André Dubois, grand manitou en la matière
gojiréenne, est très heureux de nous présenter la version restaurée de
Godzilla, qui plus est, le véritable film original. Aux poubelles la version étasunienne édulcorée et additionnée de scènes avec l’acteur Raymond Burr ! Belle façon de lancer le cinquantenaire du monstre avant le programme double agrémenté d’un montage d’extraits télés inédits dans deux semaines.
Godzilla ne remplit jamais sa salle, mais attire toujours une foule honorable. Le public suit l’histoire avec sérieux, car justement celle-ci n’a rien de bien rigolo.
Une série de naufrages amène une équipe de scientifiques sur l’Île d’Odo, non loin du lieu où les bateaux ont disparu. Les habitants de l’île sortent d’un autre âge, contrastant fort avec la société moderne japonaise. Ils annoncent la venue du monstre
Gojira. La tête de ce dernier surgira d’ailleurs de derrière la colline. C’est la panique. Pour le docteur Yamane, ce monstre issu du jurassique et du fond des mers est le fruit d’essais nucléaires répétés dans le Pacifique... Lorsque Gojira dirigera sa fureur sur Tokyo, les autorités n’auront de cesse de trouver un moyen de l’éliminer. Or, le monstre semble indestructible.

Tous les volts du monde ne peuvent rien contre lui...
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Ça peut paraître ridicule comme ça, mais neuf ans à peine après le largage des bombes atomiques, le monstre géant au crachat radioactif représentait et représente toujours la menace nucléaire. Évidemment, l’homme derrière constitue la véritable menace, lui qui ne cesse de poursuivre ses expériences aux conséquences néfastes. Jusqu’où est-on prêt à aller au nom de la science ? On nous laisse entendre qu’il faudrait peut-être tracer une ligne.
Le docteur Yamane voudrait bien capturer le monstre pour pouvoir l’étudier. Il ne fera rien néanmoins pour empêcher sa destruction. Le docteur Serizawa, lui, expérimente et fait une découverte. Une découverte qui s’avérera capitale dans la lutte contre Godzilla, une découverte cependant dangereuse si elle tombe aux mains du gouvernement. Voilà un scientifique comme on en a peu vu. Il préfère détruire ses documents et se sacrifier plutôt que de voir l’apparition d’une nouvelle arme destructrice. Un véritable héros.

Godzilla attaque la nuit...
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On comprend qu’il ne s’agit pas ici de multiplier les apparitions du dinosaure pour faire un « film de monstre ». On développe l’histoire, on présente les personnages en glissant même un couple naissant pour mieux accrocher le public. Bref, les sorties destructrices du monstre n’auront que plus de poids. J’imagine le public de l’époque, terrifié devant la créature. Celle-ci apparaît véritablement effrayante, aspect accentué par le blanc et noir de l’image. Les effets sont très réussis. Oh, on voit bien l’artifice à deux ou trois moments, mais en gros, le travail est de qualité. La désolation après le passage du monstre ressemble à une dévastation post-combat. Les images frappent fort, d’autant plus à l’époque que la guerre n’était pas loin.

Terreur géante...
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Il est vrai qu’on peut dire que le film s’inscrit dans une période où le cinéma aimait découvrir toutes sortes de créatures. Le sérieux du propos, toutefois, rend
Godzilla accessible à tous. Bien construit, bien réalisé et superbement mis en musique, le métrage dans sa belle peau neuve vaut certainement le coup d’œil.