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50 ans de cinéma coréen en 50 films

Oasis

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Oasis, une histoire d’amour... Encore une ? Me direz-vous... Celle-ci vient toutefois de Corée. À ceux qui se précipiteront dans les salles en espérant revivre My Sassy Girl (l’excellente comédie légère qui a fait un carton en Corée), je leur dirai qu’il faut surtout s’armer de courage.

Un film d’auteur ne s’apprivoise pas facilement. En effet, dans ce genre de film, le réalisateur n’utilise pas forcément les règles de narration que connaît la masse. Pourtant, il va nous présenter ici l’histoire de gens ordinaires. Or, nous n’avons pas l’habitude d’aller au cinéma pour retourner à la réalité. La plupart du temps, nous avons besoin de nous évader vers des destins hors du commun. Et ce n’est pas en suivant un paumé comme Jong-du, un simplet, que nous pouvons espérer rêver. Ses pérégrinations nous dépriment plus qu’autre chose, car elles présentent la noirceur de la société. Délinquant récidiviste, Jong-du, après avoir purgé sa dernière peine, va essayer de se réinsérer dans la vie sociale avec l’aide de sa famille. Avant tout, il rend visite à la famille du balayeur victime de l’accident pour lequel il avait été arrêté.

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Un frère bien encombrant...



C’est là qu’il va rencontrer Gon-ju, handicapée moteur, fille du balayeur. Cet évènement va le marquer à tout jamais. Et vous voyez bien poindre l’histoire d’amour d’un simplet et d’une handicapée.

On n’évite pas les scènes d’abandon ni de cruauté de la société vis-à-vis de ses maillons faibles. On ne peut s’empêcher de penser que le réalisateur utilise alors les stéréotypes de situation et qu’il ne se foule pas beaucoup pour nous montrer des scènes plus « innovantes »... On attend de lui un regard plus exacerbé ou neuf. Mais on se rend compte aussi que nous n’avons, malgré notre intellect, même pas dépassé ce premier stade de pensée devant ces gens au banc de la société. Peut-on alors blâmer l’artiste pour sa facilité d’approche scénaristique ? Dans cette surprenante pseudo banalité, peut-être trouvera-t-on les réponses que nous cherchons ? L’artiste ici se rapproche de la réalité quotidienne et nous donne les notes justes afin que nous puissions réévaluer notre gamme de sensibilité.

Cette histoire d’amour tout à fait sympathique, assez proche de ce que nous avons l’habitude de voir dans son schéma, brille surtout par l’interprétation de son actrice principale qui amène le film à un autre niveau, en transcendant la réalité. Malgré son infirmité moteur lourde (elle ne peut se tenir debout, les bras et les poignets sont totalement désaxés, les muscles faciaux n’obéissent pas), Gon-ju nous invite avec trois fois rien, soit par quelques grognements, dans son univers : un monde fait de magie et de merveille. Son endroit secret est un bel oasis où les papillons lumineux virevoltent comme des lucioles. Pourtant, une ombre affreuse projette ses formes hideuses sur ce lieu de quiétude. Jong-du parviendra-t-il à effacer cette ombre maléfique comme il semble le promettre fièrement ?

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Prendre, malgré l’autre...



À travers Gon-ju (littéralement, princesse), on entrevoit un peu le rêve d’un handicapé. Son Saint Graal ? Être comme le simple quidam. Se mouvoir aisément, se tenir debout, marcher et danser. Tout ça afin de folâtrer avec son petit ami comme tous les couples que l’on peut croiser dans la rue. Cette handicapée rêve d’une histoire d’amour conforme à celle des êtres humains qu’elle côtoie. N’est-ce pas aussi le rêve de tout venant ? Ne pourrait-on penser qu’étant donné sa situation son rêve pourrait être différent de ce que nous pouvons imaginer ? Pourtant, comme vous le verrez, l’imagination de Gon-ju ne s’arrête pas au monde le plus immédiat.

Dans cette quête de mouvement synonyme de liberté pour Gon-ju, Jong-du lui permettra d’accéder au monde réel et de s’y frotter. Inversement, Jong-du a besoin de Gon-ju et de sa capacité à l’imaginaire, pour quitter ce monde dans lequel il ne peut s’insérer. Leur rencontre avait pourtant très mal commencé, puisque Jong-du, dans un excès d’excitation, a tenté de violer Gon-ju dès les premières minutes. Ceux qui connaissent le cinéma asiatique voit ici l’un des schémas typiques d’une histoire d’amour. En effet, en Asie, il est très courant de construire une histoire « romantique » à partir d’un drame : le viol. On aurait pu souhaiter que le réalisateur fasse un autre choix, mais en demandant cela, nous y mettons notre moralité. Quoi qu’il en soit, on ne peut faire scène plus traumatisante que le viol d’une femme handicapée et doublement sans défense par un homme, et ce, même s’il n’y a pas de violence physique. Il faudra énormément de sympathie et d’humanité à Jong-du pour se racheter à nos yeux. Mais est-ce pour nos yeux ou pour les yeux de Gon-ju ?

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Apprivoiser le réel...



Une polémique a éclaté en Corée à propos de cette scène de viol. Le personnel soignant trouvait que Gon-Ju n’aurait jamais dû pardonner à Jong-du et qu’il était intolérable de mettre en scène ce pardon. Le débat a gagné tout le pays, chacun y allant de son avis. Le film, qui n’avait pas été conçu comme un film commercial, a pourtant attiré un million de Coréens dans les salles.

L’acteur Sol Kyung-Gu se montre remarquablement talentueux dans la peau de Jong-du. Ses derniers rôles (Legend of Gingko, Public Enemy) ont prouvé qu’il possède des capacités de métamorphose incroyable. Il joue des personnages ambigus et difficiles à cerner. Son interprétation crédible de l’arriéré Jong-du complète admirablement le personnage disloqué de Gon-ju. L’alchimie entre Jong-du et Gong-ju fonctionne parfaitement.

La performance du film repose particulièrement sur l’actrice Moon So-ri. Celle-ci a côtoyé pendant six mois des handicapés afin de vraiment saisir ce qu’ils sont réellement. Elle a voulu à tout prix éviter les conclusions hâtives et les idées toutes faites. Dotée de cette expérience et avec l’aide du réalisateur Lee Chang-dong, elle a créé Gon-ju. Elle se bat sur chaque plan pour que Gon-ju soit dans le ton, pour que l’illusion fasse effet. Au visionnage du film, on n’imagine même pas qu’elle ne puisse pas être handicapée ! Moon So-ri a dû utiliser le « stretching » pour vraiment tenir le coup. Les contorsions de Gon-ju dans tous les sens mettent à mal quiconque n’est pas préparé.

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Apprivoiser l’imaginaire...



L’histoire de Gon-ju et de Jong-du nous fait partager un des rêves absolus des handicapés, être comme nous. Marcher, courir, danser. La leçon est claire. Sachant cela, pouvons-nous nous contenter de ce que nous avons et ainsi mieux vivre ? Mine de rien, petit à petit, Gon-ju et Jong-du nous entraînent dans ce monde où les plus invalides sont les plus inventifs et les plus heureux. Notre vision du handicapé et des handicapés s’en trouve changée.

À vous d’entrer dans l’Oasis de Gon-ju !

P.-S.

FICHE TECHNIQUE :
Réalisateur : Lee Chang-dong
Pays : Corée du sud
Année : 2002
Interprètes : Sol Kyung-Gu, Moon So-Ri, Ahn Nae-Sang
Scénariste : Lee Chang-dong
Directeur de la photographie : Choi Young-taek
Monteur : Kim Hyun
Compositeur : Lee Jae-jin
Producteur : Myung Kaynam
Durée : 132 min

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