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FanTasia 2003 : 7e édition du festival du film fantastique d’action et d’horreur de Montréal

Suicide Club

Suicide Club

Peut-on vraiment s’empêcher de rire ? C’est la question que je me pose souvent lorsque je regarde un film qualifié d’« ultra violent ». En réponse à cette question, j’ai opté pour la négative, une réaction quasi-spontanée en regardant les scènes les plus juteuses du dernier film de Sono Shion, Suicide Club (un choix qui fut bien différent à la projection de Ichi the Killer, mais bon, ça c’est une autre histoire), dont la première où des dizaines de lycéennes se jettent sur les rails d’un train de métro en pleine heure de pointe.

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Les lycéennes s’apprêtent à donner le coup d’envoi de l’histoire dans la scène d’ouverture, l’une des plus sanglantes.


Outre ces bains de sang, Suicide Club, qui porte parfois le titre de Suicide Circle, Jisatsu Circleou Jisatsu Sakuru, est un excellent polar originalement ficelé et d’un humour inattendu. Après le suicide collectif des lycéennes, excessivement sanglant, l’ambiguïté au sein du corps policier sur la légitimité de son intervention dans une telle affaire m’a d’abord semblé incompréhensible pour ensuite m’apparaître comme une forme de sensibilisation à la lenteur de réaction dans l’entourage des personnes aux esprits suicidaires. Ces dernières, par des signes précurseurs parfois volontaires, ne demandent qu’à se faire aider sans savoir comment. Qui sait ? Car, après tout, 54 étudiantes qui se suicident dans la joie et la gaieté sous les roues d’un wagon de métro sans aucune raison apparente, ce n’est pas banal, mais peut-on dire que c’est inusité ?

Avec un peu trop d’hésitation à mon goût, la police décide finalement que l’affaire relève de sa compétence et entame une enquête qui, bon allant, mal allant, s’avère peu fructueuse. Quelques indices par-ci, par-là... Et une autre vague de lycéens décide tout bonnement de se suicider en se jetant en bas du toit de leur école. Une fois de plus, le sang coule au pays du soleil levant, offrant un spectacle haut en couleur aux élèves du premier étage, qui partagent le privilège d’être assis près des fenêtres. Résultat, la police acquiert toute la motivation nécessaire pour résoudre ce problème qui demeure une énigme pour tous.

L’ironie dans mes propos n’est pas une moquerie, car Sono Shion sait habilement alimenter l’intérêt tout au long de l’enquête au sujet de l’intrigue comme en matière de réflexions. Une longue banderole enroulée sur elle-même. Un site Internet annonçant les morts à venir, qui est, bizarrement, découvert par le fils de l’enquêteur Kuroda joué par Ishibashi Rya. Tant de leurres qui semblent a priori disparates, mais qui contribuent largement à faire saliver. Des indices déroutants entremêlés à des scènes riches en suspens, dont celle des quais d’embarquement du métro surveillés par Kuroda et ses collègues qui appréhendent une nouvelle vague de suicides, et très peu de sens à travers toute cette histoire. Un enchaînement de plans serrés nous transmet efficacement l’angoisse et l’anxiété du moment. Mieux encore ! Le douloureux retour au bercail du personnage Kuroda. D’abord, la conversation banale qu’il tient avec sa fille derrière lui, couverte de sang, couteau à la main, pour ensuite découvrir les membres de sa famille suicidés et assassinés. D’autant plus qu’auparavant on nous a fait partager l’atmosphère de joie et de quiétude qui règne au sein de la famille dans une scène où l’on retrouve les membres attablés pour le souper, qui discutent et se taquinent tout en regardant à la télé un simili « girls band » qui interprète un de ses succès « Mail Me ». Sans oublier ce groupe de punks néo-gothiques qui fait son entrée en scène par un numéro musical que j’ai trouvé humoristique à souhait bien qu’un peu cynique.

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L’enquêteur Kuroda, désespéré et désemparé, après avoir découvert tous les membres de sa famille morts


Mais de quelle façon l’instigateur de ces suicides manipule-t-il ces éléments pour en arriver à ses fins ? Telle est la question à laquelle la conclusion ne répond pas. Comme Keyser Soze avec l’inspecteur de police dans The Usual Suspects, les vrais responsables de ces vagues de suicides, ainsi que le réalisateur, mènent les enquêteurs et le public en galère sans jamais nous révéler le pot aux roses, ce qui m’a causé un léger sentiment de frustration à la fin de la projection.

Pour le plus grand bonheur momentané des forces policières et du mien, le « leader » du groupe punk décide qu’il est grand temps que le monde prenne conscience de son existence et provoque son arrestation. Il affirme être l’auteur du site Internet à la source de tous les maux et se nomme fièrement le « Charles Manson de l’informatique ». Comme la scène musicale qui marque son apparition dans l’histoire, cette courte séquence filmée sous forme de bulletin de nouvelles n’a pu que me faire rire. Une fois de plus, la police accepte l’idée en bloc sans trop sourciller et clôt rapidement le dossier. Mais voilà, tout le monde s’est « gouré », car quelques jours plus tard, 200 autres jeunes trouvent la mort de façon volontaire. Et comme après le drame de la famille de l’enquêteur vedette, un enfant d’une grandeur d’âme inestimable et au souffle asthmatique contacte la police pour lui livrer ses réflexions. À la fois indices, reproches et explications, le but de ces appels ne nous est jamais dévoilé. Peut-être est-ce moi, peut-être est-ce un style ou peut-être est-ce le réalisateur qui tenait tout simplement à montrer l’absence de cohérence dans le suicide, que ce soit un acte longuement réfléchi ou pas. Quoi qu’il en soit, il aurait dû nous en donner un peu plus à nous mettre sous la dent au dénouement de cette histoire.

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le deuil difficile d’un être cher


N’empêche ! Un montage habile dans les scènes les plus dramatiques, des personnages originaux et mystiques et, bien sûr, un humour qui allège le tout sont les principaux éléments qui m’ont fait apprécier ce film.

P.-S.

Réal., scénariste : Sono Shion
Pays : Japon
Année : 2002
Interprètes : Ishibashi Ryo, Nagase Mastoshi, Sato Tamao, Yo Kimiko, Takashi Nomura, Masatoshi Nagase, Hideo Sako, Tamao Sato, Mai Housyou
Prod. : Kawamata Masaya, Tomita Toshikazu, Yoshida Seiji
V.O.S.-T.A - Durée : 99 min
Distributeur : Kadokawa Daiei

Applaudimètre FanTasia : 7,5/10 après un départ hésitant
N. B. rédaction : Attention, ce film risque de choquer sérieusement la sensibilité des spectateurs jeunes et moins jeunes.



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