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Centre Pompidou : vous avez dit "Bollywood !"

Andaz

Andaz

Alors qu’elle fait du cheval, Neeta (Nargis) une jeune fille de bonne famille, fait la connaissance de Dilip (Dilip Kumar), qui lui sauve la vie. Une relation amicale commence à se nouer entre eux, mais ce qui est pour elle une simple amitié se transforme pour Dilip en sentiments plus forts. Cet amour se brise lorsque Rajan (Raj Kapoor), le fiancé de Neeta, fait son apparition. Fidèle à leur amitié, Neeta confie à Dilip l’entreprise familiale, mais obnubilé par son amour, celui-ci en néglige la gestion. Tout se complique lorsque Rajan apprend que Dilip aime Neeta. Il change alors complètement d’attitude envers son épouse.

Au premier abord, Andaz a un aspect totalement occidentalisé qui peut rebuter. En effet, tout se déroule au sein d’une famille indienne riche, adoptant en apparence un mode de vie occidental. Aussi bien dans les décors que dans la façon de s’habiller des personnages, tout rappelle les films hollywoodiens de la même époque. De ce point de vue purement technique, le film est très bien réalisé et n’a pas à rougir de ce qui se faisait simultanément aux Etats-Unis. Cependant, le message-clé du film, qui nous est révélé dans la scène finale, va à l’encontre de cette apparence, car il dénonce précisément les valeurs occidentales et leurs dérives en les montrant de manière réaliste. La morale est typiquement indienne, tout à fait traditionnelle.

Andaz se veut donc une mise en garde contre l’attrait du monde occidental pour les Indiens. Malheureusement, le film fait passer ce message de manière maladroite, parfois presque caricaturale pour le public actuel. Mais il participe quand même à la grande modernité du film, car il est plus que jamais d’actualité. A l’heure où l’Inde connaît un développement économique rapide, l’attrait des valeurs et du mode de vie occidental est grand pour une partie de la population indienne, le film n’en a que plus d’impact.

Andaz est aussi un très bel exemple de la désormais ultra-classique relation en triangle entre les personnages. Dans certaines scènes, on atteint vraiment des sommets en matière de dramaturgie. Le côté intéressant et même assez original du scénario réside dans le fait qu’on suit l’évolution des personnages, on les voit changer au fil du film, depuis les petits flirts innocents de l’adolescence, jusqu’aux graves conséquences et aux responsabilités à l’âge adulte.
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Cependant, même s’il était novateur pour l’époque, pour le spectateur d’aujourd’hui Andaz paraît franchement ennuyeux par moment. Dans ses meilleures scènes on assiste à du grand cinéma, mais il y a beaucoup de longueurs et de passages qui semblent inutiles. Au final, il me semble très inégal.

Tout commence comme une bluette romantique entre jeunes de bonne famille, qui s’oriente peu à peu vers le drame lorsque l’on découvre que l’amour de Dilip pour Neeta est impossible. Le film s’enfonce alors peu à peu dans le drame larmoyant et devient répétitif. On est sauvé de l’ennui par l’arrivée de Rajan, le fiancé jusqu’alors caché de Neeta. Il apporte son humour et son insouciance à l’histoire, qui prend alors un nouveau départ jusqu’à la moitié du film, pour sombrer de nouveau et devenir très conventionnel. L’histoire devient vraiment ennuyeuse dans la dernière partie du film, et culmine dans le final, avec une morale et surtout une fin ridicule alors qu’elle aurait dû être tragique.

En fait, l’atout majeur du film réside en ses acteurs. Les rôles sont très bien écrits, et si le scénario peut être critiqué globalement, il faut reconnaître que les personnages sont absolument remarquables. Il sont dotés d’une profondeur et d’une vraie psychologie qui compensent les inégalités de l’histoire. Le casting est impressionnant : Nargis, Raj Kapoor et Dilip Kumar !!! C’est-à-dire rien moins que les trois acteurs les plus importants de l’âge d’or de Bollywood, réunis en un seul film. Inutile de dire qu’on a droit à de très belles compositions de la part du couple Nargis - Raj Kapoor, qui vaut à lui seul la vision du film. Nargis dans un de ses tout premiers rôles importants est vraiment excellente. Elle dévore littéralement l’écran, quand elle est là on ne voit qu’elle. Sa performance tout en finesse donne une ampleur supplémentaire à un personnage déjà très écrit, qui préfigure le travail hors du commun qu’elle fera avec le même réalisateur, Mehboob Khan, dans Mother India. Raj Kapoor est lui aussi excellent dans un rôle complexe, plus nuancé qu’à l’habitude. En effet, son personnage n’est pas entièrement gentil, mais montre des aspects plus sombres, durs, et même cruels.

Etonnament, le gros point faible du film est Dilip Kumar. Il est tout simplement mauvais. Il a pris le parti de jouer son personnage tout en intériorisation, mais probablement l’a-t-il trop intériorisé, car il est extérieurement totalement inexpressif. Le comble pour un acteur indien ! Il ne serait pas exagéré de dire qu’il plombe une bonne partie du film à lui tout seul, puisque son personnage est central dans le développement de l’intrigue. Ce film étant un de ses premiers rôles, on peut dire à sa décharge qu’il avait encore à se perfectionner. La différence est en effet flagrante entre son interprétation dans Andaz et sa remarquable performance dans le Devdas de Bimal Roy.

Andaz est donc un film historiquement important dans l’évolution du cinéma de Bollywood, mais si son message de fond n’a pas vieilli, la manière a par contre du mal à passer auprès du public d’aujourd’hui. J’en veux pour preuve les nombreux rires dans la salle lors de la projection, qui pour une fois furent partagés par vos serviteurs. Ce film est inégal, il a ses qualités et ses défauts, mais il mérite tout de même le détour car, comme la plupart des films de cette période, il contient en germe beaucoup de ce qui se fait encore actuellement dans les studios de cinéma de Mumbai et du reste de l’Inde.

P.-S.

FICHE TECHNIQUE :
Réalisateur : Mehboob Khan
Pays : Inde (hindi)
Année : 1949
Interprètes : Nargis (Neeta), Dilip Kumar (Dilip), Raj Kapoor (Rajan), Cuckoo, V.H. Desai
Scénariste : Shums Lucknavi
Compositeur : Naushad
Parolier : Majrooh Sultanpuri
Chanteurs : Lata Mangeshkar, Mohammed Rafi, Mukesh
Production : Mehboob Khan Films
Durée : 138 min
V.O. sous-titrée en français

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