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Zatoichi à Paris

Zatoichi - le film

Pour son premier film en tant qu’acteur-réalisateur depuis Brother, Kitano s’attaque à la légende Zatoichi. Ce personnage de voyageur aveugle, à la fois masseur, joueur professionnel et maître dans le maniement du sabre, est un véritable mythe au Japon, où il est connu de tous. Créé et interprété par Shintaro Katsu pendant près de 30 ans, il porte désormais les traits de Takeshi Kitano.

Zatoichi arrive dans une petite ville de montagne ravagée par le gang de Ginzo, un dangereux chef qui contrôle impitoyablement toute la région, protégé par son garde du corps, le redoutable rônin Hattori. Zatoichi fait la connaissance de deux superbes geishas qui vont de ville en ville pour venger la mort de leurs parents, assassinés dix ans auparavant. Il promet de les aider. Or, il semblerait que les meurtriers se cachent au sein du gang de Ginzo...

On ne peut que se réjouir du retour de Beat Takeshi devant la caméra quand on connaît sa formidable présence à l’écran. Là où on serait en droit de s’inquiéter, c’est pour la réalisation. Ce film est en effet une commande et, pour la première fois pour Kitano, un film d’époque, qui plus est, un film de sabre. On aurait pu craindre que, pour satisfaire aux exigences de la production, Kitano soit contraint de faire trop de concessions ou bien que, confronté aux codes du film de sabre et aux exigences d’un film d’époque, il rencontre des difficultés... Mais c’est mal le connaître, car il n’en est rien. Fidèle à lui-même, Kitano a su imposer sa patte et faire de cette commande un film plus personnel qu’on ne s’y serait attendu. Il est d’ailleurs l’auteur du scénario, qui est totalement original.

La griffe de Kitano est donc omniprésente, même si le film se démarque très nettement de ce à quoi nous avons été habitués. Par certains points, cependant, Zatoichi s’inscrit dans la continuité des autres films du cinéaste. On retrouve l’esthétique particulière de ses précédentes réalisations, signée par son directeur de la photo, Katsumi Yanagijima, qui crée ici quelques scènes d’une grande beauté chromatique. C’est le cas de la scène de bataille sous la pluie, où Zatoichi pourfend irrésistiblement une bonne douzaine de brigands inconscients. Les nappes de sang rougeâtre qui se répandent sur la terre teintée de bleu et les cheveux blonds platines sous les gouttes d’eau argent produisent un effet vraiment saisissant dans cette scène d’une violence impitoyable.

Un autre point typiquement « kitanesque » qu’on retrouve ici, c’est l’humour. Kitano n’a pas oublié en route son humour pince-sans-rire si efficace. Il se montre dans ce domaine extrêmement inventif et atteint vraiment des sommets. Zatoichi est un film où l’on rit beaucoup, peut-être même plus que dans les films récents du cinéaste.



Un point regrettable concerne la musique. L’absence de Joe Hisaishi, remplacé ici par keiichi Suzuki, se fait sentir. Certes, ce dernier n’est pas mauvais et compose quelques beaux moments, mais on a un peu de mal à s’y faire. Cette musique est sinon une des curiosités de Zatoichi. S’il n’avait comporté des scènes de combat, ce film serait à la limite de la comédie musicale ! La musique est omniprésente et déborde même le cadre habituel de la bande son extra-diégétique pour investir les images. Par exemple, au début du film, des paysans bêchent leurs champs de riz en rythme et créent progressivement une mélodie. De même, à la fin, lors de la fête du village, les menuisiers qui reconstruisent une maison font leur travail en rythme et créent ainsi une musique visuelle. La fin du film est agrémentée d’un grand numéro de claquettes endiablé, auquel participent les acteurs.

Le scénario est une des grandes réussites du film. Il dresse un arrière plan social de la société japonaise au XIXe siècle qui est, mine de rien, assez complexe. Les rebondissements ne manquent pas. Comme le film relate les exploits d’un héros parfait, on retrouve inévitablement le manichéisme chronique du genre, mais justement, on peut considérer que le genre veut cela. Cependant, cela est compensé par l’histoire des deux geishas, dont la complexité inattendue donne une autre dimension au film et évite que ce dernier ne soit centré sur une opposition simpliste gentils/méchants. Les rapports plutôt ambigus entre les deux geishas et leur quête de vengeance sont particulièrement bien racontés et, à cet égard, le scénario fait preuve d’une originalité certaine. À tous points de vue, le film est remarquablement bien écrit, mêlant une grande sensibilité à des scènes de combat plutôt crues, sans que cela ne choque vraiment.



Ses scènes de combat frénétique restent la plus grande réussite de Zatoichi. Très bien orchestrés et chorégraphiés (la plupart par Kitano lui-même, excepté la scène dans la maison d’Ogi), les combats sont une des raisons majeures d’aller voir ce film. À cet égard, Kitano apporte vraiment quelque chose de nouveau. La réalisation se centre sur les mouvements et les personnages, et non sur le sabre, comme c’est le cas la plupart du temps. Du coup, certains combats sont filmés de très près et n’en sont que plus percutants. De plus, ils ne sont pas tous inscrits dans la continuité chronologique du film. Ces scènes sont vraiment innovantes et à elles seules méritent qu’on se déplace. Et puis, pour la première fois dans la filmographie de Kitano, on a droit à des plans de coupe et à des grands mouvements de caméra !

L’invincibilité de Zatoichi donne lieu à des scènes formidables. Paradoxalement, elle ne dérange pas, contrairement à certains films où elle tue complètement le suspens et ôte tout intérêt au film. Ici, Zatoichi est invincible mais aveugle, ce qui lui donne à la fois une apparence faussement fragile et le rend plus crédible, puisqu’il sent mieux les choses dans le noir.



Symbole de sa maîtrise absolue, Kitano se paye même le luxe de suggérer habilement que Zatoichi pourrait ne pas être aveugle, ce qui est presque suicidaire, vu que tout l’intérêt du film repose sur cette cécité du héros.

Zatoichi est incontestablement une grande réussite tant par le scénario que par la mise en scène, totalement maîtrisée. L’humour extrêmement inventif qui est dégagé tout au long du film est un contrepoint parfait à la violence, elle aussi extrême, des combats particulièrement innovants. L’équilibre parfait entre humour et violence est atteint, l’un atténuant l’autre. C’est un des films les plus sanglants de Kitano, mais paradoxalement, la violence déployée ici est moins gênante qu’auparavant, plus graphique peut-être. C’est incontestablement un de ses meilleurs films.

En définitive, Kitano semble être aussi bon quand il travaille à des projets qui ne sont pas les siens (Violent Cop) qu’à des projets plus personnels (Kids Return, Hana-Bi). N’est-ce pas là la marque d’un grand réalisateur ?

P.-S.

FICHE TECHNIQUE :
Réalisateur, scénariste : Takeshi Kitano
Pays : Japon
Année : 2003
Interprètes : Beat Takeshi (Zaitoshi), Tadanobu Asano (Hattori, le rônin), Mishiya Ogusu (Tante Oume), Guadalcanal Taka (Shinkichi), Daigoro Tashibana (Osei), Yuco Daibe (Okinu), Ittoku Kishibe (Ginzo), Saburo Ishikura (Ogi)
Directeur de la photographie : Katsumi Yanagijima
Monteurs : Yoshinori Ota, Takeshi Kitano
Compositeur : Keiichi Suzuki
Chorégraphe et directeur des combats : The Stripes pour les claquettes, Takeshi Kitano pour les combats
Producteurs : Masayuki Mori, Tsuneshisa Saito
Durée : 116 min
Note : 9/10

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