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Rares sont les réalisateurs bollywoodiens à s’aventurer du côté de la comédie de mœurs psychologique tant il est vrai que ce style est ancré dans une tradition "occidentalisée" du cinéma : Truffaut, Cassavetes, Almodovar, Bergman... C’est ce dernier auquel Khalid Mohamed rend hommage avec Tehzeeb, en nous proposant carrément sa propre vision de Sonate d’Automne (1978).

Il s’agit avant tout d’une affaire de femmes. De deux femmes très fortes. A ma droite, Rukhsana Jamal (Shabana Azmi) est une chanteuse à succès qui porte en elle tous les stéréotypes des divas du show business : arrogance, égocentrisme, férocité envers ses proches. Elle fut même à une époque accusée d’avoir assassiné son mari (Rishi Kapoor) avant d’être innocentée, faute de preuves. A ma gauche, Tezheeb (Urmila Matondkar - atteignant ici une pleine et entière maturité), fille de la première, portant sur les épaules le lourd fardeau d’une enfance malheureuse due à l’absence de sa mère et à la disparition tragique et soudaine de son père. Or il se trouve que Tezheeb est l’unique témoin oculaire du meurtre de son père par sa propre mère, du moins en est-elle persuadée. Comme un malheur n’arrive jamais seul, elle a également pris en charge Nazo, sa sœur handicapée mentale, une petite fille de quatre ans dans le corps d’une demoiselle de vingt ans (Diya Mirza, miss Asie Pacifique 2000), qui a apparemment mal digéré la tragédie familiale originelle.

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Le bonheur enfin retrouvé ?

Comme une bouée de sauvetage dans cet océan de malheur, Tezheeb a fait un mariage d’amour heureux avec un écrivain relativement aisé, Salim (Arjun Rampal - dans une performance impeccable de charisme retenu) et vit une existence paisible aux côtés de son mari et de sa petite sœur jusqu’au jour où... Rukhsana, sa diva de mère, s’invite pour passer quelques jours en leur foyer.

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Urmila Matondkar, Diya Mirza et Arjun Rampal

C’est alors que commence le choc frontal entre les deux femmes, orchestré magistralement par Shabana Azmi et Urmila Matondkar, à coup de provocations, reproches, petites phrases assassines tout de suite contrebalancées par des débordements affectifs déplacés. Le suspense psychologique est intense, et on se demande au cours du film qui de ces deux femmes craquera la première dans cette partie de torture mentale. A moins que ce ne soit l’entourage qui en pâtisse le premier, notamment Nazo, la petite sœur à l’équilibre si fragile. C’est sur le fil du rasoir que se joue le dénouement qui vient à point pour nous rappeler ce bon vieil adage : il ne faut jamais se fier aux apparences.

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Shabana Azmi, mère acariâtre ou victime ?

Tout cela ferait un film parfait si Tehzeeb ne souffrait pas de quelques défauts. Il est clair que Khalid Mohamed a cherché à faire un film masala en intégrant à son récit des éléments de comédie un brin déplacés et des intrigues secondaires franchement inutiles. On peut également regretter que la musique ait été confiée à un AR Rahman légèrement en méforme et que les chansons ne s’intègrent pas plus harmonieusement à l’intérieur du film, à une ou deux exceptions près. Il en résulte des "trous d’air" dans le rythme et il arrive que l’on décroche par moment, voire que l’on baille aux corneilles, en attendant le prochain affrontement entre Urmila Matondkar et Shabana Azmi.
Il est probable que Tehzeeb gagnerait à être remonté sur 100 minutes afin de préserver le rythme et de faire honneur à la photographie - impeccable - de Santosh Sivan. Le film y gagnerait en cohérence, mais deviendrait alors un banal film pour public occidental. Ce qui n’intéresserait personne vu qu’il s’agit JUSTEMENT d’une adaptation d’un film occidental.

Sans doute Tehzeeb porte-t-il en lui-même les problèmes et les défis auquel doit faire face le cinéma indien : rester original face à l’occidentalisation galopante.

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Deux soeurs en pleine tempête

Le public indien a massivement boudé Tehzeeb, fuyant probablement l’étiquette "intello - Bergmanien" et "arty" du réalisateur. Il n’est pas évident non plus qu’une audience considérée comme relativement "macho" apprécie ce film de femmes. Il mérite toutefois une seconde chance, ne serait-ce qu’à titre de curiosité.

P.-S.

Réalisateur : Khalid Mohammed
Année : 2003
Interprètes : Shabana Azmi, Urmila Matondkar, Diya Mirza, Arjun Rampal, Rishi Kapoor

Langue : en hindi, sous-titres anglais
Musique : AR Rahman
Photographie : Santosh Sivan
Durée : 2h 23

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