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11e Festival du film asiatique de Vesoul

Le Chemin qui mène à Chongsong

Le Chemin qui mène à Chongsong

Les portes de la prison s’ouvrent à l’aube pour Hojuki qui vient d’achever sa 38ème incarcération... Plus personne ne l’attend dehors. Il ne sait où aller, mais pris de faim, il entre dans un restaurant. N’ayant évidemment aucun argent une fois son repas fini, le patron de l’établissement le menace, mais un policier lui sauve la mise en payant sa note. Hojuki ne regagne donc pas sa cellule, même si dans un sens il préférerait, car au moins là-bas, il serait nourri, pense-t-il...

L’homme se rend ensuite au marché où il « emprunte » une chèvre qu’il pense revendre pour se faire un peu d’argent, mais il est rattrapé par le propriétaire qui avertit les agents de police présents. Même s’il prétend aux officiers lors de son interrogatoire que c’est « la chèvre qui l’a suivi », il est arrêté et remis directement en prison à Chongsong, où il doit attendre son nouveau procès.

Dans la cellule surpeuplée où il échoue, tout le monde le connaît, au moins de réputation. Il est incarcéré dans le quartier des voleurs, où chacun a sa « spécialité » : les voleurs de chiens (l ne faut pas oublier que, si la pratique est désormais moins courante, la viande canine était très appréciée en Corée jusqu’à il y a peu...), les pickpockets, etc. C’est donc dans cet univers cloîtré duquel chacun rêve de sortir que Hojuki semble être le plus heureux...

Description surprenante d’un individu n’ayant plus ses repères qu’en prison, Le Chemin qui mène à Chongsong est tout d’abord une constatation édifiante de ce qu’a pu être l’univers carcéral en Corée. Et même si le cinéaste Lee Doo-yong nous a avoué, lors de l’interview qu’il nous a consacrée, avoir un peu exagéré la situation des prisonniers, on ne doute cependant pas de la véracité de certains faits : détenus littéralement entassés dans une cellule exiguë, conditions d’hygiène pour le moins douteuses (je ne vous parle même pas des toilettes communes...), hiver particulièrement rude dû à l’absence totale d’une quelconque source de chaleur... On ne peut vraiment pas dire que ce soit un endroit où il fait bon vivre !

Et pourtant, c’est là que le personnage d’Hojuki se sent le plus à sa place, lui qui a passé la majeure partie de son existence derrière des barreaux...

Vous l’aurez compris, Le Chemin qui mène à Chongsong repose avant tout sur son interprète principal, qui livre ici une composition tout bonnement extraordinaire ! C’est ainsi que Chung Kwang apporte à son personnage de vieil homme résigné une indéniable dose de sympathie et de mystère pour le spectateur qui a à la fois envie de compatir au pauvre sort d’Hojuki sans pour autant comprendre ce qui l’a mené à une telle vie... Dès lors, par le biais des autres personnages (gardiens et détenus), tout aussi intrigués que nous, Hojuki va peu à peu lever le voile sur son incroyable parcours, de son premier larcin jusqu’aux 38 autres qui se sont enchaînés (la plupart du temps en « troquant » le récit de ses péripéties contre du papier toilette afin de se moucher !). Lors de ces instants, nous avons droit à différents flashbacks qui nous aident à percevoir la personnalité de ce héros on ne peut plus atypique, amateur de bonne chair et peu enclin au travail, ce qui le rend évidemment marginal à la vie en société... Tout comme son personnage, Lee Doo-yong nous a révélé que Chung Kwang était en fait moine dans la vie !

Le film nous réserve des incidents qui vont nous intéresser de plus en plus émotionnellement à la destinée de Hojuki, et ce, à partir du moment où celui-ci est condamné à une peine disproportionnée pour le vol de la chèvre pour cause de trop nombreuses récidives et où il tombe malade. Relégué alors dans un coin de la geôle par ses co-détenus et mangeant de moins en moins, le destin du héros nous apparaît alors plus pathétique et touchant à la fois. D’ailleurs, même le directeur de la prison va se laisser attendrir par le sort d’Hojuki lorsqu’on lui fait savoir que ce dernier est détenu dans sa propre maison d’arrêt, lui-même l’ayant connu alors qu’il n’était que simple gardien...

Filmé d’une manière ultra réaliste, Le Chemin qui mène à Chongsong touche néanmoins d’une façon viscérale lors de séquences très dures (notamment quand le vieil homme malade se retrouve traité comme un paria par les plus jeunes qui partagent sa cellule) ou lors de scènes très humaines, comme lorsque Hojuki déclare qu’il ne veut pas mourir derrière les barreaux d’une prison aussi miteuse...

Dans sa forme, comme nous l’a fait remarquer le metteur en scène, le film opte aussi pour des paysages plutôt tristes, surtout en hiver avec la présence d’une colline enneigée, seule vue que peuvent apercevoir les prisonniers depuis leur cellule, et qui traduit l’état de morosité et de découragement dans lequel tous se trouvent.

À partir d’un sujet qui peut paraître à la limite de l’improbable (un homme commettant des délits mineurs et condamné 39 fois par la justice !), le réalisateur Lee Doo-yong nous livre avec ce film l’histoire émouvante et sincère d’un homme finalement simple, qui considère la prison comme une solution aux tourments de l’existence.

Un grand film à (re)découvrir...

P.-S.

FICHE TECHNIQUE :
Titre original : Cheongsonguro Kanunkil
Réalisateur : Lee Doo-yong (Yi Tu-yong)
Pays : Corée du Sud
Année : 1990
Interprètes : Chung Kwang, Cho Hyong-gi, Tae-il, Mooen Chang-geen, Gir Dar-ho, Kim Chun-shik, Yung Taek-cho
Scénariste : Ko Young-shik
Directeur de la photographie : Lee Seong-chun
Monteur : Lee Kyeong-ja
Décorateur : Do Young-wu
Compositeur : Choi Chang-kwon
Producteur : Doo Sung Cinema Corporation
Durée : 100 min

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