Accueil > Articles > Locataires

Rubriques

Articles

Locataires

Locataires

Lauréat de plusieurs prix au festival de Venise, Locataires met en scène Tae-Suk, un jeune homme taciturne qui s’installe secrètement dans les demeures vides de sa ville sans jamais rien y voler. Un jour, dans l’une de ces maisons, il fait la connaissance de Sun-Houa, une femme maltraitée par son mari. Tous deux tombent amoureux, et Sun-Houa suit Tae-Suk dans ses pérégrinations.

Cinéaste qui aime sa liberté, le prolifique Kim Ki-Duk a encore une fois produit lui-même ce film à petit budget, tourné en partie dans son propre appartement et filmé en seulement 16 jours. C’est même son second film de l’année 2004, après Samaria. Le résultat est impressionnant de maîtrise technique, présentant une grande élégance dans la mise en scène et la photographie. Cette clarté de l’ensemble se manifeste aussi dans la narration : l’histoire est d’une grande simplicité, notamment parce que les deux protagonistes n’échangent pas une seule conversation de tout le film. Leur mutisme absolu n’est jamais expliqué, parti pris assumé par Kim Ki-Duk qui ne les fait donc communiquer que par de rares gestes ou regards, imprimant à son film une langueur qui l’apparente au cinéma contemplatif. Kitano avait déjà utilisé ce procédé dans le très ressemblant A Scene at the Sea, qui mettait en scène un couple de sourds-muets passionnés de surf (mais notre couple coréen, lui, préfère le golf, un sport qui donne lieu à plusieurs scènes extravagantes).

L’intérêt du film de Kim Ki-Duk, c’est qu’il ne tarde pas, à la faveur d’un étrange fait divers, à opposer le fragile îlot d’innocence de nos deux héros à la grossièreté abyssale du monde qui les entoure, représenté par des personnages stéréotypés : le mari dominateur, le flic laxiste, le maton brutal... Locataires serait-il en fait une réflexion sur la violence dans la collectivité sud-coréenne ? C’est ce que semble soutenir le réalisateur dans une interview : « Si mes personnages parlent peu, c’est aussi parce que ce sont des gens profondément meurtris. » Il est cependant dommage qu’il fasse preuve d’un tel manichéisme en opposant sommairement ses deux jeunes incompris à une société impitoyable ; cette simplification aurait été plus pertinente dans le cadre d’une comédie satirique, mais elle paraît ici assez artificielle et nuit aux ambitions poétiques du film en y engendrant trop de scènes prosaïques un peu faciles (celles qui opposent nos « gentils » marginaux aux « méchants » représentants de l’ordre).

À sa décharge toutefois, le cinéaste semble plus se préoccuper de style que de réalisme social ; les apparentes invraisemblances du récit reflètent ainsi l’état mental des deux amoureux, peut-être muets à la suite de traumatismes graves. Mais on ne sombre pas pour autant dans l’onirisme pur : il est intéressant de remarquer que ce film contemplatif est urbain, contemporain, alors que ce genre de cinéma à vocation poétique use plutôt d’habitude du charme de paysages naturels ou d’une époque révolue. Rien de tout cela ici, au contraire, l’accent est même mis sur la technologie moderne (CD, chaîne hi-fi, appareil-photo numérique). Locataires fait songer à ce sujet à Tokyo Eyes de Jean-Pierre Limosin, qui nous contait une histoire d’amour japonaise sur fond de jeux vidéo et de techno : les deux films nous présentent en effet la technologie moderne comme faisant naturellement partie intégrante de la vie des jeunes citadins, et non comme quelque chose d’artificiel qui créerait une dépendance chez les utilisateurs, voire une forme de déshumanisation, deux clichés évités par Kim Ki-Duk. S’il y a quelque chose qui manque d’humanité, pour lui, ce n’est pas la modernité, assimilée au progrès, mais la tradition, puisque c’est l’incompréhension de la société phallocrate et patriarcale qui a entraîné les déficiences de communication de nos deux héros.

Locataires est donc une œuvre inégale mais riche, un beau film froid ponctué de trouvailles excentriques qui met en scène une rencontre amoureuse atypique, alternant poésie naïve et scènes brutales grâce à des ruptures de ton surprenantes. Le parti pris de faire un film avec des protagonistes silencieux peut déconcerter, parce que cela limite l’identification du spectateur à ces deux personnages apathiques ; mais même si le dispositif de « film muet » adopté par le cinéaste est un peu abstrait et trop systématique, il nous réserve assez de surprises pour que l’exercice de style soit globalement réussi.

P.-S.

FICHE TECHNIQUE :
Réalisateur, scénariste : Kim Ki-Duk
Pays : Corée du Sud
Année : 2004
Interprètes : Lee Seung-Yeon, Jae Hee, Kwon Hyuk-Ho
Directeur de la photographie : Jang Seung-Baek
Compositeurs : Slvian, Natacha Atlas
Producteurs : Michiko Suzuki, Kim Ki-Duk Film
Durée : 84 min
Support : DVD Wild Side Video

Article précédent | pret immobilier
Fanaa

Article suivant | credit immobilier
The Lovers


Dans la même rubrique

My Name Is Khan
My Name Is Khan
Ong Bak 2
Ong Bak 2
IP MAN
IP MAN
Chocolate
Chocolate
La Momie - La Tombe De L'Empereur Dragon
La Momie - La Tombe De L’Empereur Dragon

Sur le Web : S'informer sur les conditions d'obtention de votre credit immobilier reste la première action à entreprendre avant d'aller consulter un courtier en pret immobilier afin de négocier le meilleur taux en connaissance de cause. Votre bien immobilier constitue l'investissement le plus important de votre vie. En cas de surendettement, plusieurs solutions de rachat de crédit ou de Crédit hypothécaire peuvent être envisagées. Le référencement naturel dans le secteur immobilier ainsi que du prêt immobilier a donné beaucoup d'abus. C'est de bonne guerre, le référencement payant est si prohibitif.

Articles les plus populaires

Shutter
Shutter
Dor
Dor
King Naresuan