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11e Festival du film asiatique de Vesoul

Le voyage de James à Jérusalem

Le voyage de James à Jérusalem

Voici un film que je n’avais absolument pas prévu d’aller voir lors de ce FICA. Mais, et c’est aussi ce qui fait le charme des festivals, il se trouve que ce métrage bénéficiait d’un excellent bouche à oreille le qualifiant de « film très frais » ou d’ « excellente comédie »... Une comédie et, qui plus est, venant d’Israël ? Il n’en fallut pas plus pour que votre serviteur ne bouleverse son planning pour découvrir la chose, lui qui pensait alors (du fait de la nationalité de l’œuvre) tomber sur un drame relatant l’éternel conflit israélo-palestinien...

James est un jeune Africain provenant de la ville imaginaire d’Entshongweni (mais on nous laisse comprendre dans le film qu’il doit probablement être sud-africain), qui débarque en Israël en tant que représentant de son village pour effectuer un pèlerinage en la ville sainte de Jérusalem. Mais, à la douane de l’aéroport, on suspecte le voyageur de vouloir infiltrer le pays afin d’y travailler clandestinement. Il se retrouve en prison avec d’autres immigrés en attendant d’être rapatrié. C’est alors qu’un homme vient visiter les cellules et choisit trois captifs, dont James, à qui il paie les cautions. Notre héros, tout heureux, s’empresse de remercier son « sauveur », mais il va bien vite déchanter : le mystérieux étranger est en fait un entrepreneur qui s’arrange avec les gardiens pour « employer » des étrangers clandestins qu’il destine à toutes sortes de tâches manuelles, peu gratifiantes évidemment... Le voyage spirituel du jeune homme prend alors une tournure toute différente sans qu’il en ait le choix.

« Mais, il nous avait dit que c’était une comédie ce film... » Devez-vous vous dire à ce moment précis. Mais oui, ç’en est bien une, car si le sujet peut paraître lourd et grave, le metteur en scène Ra’anan Alexandrowicz (réalisateur de plusieurs documentaires et clips vidéo, Le voyage de James à Jérusalem étant son premier long métrage fictionnel) choisit un traitement humoristique, qui tend vers une satire que n’aurait probablement pas reniée Voltaire lui-même ! Car il est difficile de ne pas discerner chez James une sorte de Candide moderne : tout d’abord intimement persuadé d’être arrivé dans ce qu’il croit encore être la « Terre Promise », terrain d’accueil pour tous les Chrétiens du monde, il va peu à peu voir ses belles illusions s’effriter au contact de ce qu’est l’Israël actuelle, en tout cas telle qu’elle nous est exposée par le réalisateur. En effet, Ra’anan Alexandrowicz dépeint une société juive dans laquelle l’argent est le moteur de toute chose et où les individus ne cessent de proclamer qu’ils ne sont pas des « frayers », c’est-à-dire des gens exploités et qui se laissent arnaquer... (On pense d’ailleurs un peu à la description faite du quartier du Sentier à Paris dans La Vérité si je mens !, toutes proportions gardées cependant, le film d’Alexandrowicz ne versant pas dans la caricature résolument outrancière -mais assumée- de celui du français Thomas Gilou.)

C’est donc avec beaucoup d’ironie que nous est conté ce « parcours initiatique » qui voit le héros passer du stade de simple exécutant à celui de businessman pressé au fur et à mesure qu’il évolue dans cette société « où celui qui fait travailler les autres est celui qui gagne de l’argent », conseil que lui prodigue le père de son « patron », chez qui il est employé et avec qui il va se lier d’amitié. Le vieil homme, en conflit permanent avec son fils parce que celui-ci veut lui faire vendre sa maison située dans un quartier stratégique où l’on construit des buildings ultramodernes, va tout de suite apprécier James pour ses qualités de bon travailleur, mais aussi pour son « don »... car James est doté d’une chance incroyable aux dés en alignant à la demande les doubles six ! Don qui va aussitôt servir le bonhomme lors de ses parties de backgammon entre amis, au cours desquelles on joue évidemment quelques shekels...

Le film montre donc très bien comment l’innocence la plus pure peut être pervertie par un milieu complètement mercantile, où chaque service a son prix. Et c’est alors qu’il découvre un immense centre commercial, que James, alors ébloui par ce qu’il pense être le fameux « pays de cocagne » dont parle la Bible, va peu à peu oublier son objectif premier, à savoir se rendre à Jérusalem au nom de son village, pour se complaire dans les « joies » de la course à la consommation de nos chers pays « modernes » en achetant vêtements de marque, téléphones mobiles, etc.


Alexandrowicz n’oublie pas non plus d’égratigner la religion par le biais d’un pasteur qui voit en James, une fois enrichi, un mécène bien généreux pour sa paroisse...

Le personnage de James, justement, est très bien interprété par Siyabonga, jeune acteur Noir qui dégage une indéniable aura. Il n’y a qu’à voir à ce sujet l’intérêt qu’il suscite chez la communauté des personnages féminins du film pour s’en rendre compte... Mais au-delà d’un physique plutôt avantageux, Siyabonga joue tout en nuances l’évolution de son personnage, passant du rôle de jeune étranger naïf à celui, moins sympathique, d’homme d’affaires arriviste. À ses côtés, tous les personnages sonnent justes, avec une mention particulière pour l’interprète du vieil homme juif, tour à tour bourru et attendri envers James.

Si l’on ajoute à cela une bande son très entraînante (avec notamment la chanson leitmotiv Jérusalem, un choeur qui rappelle la quête spirituelle du héros à son arrivée) et un final d’une ironie mordante, vous aurez compris que ce voyage-ci mérite amplement le détour... (Enfin, si vous en avez l’occasion, mais le film a tout de même été présenté à la Quinzaine des réalisateurs à Cannes et au festival de Toronto en 2003.)

P.-S.

FICHE TECHNIQUE :
Titre original : Masa’ot James le eretz hakodesh
Réalisateur : Ra’anan Alexandrowicz
Pays : Israël
Année : 2003
Interprètes : Siyabonga, Melongisi Shine, Arie Elias, Salim Daw...
Scénaristes : Ra’anan Alexandrowicz, Sami Duenias
Directeur de la photographie : Shark de-Mayo
Monteur : Ron Goldman
Compositeurs : Ehud Banay, Gil Smetana, Noam Halevi
Ingénieurs du son : David Lis, Ronen Nagel
Costumière : Maya Barsky
Décorateur : Amir Dov Pick
Producteur : Lama Production Ltd
Distributeur : ID Distribution
Durée : 87 min

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