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50 ans de cinéma coréen en 50 films

Le village dans la brume

Le village dans la brume

Dans ce film de 1982, le seul réalisateur coréen célèbre internationalement, Im Kwon-taek, essaie de rendre compte de la vie rurale dans son pays, d’un point de vue psychologique. Il s’attache avant tout à décrire l’inadaptation du peuple aux changements modernes, et toutes les frustrations qui en découlent...

Han Suok, une institutrice, débarque de Séoul pour prendre son premier poste dans un village isolé en pleine montagne. À peine arrivée, elle remarque un homme à part, Kkaech’ol, un « sans-domicile-fixe », qui la dévisage étrangement. Elle finira par découvrir le secret des habitants, un contrat moral officieux entre eux et le vagabond, qui leur permet de supporter leur vie loin de tout...

Le début des années 80 voit la transformation profonde de l’économie coréenne, auparavant basée sur l’agriculture, vers une industrialisation massive. D’un côté, l’héroïne représente la vie citadine, le savoir et la culture ouverte, d’un autre, le vagabond cristallise la beauté sauvage de la nature, la simplicité de l’ignorance et les traditions inavouables (comme l’adultère).

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Le vagabond protégé par les femmes du village



Ce film construit comme une fable érotique présente finalement une amoralité très sage, dont la mise en scène renforce la poésie : en utilisant surtout de longs plans larges, les rares irruptions de gros plans ont un impact inconscient très fort. C’est pourquoi ils illustrent la passion des étreintes déchirant les frustrations de ces mornes vies.

En 1984, Le village dans la brume fait partie de la section Projections spéciales du festival de Berlin, ce qui prouve que la notoriété du réalisateur ne date pas d’hier... Im Kwon-taek est connu pour adapter son style aux besoins de chaque scénario. Aussi ses films sont très différents visuellement. La seule caractéristique commune à la plupart de ses œuvres est la prédominance des plans fixes, et Le village dans la brume n’échappe pas à cette règle.

D’ailleurs, Im Kwon-taek a déclaré : « Je n’aime guère les mouvements de caméra frénétiques qui semblent caractériser le cinéma occidental. Je cherche le mouvement dans l’immobilité. Souvent, je préfère organiser un grand nombre de déplacements à l’intérieur d’un cadre fixe. »

La direction de la photographie offre une image quasiment monochrome, d’un brun sale (comme la boue des sentiers), où les seules tâches vives sont des pointes de rouge portées par l’héroïne (son parapluie, son rouge à lèvres, etc.) qui personnifie ainsi le désir.

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Kkaech’ol



L’interprétation du film est, bien sûr, impeccable. L’intensité du jeu de l’acteur principal fait même de son personnage de clochard un vrai « messie sexuel », mais pour ce qui est de la crédibilité, j’accorderai une mention toute particulière au personnage secondaire de la prostituée muette. De nombreux films coréens mettent d’ailleurs en scène ce genre de personnage de folle échevelée et à moitié déshabillée, qui erre dans la rue en hurlant (Adada, Le village au bord de la mer, Les filles du pharmacien Kim ou Le cordon ombilical, par exemple). Cette folle (version coréenne de la sorcière médiévale) s’oppose à la discipline de la société hypocrite des paysans du village dans la brume et déclenchera les premières fissures de leur système de gestion de la frustration...

La musique du film fait parfois référence au western italien, surtout par son thème mystérieux accompagnant les apparitions de Kkaech’ol, ce qui est assez surprenant. Plus surprenant encore est ce choix d’utiliser des tubes occidentaux de l’époque (c’est-à-dire bien ringards aujourd’hui) pour souligner l’appartenance de l’héroïne au monde moderne. C’est indéniablement une faute de goût, car cela a très mal vieilli.

Malgré son rythme très lent et ses quelques maladresses scénaristiques, Le village dans la brume est quand même à voir, ne serait-ce que pour sa cultissime scène du moulin, qui alterne des plans de fornication où on entend le tumulte de l’eau et des plans sur la grande roue où l’on entend les râles des amants... du grand art !

P.-S.

FICHE TECHNIQUE :
Titre original : An’gae maül
1re projection : 12 février 1983
Réalisateur : Im Kwon-taek
Pays : Corée du Sud
Année : 1982
Interprètes : Chöng Yunhüi, An Sönggi, Yi Yemin, Kim Chiyöng
Scénariste : Song Kihan, d’après le roman de Yi Munyöl, L’île sans nom
Directeur de la photographie : Chöng Hsöng, scope, couleur
Monteur : Kim Ch’angsun
Compositeur : Kim Chöggil
Producteur : Pak Chongch’an
Société de production : Société Hwach’ön
Durée : 91 min

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