Une jeunesse désenchantée confrontée à une réalité qui est celle de la vie d’adulte. Qu’ils le veuillent ou non, la douzième année pour ces jeunes représente le dernier moment de répit avant de choisir la voie dans laquelle ils devront s’engager. Ils doivent choisir une occupation, illicite ou pas, qui marquera le coup d’envoi de leur vie et de leur chance de réussite dans la société.

Pour échapper à ce sursis, ils se rabattent sur les seules bases solides qui les entourent, soit la hiérarchie qui les régit et dont la tête dirigeante se détermine par un jeu dangereusement sinistre, une compétition de claquement de mains. Sur le haut d’un toit, le participant se laisse tomber par derrière en exécutant le plus grand nombre de claquements de mains possible. Si la rapidité du joueur le permet, il rattrape le garde-fou (ou rampe) avant de plonger dans le vide, sinon, il embrasse le sol d’un baiser mortel. Kujo (Ryuhei Matsuda), le grand gagnant, devient rapidement celui qu’il faut déloger. Progressivement, il se dissocie de son second et ami d’enfance, Aoki (Hirofumi Arai). Ce dernier ne l’entend pas de cette façon et revendique sa supériorité. L’affrontement que se livre ces deux poteaux de longue date rappelle vivement une coutume autochtone que l’on peut observer dans le film
Atanarjuat, la légende de l’homme rapide. Autour d’eux, gravitent leurs camarades tout aussi perturbés et indécis. L’un d’eux, pourtant rempli de bonnes intentions et d’humanisme, poignarde l’un de ses camarades à mort sans motivation évidente.

Ce long métrage vient démontrer une fois de plus la difficulté de trouver sa place dans une société qui ne va pas toujours de pair avec ses intérêts. Et encore faut-il pouvoir définir ces intérêts clairement, si intérêts il y a. Dans le cas des protagonistes, ce mal d’être donne lieu à des réactions souvent violentes et incongrues. L’humour, pour le peu qu’il est possible d’apprécier, demeure très subjectif. Réalité ou effet volontaire de la part du réalisateur, l’établissement s’apparente à un collège abandonné et laisse une impression d’une froide et cruelle tranquillité, à l’encontre de l’agitation et de la surpopulation que l’on peut retrouver dans les institutions nord-américaines de même nature. Même si cette histoire est celle d’une jeunesse désabusée typiquement japonaise, le récit parvient à rendre un portrait global et très réaliste de l’indifférence qui habite les générations d’aujourd’hui face à un monde qui leur offre des occasions et des choix de carrière limités.

La clef réside dans les dialogues qui viennent mettre en évidence les nombreux questionnements en ce qui a trait à l’avenir ainsi qu’aux possibilités réservées à ces jeunes, comme celle de devenir gangster. Des interrogations universelles qui soulèvent beaucoup de malaises. Et ce mot n’est qu’un euphémisme pour décrire cette incertitude parfois fatale et propre aux adolescents en pleine transition entre la fin de la scolarité et l’entrée sur le marché du travail, ou simplement, celui de la vie.

Blue Spring a vu le jour en 2001 et il est le second film de Toshiaki Toyoda à être présenté au festival FanTasia cette année, son plus récent étant
9 Souls datant de 2003 et dans lequel on retrouve entre autres le jeune acteur Ryuhei Matsuda. C’est également l’adaptation d’un manga écrit par une célébrité, Taiyo Matsumoto, qui traite d’un problème social avec un grand dépouillement d’éléments de fiction, fantaisistes ou pas.

Ce film est l’expression d’une frustration et d’une rage nées d’une situation devant laquelle ses acteurs se sentent impuissants. Celle d’une microsociété nihiliste qui ne laisse personne indifférent.