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Festival international de films de genre Fantasia - 2005

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L’avis de Jesse : Khmers et magie noire ne font pas bon ménage aux yeux de certains. Du moins, voilà l’avis de nombreux paysans partageant l’existence de l’orpheline Dau (Suangporn Jaturaphut). Victime de la pauvreté et de la médisance des autres villageois, elle quitte sa campagne natale à la recherche de travail dans le but de mieux parer à ses besoins et à ceux de sa grand-mère. De la quiétude rurale à l’activité urbaine, elle transite d’un milieu défavorisé à un autre, oscillant entre sa propre personnalité et l’esprit qui la hante. Au milieu de la jalousie, du spiritisme malveillant, des touristes sans scrupules, Dau, secondée par sa fidèle amie Pookie (Opal), surmonte chacune de ces épreuves pour devenir LA danseuse et « belle-de-nuit » numéro un. Un chemin qui ne se fait pas sans heurt, mais surtout, pas sans séquelles.

Les fondements spirituels, occultes et sociaux de la protagoniste annoncent le coup d’envoi. À la fois charmante et blessante, la première séquence évoque la peur que suscitent les origines et les facultés de la jeune fille. Un pouvoir qui, d’ailleurs, tarde un peu trop à se révéler, évincé au profit de scènes mélodramatiques à souhait dans lesquelles Dau se voit initiée à la danse et réduite à la prostitution. La patience trouve finalement son compte. De sombres variations bleutées et rougeâtres ainsi que des plans numériques et vertigineux à l’intérieur du corps des victimes viennent racheter les effets spéciaux précédents, dont ceux animant un serpent mangeur d’homme. Excepté cette scène involontairement comique, les attentes visuelles s’avèrent à la hauteur de l’horreur pressentie à travers la réalisation. Accompagné d’une musique de nature aussi imprécise que macabre, l’auteur des meurtres suffit seul à semer l’inquiétude par sa fourberie diabolique.

Sans s’étendre à n’en plus finir, la narration élabore clairement les grandes lignes de cette magie noire telle que pratiquée en Thaïlande tout en maintenant le mystère sur sa portée. Malheureusement, l’intrigue s’apparente trop aux clichés scénaristiques. Le suspense, pour ce qu’il est, réside essentiellement dans la reconstitution des faits à laquelle se livrent Dau et sa fidèle partenaire. Un point tournant qui, une fois de plus, repose sur la naïveté des personnages et sur une suite d’informations précipitées dans de cours échanges. Si ce type de bâclage semble devenir la recette magique et délibérée pour les films à la recherche du succès commercial, le présent métrage, pour sa défense, laisse simplement l’impression d’une mauvaise organisation de sa structure en fonction de sa durée.

Faiblesses mises à part, le réalisateur combine, avec une aisance rarement égalée pour ce genre cinématographique, le fantastique à l’aspect dramatique et interlope qu’entraîne trop souvent le phénomène généralisé de l’exode rural vers les grands centres urbains. Il ne se contente pas seulement de présenter le milieu, mais essaie, à l’aide des dialogues et des différentes situations, d’exposer le quotidien de ses intervenants. Il parvient très bien à rendre une humanité et une apparence d’authenticité à la réalité des gens issus des bas-fonds de Bangkok, en jetant un regard froid et objectif sur les multiples facettes du monde de la prostitution juvénile, aussi sordides qu’elles peuvent être par moments.

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exercice aguichant mais exigeant

Outre cette qualité de joindre le drame social au surnaturel, le scénario recèle également une fin captivante et originale. Véhicule primordial de ce revirement, Suangporn Jaturaphut, dans son rôle de dangereuse séductrice vampiresse, aussi innocente que sanglante, impressionne du début jusqu’à la fin et se détache nettement des autres personnages féminins. Pour couronner le tout, elle incarne ce dénouement, cette interrogation peu rassurante qui plane sur l’identité plus qu’incertaine du vainqueur et des vaincus, une ouverture sur le bien et le mal qui sème un doute morbide.

Enfin ! Un esprit malin que l’on n’exorcise pas d’un simple tour de main !

La note de Jesse : 7,5/10

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prise au piège !


L’avis de Dahlia : Paul Spurrier, très attaché à la culture thaïe, est le premier Occidental à tourner un film 100 pour 100 thaïlandais. Véritable homme-orchestre, il ne se contente pas seulement de réaliser, mais aussi de scénariser, monter, composer la musique et jouer un petit rôle !

Réussit-il tout cela sans fausse note ? À vouloir trop en faire, on risque de manquer un peu d’harmonie... Dans un décor campagnard à l’image bien léchée, le début du film laisse croire à un drame social qui n’aurait rien d’un film de genre. Nous apprenons que la jeune Dau, plutôt ostracisée par ses camarades de classe, est d’origine khmère et vit avec sa grand-mère qui l’initie à la magie. Chouette, de la magie ! Cela devrait nous changer un peu.

Dau doit cependant aller gagner en ville l’argent nécessaire à l’achat des médicaments pour sa grand-mère. Évidemment, il est facile de deviner où la bonne dame du village qui la conseille l’envoie. Le « drame social » se poursuit donc, puisque nous avons droit à la réalité des jeunes danseuses-aguicheuses dans une boîte réservée aux Occidentaux. On pouvait s’attendre à pire pour ce qui est de l’initiation de Dau. Le réalisateur, qui s’attribue là le rôle du propriétaire des lieux, a choisi une voie certes brutale, mais supportable. De plus, il ne donne pas l’impression de tomber dans « l’exploitation » lorsqu’il montre la réalité de l’endroit. Autrement dit, on ne se sent pas voyeur. Malheureusement, il semble adhérer à la situation qu’il veut dénoncer dans la danse de l’héroïne sur le générique de fin...

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éveil difficile

Dau comprend assez vite les rouages des lieux et s’emploie à se hisser au sommet. Elle oubliera alors les mises en garde de sa grand-mère et donnera naissance au monstre, le « P » (phii) du titre (soit « fantôme »), qui amène le film dans le genre horreur. Cela possède tout de même l’avantage de nous changer des « kaiju » ou autres fantômes asiatiques pour nous faire connaître une croyance thaïlandaise. Et nous pouvons compter sur quelques frissons, mais rien de très remarquable. Et puis, en me rappelant le début de l’histoire, je me suis demandé ce qu’il advenait de la grand-mère, complètement larguée dans la deuxième partie, alors que, sans elle, pas d’aventures citadines... Parfois, on n’accorde pas trop d’attention à certains détails ou aspects, parce qu’ils nous apparaissent accessoires. Eh bien, cette fois, je n’ai vraiment pu m’empêcher de me soucier de ce personnage.

La jeune Suangporn Jaturaphut, elle-même issue d’un milieu pauvre, tient ici le rôle principal, ainsi que son premier rôle, qu’elle défend plutôt bien. Opal, qui interprète sa fidèle amie Pookie, tire également son épingle du jeu. On ne peut en dire autant des autres filles, que l’on ne voit pas cependant suffisamment pour se désespérer.

Au final, le film se regarde bien, mais ne m’a pas impressionnée dans un bon ni dans un mauvais sens. J’en suis plutôt ressortie mi-figue, mi-raisin.

La note de Dahlia : 6/10


Lire aussi l’avis de Wolverine et celui de Umungus dans le cadre de Cinénygma.


P.-S.

FICHE TECHNIQUE :
Réalisateur, scénariste, monteur, compositeur : Paul Spurrier
Pays : Thaïlande
Année : 2005
Interprètes : Suangporn Jaturaphut, Opal, Pisamai Pakdeevijk, Narisara Sairatanee, Amy Siriya, Manthan Wannarod, Dor Yodrak, Paul Spurrier
Directeur de la photographie : Rich B. Moore Jr.
Producteurs : Narongsak Vorraraitchagun, Panupong Dangdej
Distributeur : Creative Films Siam Ltd., Puvisate Ltd.
Durée : 110 min

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