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13e Festival des cinémas d’Asie de Vesoul

VESOUL 2007 : biographie de Wu Tianming

VESOUL 2007 : biographie de Wu Tianming

Étant l’invité d’honneur de la 13ème édition du Festival International des Cinémas d’Asie de Vesoul, WU TIANMING est venu nous voir avec une sélection de ses plus grands films. Ce fut également l’occasion pour son distributeur français, CINEMA PUBLIC FILMS représenté par Monsieur Jacques ATLAN, de faire enfin la connaissance de ce génialissime réalisateur. Mais qui est donc ce personnage si attachant ? Je vous propose un texte de LUISA PRUDENTINO, la grande spécialiste en sinologie, pour en connaître un peu plus sur ce maître du cinéma.

Wu Tianming, le précurseur du renouveau

En 1979, au lendemain de la Révolution culturelle, les forces du changement en Chine, bien qu’encore faibles, étaient déjà en place ; au niveau du cinéma, contraint au silence durant presque une décennie, elles n’attendaient que le moment propice pour se déverser sur les écrans. Wu Tianming sera le grand promoteur de ce changement.

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Jacques Atlan, Wu Tianming et Jean-Marc Thérouanne


Né en 1940, il entre aux studios de Xi’an dès 1960 pour y suivre des cours d’art dramatique. Il y revient vingt ans plus tard en tant que cinéaste pour réaliser ses deux premiers films, Le sanglot de la vie (1979) et Une seule famille (1980), en coproduction avec un autre cinéaste, Teng Wenji. En 1983, il reçoit le prix du Ministère de la Culture pour La rivière sans balise. Dans ce film, on apercevait déjà les premiers signes d’une approche originale. En effet, comment ne pas être frappé par le côté indécis des personnages, leur faiblesse ainsi que leur mélancolie mêlée de regret ? Pour la première fois, le héros est un individu et non plus la collectivité, mais cet individu semble avoir perdu toute certitude. A l’opposé de l’excès de convictions des gardes rouges du village, où font escale les protagonistes du film, M. Wu doute de tout. Retrouvera-t-il ses vieux amis, but même de ce voyage ? Son imagination ne lui joue-t-elle pas des tours quand il croit reconnaître, sous les traits d’une actrice d’opéra, une femme jadis aimée ? Wu Tianming traduit le trouble de son personnage dans des scènes simples mais significatives. L’idée même de se remémorer le passé est révolutionnaire, jamais les souvenirs n’avaient occupé une place si importante dans les films. En effet, les films des années précédentes avaient systématiquement représenté des hommes presque sans passé ou libres de son emprise et puisant leur force à la seule source des valeurs et des dogmes du Parti.

Wu Tianming rend à l’individu son histoire personnelle ainsi que le droit d’y penser et, pourquoi pas, de s’y abandonner de façon nostalgique. L’homme « social », celui qui ne se réalisait qu’à travers la collectivité, qui demeurait le héros des films des trois générations précédentes, depuis le cinéma patriotique des années 1930 jusqu’aux figures extrêmes des héros révolutionnaires des années 1950, cet homme-là, n’existe plus. Les certitudes, les valeurs traditionnelles s’effondrent : désormais, seuls les sentiments du personnage comptent, son désarroi et ses interrogations. Le nouveau héros est l’homme « intérieur », il n’appartient plus à la société qui le crée et le rend immortel mais cherche au contraire à se dégager de son oppression.


Les paysages ruraux se prêtent mieux que ceux de la ville à une telle introspection. La campagne devient ainsi l’autre protagoniste des films de Wu Tianming ; une campagne mélancolique qui sert de cadre idéal au chagrin d’amour du personnage central de La vie, film de sa consécration ; ou bien une campagne âpre, contre laquelle les villageois se battent pour obtenir de la montagne le peu d’eau nécessaire à leur survie, comme dans Le vieux puits (1987). Dans ce film, d’une beauté formelle époustouflante, Wu Tianming laisse ses personnages montrer leurs sentiments, mais il propose parallèlement une vision plus réaliste de l’amour avec les premières scènes de nu, certes encore pudiques, mais déjà très audacieuses pour l’époque et le pays. Avec ce film, Wu Tianming trouve son style : un juste équilibre entre la beauté formelle, qui ouvre la voie au symbolisme de la génération suivante, et la tradition romanesque, qui restera toujours importante pour lui.

Cette alchimie réussie fait parler d’une nouvelle forme de réalisme poétique et ne passe pas inaperçue : le film remporte le Grand Prix du 2e Festival de Tokyo et permet ainsi à l’Occident de découvrir l’existence d’un nouveau cinéma chinois.


Mais le travail novateur de Wu Tianming va au-delà de ses propres films, le réalisateur s’implique parallèlement pour servir la cause du cinéma national. Il connaît trop bien l’état du 7e art en Chine, où tout est à reconstruire après quasiment dix ans de vide, pour ignorer que le renouveau ne peut venir uniquement du travail d’un ou deux réalisateurs talentueux. La « politique de la porte ouverte », que la Chine venait d’inaugurer, concerne aussi le cinéma... les temps sont propices à l’audace !

Wu Tianming décide de profiter de ce climat d’ouverture. Grâce à la direction des studios de Xi’an, prise en 1984, il s’entoure de nouveaux talents. Quelques exemples : il donne au réalisateur Chen Kaige la possibilité de tourner son film le plus personnel, Le roi des enfants ; il produit L’incident du canon noir (l’un des plus beaux films chinois de tous les temps) ainsi que le premier film de Zhang Yimou, Sorgho rouge, Ours d’or à Berlin en 1988...

Grâce à Wu Tianming, en très peu de temps, les studios de Xi’an se transforment en un Eldorado du cinéma, sur lequel souffle l’esprit nouveau et qui marque les débuts de la fameuse Cinquième Génération, celle qui a, entre autre, lancé le cinéma chinois dans une orbite internationale.

Jamais un tel phénomène n’aurait pu se produire sans la détermination et le courage de ce réalisateur hors du commun qui aujourd’hui n’a peut-être pas encore dit son dernier mot. Si c’était le cas, ce ne serait que du bonheur...

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