Accueil > Dossier Cinéma Asiatique > Battle Royale > Battle Royale II : Requiem

Rubriques

Battle Royale

Battle Royale II : Requiem

Battle Royale II : Requiem

« Le monde est maintenant à l’ère du terrorisme. Les adultes ont commencé un nouveau jeu, pour la justice : mesures anti-terroristes du nouveau siècle - décret BRII. »

Suite directe du premier opus, ce numéro deux affiche sa note d’intention dès sa très grandiose scène d’ouverture : la baie de Tokyo s’écroule du fait d’un acte terroriste fomenté par Shuya Nanahara (Tatsuya Fujiwara) et Noriko (Aki Maeda), rescapés du premier jeu, avec en gros plan les tours jumelles qui s’effondrent ; à la manière de Battle Royale, le requiem de Verdi retentit violemment ; le logo nouvelle génération de BR « survival program » se dessine à l’écran ; « a Kinji Fukasaku film » apparaît, instantanément martelé par le titre. Battle Royale 2 est planté, et il s’annonce bigrement bon, le bougre.

Les enjeux s’énoncent et ils sont simples : Shuya, à la tête d’une organisation anti-BR, déclare la guerre aux adultes, tandis que la fille de Kitano (Aj Maeda) s’inscrit à une version 1.5 du jeu dans le but de tuer ledit chef terroriste meurtrier de son père.

Le métrage se divise en deux parties trop inégales, tant d’un point de vue quantitatif que d’un point de vue qualitatif. Si la première partie « remake » assez inutilement (en moins bien en plus) la confrontation élèves enlevés contre leur professeur fou (dans son propre rôle, Riki Takeuchi bouffant médicaments sur médicaments, pendant médiocre de Kitano), déjà présente dans le premier, c’est surtout le gros morceau de bravoure d’une durée de 20 minutes qui retiendra notre attention. Après presque une demi-heure d’exposition maladroite (sauf la séquence d’ouverture), LA scène d’action du film commence. Il s’agit ni plus ni moins d’un débarquement des élèves (habillés en treillis et armés chacun de vrais flingues cette fois) qui renvoie, par sa musique à la Basil Poledouris, autant à Starship Troopers qu’à Saving Private Ryan.

Point d’orgue du métrage (malgré des arrêts rythmiques assez gênants et des dialogues méchamment stupides), ce débarquement est un spectacle pyrotechnique hallucinant, relevé par des cadrages chaotiques sentant bon le jeu vidéo Call of Duty. Voir ces gamins de 16 ans se faire démastiquer à coups de fusil et de mines entre les bombes qui explosent autour d’eux, avec à l’appui l’idée génialement sadique des binômes (tous les « participants » ont un collier explosif autour du cou, si le binôme de l’un meurt ou s’éloigne de plus de 50 mètres, le collier explose), idée qui, par ailleurs, évoque la condition des lycéens obligés de s’allier avec un camarade de classe afin de rendre un travail de groupe à note unique (dans le cas présent la vie ou la mort pour les deux « collègues de travail »), devient instantanément un pied gigantesque de vrai bon cinéma glauque et ultraviolent. De plus, si les morts sont très sergio leonesques dans l’âme (pose contemplative à genou, ultime réplique, et enfin la faucheuse qui fait son boulot), alors là, c’est carrément le bonheur ! Le chapitrage en trois temps de ce débarquement (« mission 1 : débarquer », « mission 2 : protéger les vivres et les munitions », « mission 3 : tuer le chef des Wild Seven » [nom du groupuscule terroriste]) est également une excellente idée issue directement des films de Fukasaku père (voir Guerre des gangs à Okinawa pour s’en convaincre) dont s’inspire allégrement Tarantino.

Hélas, ce beau moment est trompeur, car il s’achève par l’unification des terroristes et des rescapés de l’assaut. Dès lors, le métrage s’enfonce dans sa deuxième partie, partie qui accumule tous les défauts qui sommeillaient jusque-là pendant ces 45 premières minutes dignes (ou presque) de Battle Royale. Bavard, mal joué (tout le contraire des prestations extraordinaires et émouvantes du premier), sans charisme, se prenant au sérieux, dépourvu d’un véritable et facilement identifiable humour noir agressif, BR2 s’avère, avant tout et surtout, idéologiquement puant, en bref, complètement nullissime. Par exemple, ne comptez en aucun cas sur une condamnation de l’effroyable acte terroriste à la 11 septembre 2001 qui ouvre le film ni même sur une justification politique de ces 5 000 morts (le groupuscule de Shuya se bat pour la liberté et la justice, c’est bien, oui, mais alors, ils ont quoi de mieux à proposer ? Rien du tout, bien entendu). Faisons toujours mine de rien lorsqu’un dialogue qui revendique la kalachnikov comme « arme de la résistance » (pas malin, mais alors là, pas du tout, sachant que ladite kalachnikov est l’arme des pires groupes terroristes ultra meurtriers et racistes, par exemple, celui à l’origine des attentats dont s’inspire le prologue de BR2) est repris pas moins de trois fois ! Ne bronchons pas non plus devant la totale inexploitation de l’unique personnage dramatiquement intéressant, c’est-à-dire la fille de Kitano, qui ne tente même plus de se venger à la suite d’un face à face risible. Quant au personnage du chef terroriste, on en a rarement vu un d’aussi peu crédible (le Che Guevara du pauvre) et affublé d’un visuel d’aussi mauvais goût (éclairage aux bougies à la Barry Lindon esthétiquement raté). L’un des nombreux points de non-retour de la médiocrité du métrage, d’ores et déjà installée à ce stade-là du film, est cette fameusement ridicule (ou ridiculement fameuse) scène de duel mano à mano entre Shuya et un insupportable peroxydé (Shugo Oshinari teint en blondinet) qui se battent avec une brutalité à peine digne de la série Le flic de Shanghai, c’est dire la gravité de la chose ! Plus loin, en assistant à un pique-nique au coin du feu, il faudra se pincer pour y croire.

Ventre mou du film, ce looooooooong moment se termine enfin par un missile que les USA lâchent sur l’île. Sans se presser, Kenta, plus que Kinji, égratigne sans aucune finesse l’impérialisme américain et le rôle dans l’ombre du gouvernement japonais toujours prompt à satisfaire l’ancien ennemi. Tout se précipite, et de vrais militaires envahissent les lieux dans un assaut final (ben oui, y en a eu un autre moins imposant auparavant). Enfin, par « vrais » on rigole un peu, car au vu de l’amateurisme dont ils font preuve, il n’y a vraiment pas de quoi la ramener. Pendant que chaque personnage a le droit à sa mort digne (morts bavardes et à mille lieues de celles du premier opus, le problème étant que les « djeuns » n’ont aucune personnalité et qu’ils se ressemblent tous ; il est alors certain qu’un binoclard que l’on n’avait pas remarqué sortant un « je t’ai toujours aimé » à une fille que l’on oublie aussitôt ne risque pas de beaucoup nous chambouler), les militaires se font tout autant flinguer (attention, réplique culte du premier assaut : « putain tu m’as tué... moi aussi, j’ai une famille »), mais il subsiste un ou deux moments fun (dont un gamin rempli de plomb qui se relève bazooka à la main et fait tout péter dans un maelström « artistique » à la Bad Boys 2).

Dans ce gros bordel de n’importe quoi, il surnage réellement deux éléments qui tentent en vain de redonner de sa splendeur au projet. Le premier est un magnifique flashback avec Kitano, dans lequel on comprend le malaise de ce personnage poignant : père maladroit, plein de bonne volonté, mais définitivement pitoyable (le jeu de Kitano faisant merveille dans ce que l’on peut considérer comme la plus belle séquence du film). L’autre grand moment est purement nanaroïde mais ô combien jouissif, jugez vous-même : le « bad guy » (Riki Takeuchi) s’amène en tenue de rugbyman sur l’île, se confronte aux « héros » par un monologue débilissime (et surjoué bien sûr) pendant que son collier s’active (n’attendez aucune explication à ce propos : il n’y en a pas !) et effectue un superbe essai (filmé au ralenti bourré d’effets sonores) qui s’achève par l’explosion de son collier et du repère des terroristes (du grand art, je vous dis !).

Le film se plante autrement à tous les niveaux, car d’un côté sa charge si prétendument acide contre les USA tourne à vide et se teinte même d’un racisme intolérable (on dit souvent que pour faire avancer le débat il faut l’élever, mais encore faut-il qu’il y ait débat et pas simplement un défoulement bête et méchant), et d’un autre côté les terroristes n’attisent pas la sympathie (donc échec du point de vue du réalisateur incapable de nous faire adopter ou, du moins, nous faire partager ses idées proprement). Ce métrage est donc bancal, une bancalité qui, au contraire du premier volet, ne confère pas à ce Requiem mal branlé une richesse thématique propre et pleine d’ambiguïté. Cela accouche seulement d’une œuvre barbante, incompréhensive, prétentieuse, et aux partis pris douteux (les « héros » sont des terroristes qui se réfugient en Afghanistan, « pays de la liberté », bonjour la finesse d’esprit et l’inconscience gargantuesque !). Le pire est sans doute la gratuité de la chose, car en bombardant l’île en fin de métrage, Kenta, plus que Kinji (on espère), flingue complètement les déjà très fragiles fondations de son Requiem (analogie volontaire avec les images de l’Afghanistan en ruine ?), rendant ce dernier illogique dans le sens que l’on se demande pourquoi cette action n’a pas été orchestrée depuis le début au lieu de nous asséner deux débarquements tortueux et inutiles (nombre de victimes impressionnant chez les forces gouvernementales), alors qu’un lâché de missile pouvait mettre fin aux Wild Seven facilement.

Techniquement irréprochable (photographie, sfx et musique de Amano), il est possible de déguster BR2 comme un plaisir coupable dans la veine d’un Double Team, mais il vaut toutefois mieux oublier ce film qui détruit sans honte le travail du premier qui, en 1 h 50, condensait bien plus de matière à réfléchir (et de divertissement frontal et sans concession qui laisse pantois) que ce Requiem de 2 h 15 (facilement 30 à 40 minutes de trop ; un remontage pour une très compromise sortie en France ne serait pas perçu comme criminel, loin de là), blindé de morales risibles qui n’interpellent personne (« l’amitié, c’est beau », ça me bouleverse ma conception de la vie ce genre de pensée philosophique) et d’un répétitif confondant (alors que l’une des grandes qualités de BR était d’avoir toujours quelque chose de nouveau à montrer).

Kinji proche de la mort a peut-être (sûrement ?) été obligé de se dépêcher de tourner, d’où les jeux d’acteurs indignes d’un z fauché et ce scénario écrit à la va-vite.

Quoi qu’il en soit, il est dommage que le film testament d’un bon réalisateur tel que Fukasaku se révèle aussi salement médiocre et ne rende paradoxalement pas justice à une carrière ponctuée d’excellents films (ruez-vous sur les deux coffrets Wild Side Video). BR2 traite de l’injustice, or BR parle entre autres de l’irrespect d’une fille (ici d’un fils, en l’occurrence) envers son père, ce que confirme Kenta (autant lui attribuer l’échec artistique du film) qui ferait mieux d’abandonner la franchise plutôt que de nous envoyer un hypothétique Battle World War III Royale.


En cette période bien pensante, il est bon de se (re)plonger dans la saga Battle Royale de Fukasaku père et fils, deux films, deux OVNI, mais aussi une qualité cinématographique oscillant entre le jour et la nuit. Dans les deux cas, que l’on aime ou pas, on se doit de saluer le courage de K & K Fukasaku d’avoir accouché d’œuvres aussi anti-conformistes et provocantes. C’est déjà ça...

Tigelz

P.-S.

Réalisateur : Kinji et Kenta Fukasaku
Pays : Japon
Année : 2003
Interprètes : Aj Maeda, Shugo Oshinari, Tatsuya Fujiwara, Natsuki Kato, Riki Takeuchi, Aki Maeda, Beat Takeshi
Scénariste : Kenta Fukasaku
Directeur de la photographie :Yuta Morokaji
Compositeur : Masamishi Amano
Producteur : Masumi Okada
Durée : 135 min

Article précédent | pret immobilier
Battle Royale



Dans la même rubrique

Battle Royale II : Requiem
Battle Royale II : Requiem
Battle Royale
Battle Royale

Sur le Web : S'informer sur les conditions d'obtention de votre credit immobilier reste la première action à entreprendre avant d'aller consulter un courtier en pret immobilier afin de négocier le meilleur taux en connaissance de cause. Votre bien immobilier constitue l'investissement le plus important de votre vie. En cas de surendettement, plusieurs solutions de rachat de crédit ou de Crédit hypothécaire peuvent être envisagées. Le référencement naturel dans le secteur immobilier ainsi que du prêt immobilier a donné beaucoup d'abus. C'est de bonne guerre, le référencement payant est si prohibitif.

Articles les plus populaires

Shutter
Shutter
Dor
Dor
King Naresuan