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12e Festival international du film asiatique de Vesoul

Conférence de presse Hou Hsiao-hsien - 2

Conférence de presse Hou Hsiao-hsien - 2

Après « Three Times », qui peut s’apparenter à une synthèse de votre filmographie, on peut se demander quelle direction vous allez emprunter désormais. Seriez-vous tenté de réaliser un wu xia pian, un film politique ou bien tout autre chose encore ?

Quels que soient mes projets, mon cinéma tournera toujours autour de l’être humain et, à ce sujet, je consacre une bonne partie de mon temps à la lecture d’ouvrages contemporains. Mais il est vrai que j’aimerais désormais tourner un film radicalement différent au niveau de la forme. J’aimerais briser ma réputation de cinéaste « esthétique » en tournant un film expérimental, par exemple, tout en respectant les deux choses qui me tiennent le plus à cœur : les acteurs et le lieu de l’action.

Je désire aussi, tout comme l’a fait Ang Lee (avec Le Secret de Brokeback Mountain), évoquer le rapport qui existe entre l’homme et la nature. Je trouve le sujet incroyablement d’actualité par rapport à la société dans laquelle on vit.

J’aimerais beaucoup rendre hommage à l’un de mes films préférés, Le Ballon rouge (France, 1956), car je trouve que le cinéaste a TOUT montré de l’époque évoquée. Là encore, cela rejoint l’importance que j’accorde aux acteurs et au lieu. Mais j’attends d’avoir le budget pour cela ou alors je tournerai en numérique... Pour l’instant, je ne sais pas encore.

Et puis, j’aimerais aussi évoquer l’histoire qui fut celle de ma belle-mère, mais aussi de beaucoup de femmes en Chine, avec la fameuse politique de l’enfant unique, à savoir que l’on disait que lorsqu’un enfant fille naissait, on laissait le couffin devant la porte en hiver et l’on voyait ainsi si le bébé survivait... Cela serait une parabole sur la difficulté de survivre ainsi qu’une critique de la philosophie taoïste.

Aimeriez-vous travailler de nouveau à l’étranger ?

Oui, j’aime les nouvelles expériences.

Au début de ma carrière, à Taiwan, j’ai beaucoup tourné avec des acteurs non professionnels, mais qui étaient très bons dans leurs rôles. Cela vient du fait que je ne pense JAMAIS au choix des comédiens au moment de l’écriture du scénario, mais seulement au moment du tournage.

Lorsqu’on m’a proposé de mettre en scène Café Lumière en hommage à Ozu, ce fut un réel challenge pour moi, car je ne parlais pas un mot de japonais et je ne connaissais d’ailleurs pas bien la culture nippone. Alors je suis parti au Japon. J’ai tout d’abord rencontré des acteurs, comme Asano Tadanobu que j’ai appris à connaître avant de décider de son rôle dans le film. Il en a été de même avec une chanteuse de Taiwan que j’ai décidé d’intégrer au film après l’avoir observée. Et tout s’est passé de la sorte pour le casting, car je décide toujours de la distribution des rôles en fonction de la vraie personnalité de chacun. De la même manière, pour m’imprégner des lieux, je suis allé dans le métro à Tokyo et j’ai observé un plan des lignes en essayant d’en imaginer le sens et les liens qui pouvaient apparaître... Et c’est ainsi que, petit à petit, détail après détail, j’ai finalement construit le film. (Ouh la la ! Peut-être bientôt un film sur Vesoul signé Hou Hsiao-hsien lorsque l’on sait qu’il s’est fréquemment promené dans les rues de la cité haute-saônoise pour « observer » justement... ;oD )

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Quand l’Inde et Taiwan se rencontrent...

Quels acteurs étrangers appréciez-vous ?

J’ai une grande admiration pour Lawrence Olivier. Et j’aime aussi beaucoup John Malkovich, que je trouve très doué.

Fantastikasia : Vos premiers films, notamment sur l’enfance, me font penser au cinéma de Takeshi Kitano... Y a-t-il un lien entre vous deux ?

Nous nous sommes rencontrés plusieurs fois, en effet. Nous n’avons jamais vraiment discuté de cela, mais il y a une chose sur laquelle nous sommes d’accord à 100 % : lorsqu’une chose ne fonctionne pas dans une scène, il ne faut pas attendre plus longtemps, il faut la couper tout de suite.

À vos débuts, vous évoquiez vos souvenirs, alors que maintenant vous parlez de la jeunesse. D’habitude, c’est plutôt l’inverse... Vous sentez-vous plus proche de la jeunesse d’aujourd’hui ?

Maintenant, j’ai presque 60 ans, et je vois la jeunesse avec un autre regard, avec le point de vue d’un « vieux »... Lorsque j’ai contacté des jeunes pour Millenium Mambo, j’ai appris à les connaître et à suivre leur parcours, et je trouve que la jeunesse actuelle doit se consacrer à beaucoup plus de choses qu’auparavant, que ce soit du côté du travail ou des relations sociales. Il existe un dicton qui dit « quand les feuilles de l’arbre tombent au sol, porte ton attention sur une feuille seulement. Dans ce cas, cette feuille existe et devient importante. » C’est à ça que me fait penser la jeunesse d’aujourd’hui.


Comment le public taïwanais a-t-il reçu et reçoit-il encore vos films ?

Les Garçons de Fengkuei (1983) a été un succès commercial à Taiwan, puis mes films ont eu de moins en moins de succès, jusqu’à La Cité des Douleurs en 1989. Je pense que le bon score de ce film au box-office local est surtout dû au fait qu’il évoquait un sujet alors tabou, ce qui créa une polémique lors de sa sortie en salles et poussa sans doute les gens à aller le voir. (La Cité des Douleurs, Lion d’or à Venise en 1989, raconte la destruction d’une famille de quatre frères par la guerre et la répression politique à Taiwan, lors de la période entre la capitulation des occupants japonais en 1945 et l’arrivée au pouvoir des nationalistes chinois en 1949.)

Avec le recul, je pense que mes premiers films ont été difficiles à comprendre pour le public taïwanais, ce qui n’est plus le cas désormais.

Vos films traitent très souvent de la recherche d’identité, alors pouvez-vous nous dire ce que c’est d’être taïwanais aujourd’hui ?

Hum... À mon avis, c’est une question trop compliquée à répondre.

Comme je l’ai déjà souligné, l’histoire de Taiwan est très mouvementée. Entre les premiers immigrants chinois, puis hollandais et espagnols, la domination japonaise à partir de 1895, puis la restitution de l’île à la Chine à la fin de la seconde guerre mondiale, pour finir par devenir le bastion de Chiang Kai-shek en 1949, Taiwan a connu tellement d’occupants différents ! Toutes ces colonisations ont évidemment entraîné des conflits entre les groupes... Je pense, par exemple, qu’après l’occupation nipponne on n’a pas du tout réfléchi à la relation entre Taiwan et le Japon, ce qui a entraîné un grand malaise.

Comme vous le voyez, il est trop complexe de définir notre identité de par notre histoire, mais si vous regardez bien mes films, ils essaient quand même de vous montrer qui sont les Taïwanais...


Entretien réalisé le 5 février 2006 lors de la 12ème édition du Festival international du film asiatique de Vesoul.

Merci à M. Hou Hsiao-Hsien pour sa disponibilité, ainsi qu’à son aimable interprète dont le nom nous a malheureusement échappé. (Mea culpa !)

Nous tenons une fois encore à remercier Martine et Jean-Marc Thérouanne, ainsi que toute l’équipe organisatrice de ce merveilleux festival. « Keep up the good work, guys ! »

Remise en forme de l’interview par Mercano Boy


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