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Centre Pompidou : vous avez dit "Bollywood !"

Int. N. Tarbouriech : Les copies, les sous-titres, le budget

Suraj : Comment avez-vous fait pour obtenir les copies ? Avez-vous rencontré des difficultés
 ?


Nadine Tarbouriech : Il
n’est jamais très simple d’obtenir les copies en Inde, car il n’y a pas vraiment de tradition de conservation, le patrimoine est immense et, donc, nous avons dû effectuer une véritable recherche avec l’aide des ministères - les partenaires classiques de ce genre de rétrospective.

Je suis allée d’emblée vers ces partenariats, non seulement les ministères français et indiens, mais aussi, à partir des ministères indiens, vers les institutions qui en dépendent
 : les Archives, la Direction des festivals, NFDC : la National Film Development Corporation aussi... Ces organismes ensuite m’ont ouvert la porte des productions privées. Mais avec ces dernières, c’est toujours plus difficile, elles sont nombreuses, donc j’ai essayé de limiter aussi les recherches sur les producteurs privés, parce que sinon ça n’aurait pas pris un an mais plutôt
deux ans...

Eulika : Et est-ce qu’il y a des organismes français qui vous ont aidé ?

Nadine Tarbouriech : Euh... non, en fait. Le Centre Pompidou fonctionne de lui-même, ensuite, il y a le ministère de la Culture et celui des Affaires étrangères. On a eu un gros coup de main de la part de ce Ministère et de la représentation française en Inde, notamment l’Ambassade de France à Delhi dont on est très proches et qui a été très présente avec moi à chaque fois que j’ai
fait mes recherches.

Suraj : Vous vous y êtes pris très en amont alors ?

Nadine Tarbouriech : Oui, je travaille sur cette rétrospective depuis un an. Il faut du temps pour choisir, pour voir, parce que choisir veut dire déjà voir beaucoup de films. Ensuite, il faut du temps pour trouver, pour obtenir les accords nécessaires, pour récupérer les copies, décrocher les autorisations des ayants droit. Toute la partie technique est extrêmement longue et lente, et avec l’Inde, ça l’est, de toute façon... avec les surprises de dernière
minute.

Eulika : Vous avez des coups de cœur dans la programmation ?

Nadine Tarbouriech : (Sourire) Si je parlais de mes coups de cœur, je n’aurais QUE des coups de cœur. Tous ces films sont forcément des films que j’aime. J’essaie aussi dans la programmation de montrer non seulement le cinéma de Bombay, mais aussi d’avoir quelques ouvertures sur d’autres régions.

Eulika : Oui, j’ai vu un film gujarati.
Suraj : Et des films tamouls et de Mani Ratnam.

Nadine Tarbouriech : Oui, les films de Mani Ratnam et de Ketan Mehta
sont des films en tamoul. Il n’y en a pas autant que je l’aurais voulu. Il y aurait aussi une rétrospective à consacrer, par exemple, au cinéma du sud... Mais ça aurait demandé encore plus de recherches et beaucoup de temps, parce que rien n’est centralisé en Inde. Il faut vraiment courir pour pouvoir voir des films, trouver des VHS et trouver des films sous-titrés, car il y a plusieurs langues. Mais j’ai quand même dans une large mesure essayé de pointer sur cette idée, et c’est précisément le jeu avec le mot Bollywood, qui concerne Bombay, donc logiquement juste le nord. Le mot Bollywood, c’est l’industrie du cinéma
populaire de Bombay.

Suraj : Mais ici, c’est souvent perçu comme l’ensemble du cinéma indien.

Nadine Tarbouriech : C’est le « mainstream » Bollywood, l’industrie de Bombay depuis les années 70, du cinéma populaire qui ne représente pas à lui seul le cinéma traditionnel indien. C’est un mot qui, me semble-t-il, a été inventé par un journaliste indien pour exprimer la rivalité avec Hollywood, mais qui finalement fonctionne très
bien, qui ne me donne pas de frisson du tout...

Suraj : ...Et qui a été appliqué à tout les autres cinémas : Bollywood, Kollywood...

Nadine Tarbouriech : Exactement, Mollywood, Tollywood... On en parle moins, ce qui restera est sans doute Bollywood, car au-delà de l’aspect géographique, il véhicule l’idée de la tradition d’un cinéma
populaire.

Suraj : Et en ce qui concerne la venue d’acteurs c’est pareil ? Est-ce toujours cette volonté de faire connaître davantage le cinéma
indien ?


Nadine Tarbouriech : (Cherche ses mots) Oui... Il y a de formidables
acteurs en Inde, qui sont aussi de formidables ambassadeurs pour le cinéma indien. Il est toujours intéressant de rencontrer et d’entendre ces gens parler de cette expérience. C’est l’occasion pour le public français d’avoir une expérience
et que ces acteurs ne restent pas que des images.

Eulika : Et comment ces acteurs perçoivent-ils l’entrée de Bollywood en
France ?


Ah ! Ils sont ravis !

Suraj : Et que pensent-ils du cinéma français ?

Nadine Tarbouriech : Le cinéma français est très estimé en Inde. Dans les festivals de cinéma d’art indien, on m’a partout parlé de la Nouvelle Vague française, absolument sacrée. Dans un festival, il y a trois ou quatre ans à Calcutta, a eu lieu une présentation des films de Godard, avec des queues de 800 mètres pour aller voir ses films, c’était incroyable. Calcutta est le foyer du cinéma d’art, mais le cinéma français a réellement une aura en Inde. Maintenant, ils connaissent peut-être moins les jeunes cinéastes français...

Suraj : Et les autres cinématographies européennes ?

Nadine Tarbouriech : Pareil. Le néo-réalisme italien est très important pour les cinéastes indiens, le cinéma soviétique également. Certaines cinématographies sont des cinémas clés pour les réalisateurs. Des réalisateurs de cinéma d’art comme de cinéma populaire ont été bercés par les films qu’ils ont pu voir dans les instituts français, dans les British Councils, dans les centres culturels italiens. Mani Ratnam, par exemple, un cinéaste dont on va présenter deux films, dit très clairement qu’il a été bercé par tout cela, très jeune, ils étaient toute une bande de copains à aller régulièrement voir les films à l’Alliance Française, aux British Councils. Ils passaient d’un endroit à l’autre pour pouvoir découvrir justement tous ces cinémas.

Suraj : Pensez-vous que le cinéma européen a ses chances en Inde tout comme le cinéma américain
 ?


À long terme, oui, il a vraiment ses chances.

Suraj : Pensez-vous qu’il puisse y avoir un échange, que Bollywood puisse percer en Europe et le cinéma européen
en Inde ?


Nadine Tarbouriech : Je ne sais pas, et en même temps, ça ne m’intéresse pas cette notion d’échange. Il est intéressant de voir que les gens s’intéressent plus au cinéma indien ici et maintenant. En Inde, les jeunes réalisateurs vont tourner des films de mieux en mieux et probablement dépasser le fossé qui existe actuellement entre cinéma d’art et cinéma populaire. Ils vont créer leur propre grammaire cinématographique, inspirée de leur tradition et dans une optique de cinéma d’auteur. Ce mouvement sera à mon avis très intéressant et peut-être moins à la recherche de modèles européens ou américains qu’auparavant. Je pense que toute une génération de réalisateurs
va arriver...

Suraj : Vous pensez qu’ils peuvent créer leur propre style ?

Je suis sûre que c’est ce qui va se passer.

Suraj : Parce que c’est déjà un peu ce que construit Ram Gopal Varma, qui
fait des films proprement indiens...


Nadine Tarbouriech : Absolument. En plus, en ce moment, il est en train
de financer toute une écurie de jeunes réalisateurs qu’il aide et avec lesquels il prend d’énooormes risques en produisant leur premier film. Ils ne marchent pas forcément, mais il continue... C’est à ce prix que des gens vont arriver et faire des choses de plus en plus intéressantes, j’en
suis certaine.

Suraj : Quels sont les réalisateurs que vous préférez, en général ?

J’aime beaucoup les films de Bimal Roy, c’est un cinéaste passionnant, et qu’on
retrouvera ici.

Eulika : Et parmi les actrices et acteurs ?

Nadine Tarbouriech : Dans le cinéma plus ancien, j’aime beaucoup Nutan, qui a joué dans les films de Bimal Roy notamment. Elle est superbe, absolument merveilleuse. Wahida Rehman est formidable aussi... Beaucoup sont de grandes dames de ce cinéma. Smita Patil était une femme absolument extraordinaire, morte trop jeune. Une de ces femmes continue à tourner, une grande comédienne : Rekha. On l’oublie un peu, mais elle a vraiment une carrière prodigieuse. Parmi les jeunes comédiennes, j’aime beaucoup Manisha Koirala, je suis certaine qu’elle va venir, c’est une des rares comédiennes à prendre des risques... J’aime beaucoup Tabu qui, elle aussi, prend des risques, qui a une façon de choisir assez éclectique, qui n’hésite pas, qui ne cherche pas forcement à être une star, mais qui fait des choix assez sensés.
Il y a vraiment de grands noms.

Parmi les acteurs aussi, certains sont formidables. Dilip Kumar était quelqu’un d’extraordinaire, Ashok Kumar aussi, et aujourd’hui
Aamir Khan, qui a un objectif, qui recherche, qui produit...

Eulika : C’est vraiment ce que vous aimez chez les acteurs, la différence, le démarquage
 ?


Nadine Tarbouriech : Oui, parce que le problème du cinéma populaire, c’est que les acteurs deviennent facilement des images, il est beaucoup plus difficile alors de trouver de vrais bons acteurs, qui ne décident pas de leur carrière en terme d’image
ou de marketing, mais qui essaient de trouver quelque chose qui leur correspond.

Par exemple, une fille moins connue, Nandita Das, est très contestée parce qu’elle a refusé d’aller vers le cinéma
populaire (ndlr : elle a joué dans Fire de Deepa Mehta, sur l’homosexualité féminine dans la société indienne)
et qu’elle est toujours un peu dans la marge, un peu comme Shabana Azmi. Ce sont des femmes très militantes aussi, qui ne s’intéressent pas simplement à leur parcours de cinéma, mais agissent aussi dans la société indienne.

(Ndlr - Parenthèse sur la venue des acteurs : Vivek Oberoi, c’est sûr ; Manisha, en principe ; Shahrukh Khan, peu probable et Karan Johar aussi, parce que ces derniers sont très
pris.)


Eulika : Que pensez-vous d’Amitabh Bachchan en tant qu’acteur, vous n’en avez pas tellement parlé tout à l’heure... ?

Nadine Tarbouriech : Je pense qu’il est un très bon acteur, qui n’a malheureusement pas toujours fait de bons films. Quelqu’un de vraiment intéressant. Il est plus connu pour ce qu’il a fait dans les années
70, mais actuellement, il prend plus de risques parce que, justement, il peut
se le permettre. Il laisse la place aux jeunes.

Eulika : Et que pensez-vous de la percée d’Aishwariya aux USA ?

(Rire) je lui souhaite beaucoup de chance !

Eulika : vous n’en pensez rien de plus ?

(Sourire) Non

Eulika : O. K... (rires)

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