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11e Festival du film asiatique de Vesoul

Interview de Lee Doo-Yong : ses films

Interview de Lee Doo-Yong : ses films

C’est avec un immense honneur, au vu de sa carrière, que nous avons pu nous entretenir avec M. Lee Doo-yong.

Fantastikasia : Nous sommes intrigués par le terme Arirang. C’est le refrain d’une chanson entonnée par un des prisonniers lors d’une séquence du Chemin qui mène à Chongsong, mais également le titre de votre dernier film... (Et le nom d’une chaîne de TV - ndlr) Pouvez-vous nous en faire connaître la signification ?

Le mot « arirang » n’est pas traduisible.

C’est le refrain d’une chanson traditionnelle très populaire en Corée. À vrai dire, TOUS les Coréens connaissent cette chanson, tellement elle est ancrée dans l’inconscient collectif. Elle raconte à l’origine toute la tristesse accumulée du peuple coréen. Tout d’abord, il faut savoir que la Corée ne possède que très peu de ressources naturelles. Ensuite, le pays étant géographiquement une péninsule entre la Chine et le Japon, elle n’a cessé d’être attaquée par ces deux nations au cours de son histoire et la population a donc très souvent été opprimée par l’étranger. La chanson est très ancienne et véhicule les sentiments intenses des Coréens sur leur condition au cours des siècles. On ne connaît pas de compositeur à « Arirang », elle appartient au peuple tout entier. C’est ainsi que cet « hymne » a connu de nombreux bouleversements selon les diverses époques : changements de rythme et même de paroles au cours du temps... On note aussi des tonalités opposées selon les régions. « Arirang » peut en effet avoir un sens triste à certains endroits et carrément joyeux ailleurs ! (Comme dans la région de Pusan par exemple.) « Arirang » a donc une place très importante et très particulière dans l’histoire de la Corée.

Justement, votre film Arirang a une histoire peu commune. Pouvez-vous nous en parler ?

Arirang est le remake d’un des principaux films de Na Un-gyu, mort vers 1930, figure légendaire, car il est considéré comme le père du cinéma coréen. Le film (qui date de 1926) relate l’histoire de la résistance pendant la colonisation japonaise, qui a duré 36 ans. (La Corée ne fut en effet libérée qu’après la seconde guerre mondiale). Arirang parle donc de la douleur du peuple pendant l’occupation nippone. Mais le métrage ayant été réalisé durant cette période, il fut confisqué par le pouvoir japonais et aujourd’hui, le film n’existe plus. Il ne reste désormais que les témoignages des spectateurs de l’époque.

Avant moi, il y a eu deux ou trois autres versions du film de Na Un-gyu.

Pour ma part, j’ai voulu me rapprocher au maximum de l’œuvre originale en utilisant les codes du cinéma muet asiatique. Car si les films muets occidentaux étaient souvent accompagnés d’intertitres pour le texte et d’instruments d’orchestre pour la bande-son, en Asie, des bonimenteurs improvisaient des dialogues au gré des images, assurant ainsi l’animation des salles où étaient projetés les premiers films. C’est ainsi que les personnages pouvaient varier au fil des projections, le discoureur inventant constamment. De plus, c’était le même bonimenteur qui « interprétait » tous les rôles, aussi bien masculins que féminins, en changeant uniquement le ton de sa voix ! Et c’est dans cette optique que j’ai voulu réaliser mon film, en conservant la tradition du récitant. Dans la version que vous avez pu voir, les sous-titres ont été créés uniquement pour le festival... (ndlr : cela a occasionné un challenge technique pour l’équipe festivalière, car il a fallu synchroniser les sous-titres électroniques français aux images via un PC portable, le tout en direct dans la salle... Donc, merci encore pour tant d’efforts !)

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Mercano Boy en plein travail


Qu’est-ce qui vous a motivé à refaire une nouvelle version filmique de cette histoire en 2001 ? Est-ce que le public coréen avait besoin de se remémorer ces événements aujourd’hui ?

Non, les Coréens se rappellent parfaitement de cette histoire, mais cela a été très valorisant pour moi de refaire le film de cette manière, en respectant le travail original. J’ai même pu rencontrer des spectateurs de l’époque qui m’ont avoué trouver une ressemblance avec ce qu’avait pu être l’œuvre première.

Mais pourquoi donc Arirang est-il resté totalement inédit en Corée ?

Le fait est que, lorsque le film était encore en pleine période de post-production et de campagne marketing, une date de sortie était déjà fixée. Et comme Arirang n’a pu être complètement fini à temps, il a manqué sa sortie en salles, il était trop tard pour le présenter au cinéma sur le territoire national... (ndlr : bigre ! On ne plaisante pas avec le planning en Corée...)

Avez-vous pu le montrer tel que vous le désiriez (avec la présence d’un bonimenteur dans la salle) quelque part ailleurs ?

Oui, en fait. Il y a eu une projection dans ces conditions en Corée du Nord. (A ce moment précis, notre interprète a été tout aussi surprise que nous de cette révélation !)

Et comment le public a-t-il réagi ?

Apparemment, les spectateurs ont réellement apprécié la projection.

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Une charmante traductrice nous a bien aidés


Nous avons vu trois de vos films à l’occasion du festival. Nous avons trouvé que le style, tant technique que narratif, de chacun est tellement différent qu’on a peine à croire que c’est vous qui avez réalisé ces trois longs-métrages...

Cela ne m’intéresse pas de rester « coincé » dans un même genre, c’est pour ça que j’aime m’aventurer dans différents styles.

- Pour Le Rouet (qui est un film d’époque), j’ai opté pour un récit fragmenté, non linéaire (le métrage s’ouvrant sur un événement violent qui arrive chronologiquement au milieu de l’histoire). À travers ce montage qui mélange passé et présent, j’ai voulu montrer la façon de penser de l’héroïne, en fonction des choses terribles qui lui arrivent. Mais je me suis aperçu lors de la projection ici même que trois ou quatre parties de mon film avaient disparue, sans nul doute à cause du fait que la même copie circule de festival en festival depuis 1983 ! (En effet, quelques - rares - coupures «  cut  » paraissaient un poil brutales, surtout au niveau du son. M. Thérouanne nous a confirmé que les très nombreux « recollages » des projectionnistes sur la pellicule au fil du temps avaient pu faire disparaître certaines images... Mais, ne vous inquiétez pas, M. Doo-yong, cela ne nous a pas empêchés d’apprécier votre film à sa juste valeur !)

- Pour Le Chemin qui mène à Chongsong (film sur l’univers carcéral), j’ai un peu exagéré la condition des prisonniers. Le film a été tourné dans une vraie prison désaffectée qui fonctionnait à l’époque de la dictature en Corée. Mais les acteurs ont réellement souffert quand on a filmé en hiver, et la buée qu’ils dégagent lorsqu’ils ouvrent la bouche à l’écran n’est pas fictive ! Cependant, c’était là mon idée : l’imagerie de la froide saison devait retranscrire la souffrance morale des protagonistes. C’est aussi pour ça que le film adopte la plupart du temps des couleurs mornes dans ses décors, afin de pouvoir faire ressentir au spectateur l’état psychologique dans lequel se trouvent les détenus.

- Pour Arirang, je voulais absolument que mon film ait le style graphique du métrage original dont il s’inspire, qui était donc un film muet. J’ai alors utilisé une caméra qui tournait à 18 images/seconde pour certains passages et demandé à tous les comédiens de « surjouer » leur rôle.

Malgré tout, il y a un point commun à vos films : vous y dénoncez toujours quelque chose, que ce soit la condition de la femme dans la Corée traditionnelle, la dureté de la prison ou la tyrannie de l’occupation japonaise... Est-ce que vos œuvres servent d’exutoire aux maux de la société coréenne de chaque époque ? Êtes-vous quelqu’un de révolté ?

En tant que « simple » citoyen, je ne suis pas un révolté. Mais en tant que cinéaste, j’estime qu’il est de mon devoir d’apporter une critique à l’encontre de la société dans laquelle je vis actuellement, sans par ailleurs oublier le passé. C’est ainsi que de toutes les formes d’oppression, j’ai choisi l’une des pires en évoquant dans Le Rouet la situation des femmes, écrasées par le poids des doctrines confucianistes au XVIIe siècle.

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