’intérêt et que l’on a hâte d’en connaître les tenants et les aboutissants... Imaginez une intrigue mêlant l’empereur de Chine et les multiples clans de l’empire, et immédiatement les anciens films de sabre ressurgissent dans notre esprit ! Ici, on nous promet rien moins que la chasse au plus terrible des clans, celui des Poignards Volants ! Et pour cela, deux policiers impériaux vont se donner la mission de débusquer le fameux chef des Poignards et ainsi obtenir récompense !

Comme vous le voyez, nous nous retrouvons dans un univers très particulier qui a ses codes. Le wu xia pian ou l’heroic fantasy chinoise renferme des récits avec une ambiance et un décorum qui ne sont pas encore très connus en Occident. Le travail d’orfèvre d’Ang Lee pour Tigre et Dragon a su subjuguer nombre de spectateurs. L’autre aspect important de toute épopée chinoise réside dans la gestion des combats d’arts martiaux. Le récit trouve ses rebondissements dans les affrontements (à l’instar d’un mélodrame de Bollywood qui trouve ses ficelles dans les chansons). Tigre et Dragon a placé la barre très haut, et il a fallu repenser tout l’art du combat avec des armes et comment bien filmer ces combats aujourd’hui. Hero a apporté une réponse, et son directeur de combat Ching Siu Tung (réalisateur d’Histoire de fantômes chinois) n’a rien à envier à Woo Ping (Matrix). Néanmoins, cette réponse s’est montrée assez incomplète. Les combats dans Hero étaient plus spirituels que pratiques. Dans Le secret des Poignards Volants, on peut dire sans conteste que notre directeur des combats balaie avec une prétention incroyable les échanges virevoltants de Tigre et Dragon et nous démontre que l’on peut encore repousser plus loin cet art de la chorégraphie martiale. Qu’on peut encore surprendre et saisir l’esprit des spectateurs ! Jubilatoire est le mot qui vient à la bouche en assistant aux affrontements entre les personnages et leur gestion ahurissante de leur espace de combat. Il me semble voir ce qui se fait de mieux actuellement. La violence et l’esthétique se rejoignent par la magie d’un calligraphe martial surdoué. Aucune séquence belliqueuse n’est épargnée par ce pinceau agile et précis, et chaque morceau de bravoure se grave dans notre mémoire pour longtemps.

De leur côté, les costumes confectionnés avec soin donnent une grâce infinie au mouvement, mais, surtout, la crédibilité nécessaire. Étoffes délicates et chamarrées, mais sans disharmonie colorée. Bravo !

Le film est-il pour autant un chef d’oeuvre ? Malheureusement, non. L’épopée fantastique que l’on entrevoyait est reléguée au second plan pour nous faire plonger dans une histoire d’amour classique, le triangle amoureux. On se croirait dans un wu xia pian coréen où on se préoccupe de caser une histoire d’amour à chaque coup d’épée. Ici, on aimerait que le réalisateur délaisse un peu ses personnages pour construire une intrigue plus ambitieuse. On s’en moque un peu de l’histoire d’amour. Il est vrai que c’est une composante importante des films de sabre chinois, mais diriger entièrement l’éclairage dessus, c’est risquer de décevoir pas mal de fans de wu xia pian qui attendent autre chose. Pourtant, si l’histoire d’amour était bien faite, elle n’aurait pas gêné. Or, on a plutôt l’impression que les personnages principaux se forcent à aimer et à se couler dans l’histoire que l’on a écrite pour eux. Il en résulte des automates froids, trop éloignés de nos préoccupations. Cela dit, on ne peut pas vraiment jeter la pierre au réalisateur, car ces artistes martiaux ne peuvent exprimer leur sentiment que de la manière montrée dans le film. Il faut comprendre que, dans ce monde-là, l’amour n’a pas sa place, car l’individu n’existe que pour son clan. Tout sentiment amoureux doit s’effacer devant le devoir. Dans ce cas, pour éviter la froideur, il faut des acteurs exceptionnels. Zhang Ziyi se montre la plus convaincante. Son talent est indéniable, et elle éclairerait la grotte la plus obscure. Le bellâtre Takeshi Kaneshiro se trouve dans une posture difficile et n’arrive pas à nous « enjôler » comme le veut son personnage. Pour finir, Andy Lau est probablement le plus mauvais des trois. Il ne semble pas savoir ce qu’il vient faire dans cette romance d’autant plus que son rôle est mal défini par l’histoire elle-même. Ainsi, le triangle se dessine à coup de craie au lieu d’être plus subtilement couché avec un pinceau, l’alchimie entre les trois ne prend à aucun moment. Ils ont beau s’époumoner, la caravane ne s’arrête pas.

Étant donné que cette histoire d’amour - point central du film - ne fonctionne pas, cela ne nous passionne guère. L’ennuie commence à s’installer petit à petit. La pénibilité est évitée de justesse... Une heure de mélodrame n’est de trop que si elle ne nous convainc pas. Il n’empêche qu’on se frappe virtuellement en se disant que le réalisateur tenait tout pour nous raconter une très belle histoire et nous sortir un chef d’œuvre qu’on relaterait à nos enfants... Au fil des minutes, le film lui échappe pourtant.

Le secret des Poignards Volants a tout pour plaire et pêche donc par ses personnages inintéressants. Zhang Yimou s’est-il trop penché sur la photographie et les combats pour en oublier la direction d’acteur ? Il demeure que je n’ai jamais vu d’images aussi belles (les magnifiques décors tapissent encore les murs de ma mémoire) ni de chorégraphies martiales aussi étonnantes qui forcent immédiatement le respect (mirifique !). Les effets spéciaux de-ci, de-là achèvent de rendre l’illusion parfaite. Cela laisse rêveur pour le futur de l’heroic fantasy asiatique. Les nouvelles fondations sont là, il faut maintenant réadapter un roman de chevalerie classique de Gu Long, par exemple, et nous offrir des équivalents du Seigneur des Anneaux ! On ne peut s’empêcher de regretter que Zhang Yimou soit passé encore une fois à côté d’un chef d’œuvre... Pour ma part, il s’y approche déjà plus que dans Hero. Peut-être que le prochain sera le bon ? Croisons les doigts...

P.-S.

FICHE TECHNIQUE :

Titre original et titre anglais : Shi mian mai fu - House of Flying Daggers

Réalisateur : Zhang Yimou

Pays : Hong Kong et Chine

Année : 2003

Interprètes : Andy Lau, Zhang Ziyi, Takeshi Kaneshiro, Song Dandan

Scénaristes : Zhang Yimou, Li Feng, Wang Bin


Directeur de la photographie : Zhao Xiaoding

Monteur : Cheng Long
Directeur des combats : Ching Siu-Tung

Compositeur : Shigeru Umebayashi

Costumière : Emi Wada

Producteur : William Kong

Durée : 119 min

Support : Sortie française cinéma le 17 novembre 2004 - Déjà disponible en DVD zone 3

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