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Japon
Le tombeau des lucioles Note : 9 /10 Dessin animé
Réalisateur : Isaho Takahata Vos commentaires : [0]  Ciné.

Grave of the Fireflies (le Tombeau des lucioles), c’est l’histoire d’un jeune garçon de 14 ans qui se retrouve du jour au lendemain avec la responsabilité de subvenir à ses besoins et à ceux de sa sœur de quatre ans. Leur mère est morte à la suite d’un bombardement. Même s’ils le tiennent pour vivant, ils ignorent où se trouve leur père qui sert dans la marine du pays du Soleil levant. Ils seront rapidement réduits à vivre dans un abri anti-bombes.




C’est dans ces conditions que débute le périple de Seita et de sa sœur Setsuko. De leur relation se dégage une volonté de vivre inépuisable à laquelle viennent s’ajouter l’innocence, l’égocentrisme et, bien sûr, l’amour.

Inspiré de l’autobiographie de Akiyuki Nosaka, l’action de cette animation se déroule à la fin de la Deuxième Guerre mondiale au Japon, trois semaines avant l’occupation américaine. L’histoire est en fait un retour en arrière dans l’esprit de Seita. Son état spirituel devient un prétexte pour nous présenter ces jours qu’il vécut en compagnie de sa sœur. Ces moments sont l’une des mésaventures les plus émouvantes qu’il me fut permis de voir dans une japanimation.




D’emblée, bien que je ne sois pas un grand amateur de ce genre de drame, je fus malgré tout séduit. D’abord par le rythme qui nous fait pénétrer sans attendre au cœur du sujet. Et s’il ralentit dans une scène ou dans une autre, ce qui n’est pas fréquent, c’est pour nous livrer l’intensité des sentiments et des émotions qui animent les deux personnages principaux. Cela donne lieu à des scènes très touchantes et, pour la plupart, troublantes. Les mouvements et les réactions de l’ensemble des personnages sont d’une crédibilité saisissante. On en vient presque à oublier qu’il s’agit d’un dessin animé.

Que dire du personnage de Seita qui fait preuve d’une imagination débordante, tant pour surmonter les difficultés quotidiennes, qui se résument à trouver de quoi se nourrir, que pour changer les idées de sa sœur qui demande d’une voix inquisitrice à voir sa mère et à qui, un jour ou l’autre, il devra répondre. Si le destin épargne à Seita cette corvée, il ne pourra l’empêcher de subir la psychose égocentrique dont semblent atteints tous les habitants du village de Kobé et qui constitue l’un des aspects les plus dramatiques de l’histoire. Car ce film d’animation est également un portrait des conséquences dévastatrices de la guerre à tous les niveaux, matériel, physique et psychologique. C’est l’impuissance d’une nation à combler les besoins d’une population de plus en plus souffrante à qui on ne peut (ou ne veut) dire de quoi il retourne, en répétant sempiternellement : « Eat some good food ! » (Mangez comme il faut !). Dans cette réalité incertaine, des mots comme altruisme et solidarité semblent perdre la quasi-totalité de leur sens. Et l’on frise la paranoïa, frise seulement, car il est vrai qu’en temps de guerre, on ne sait jamais… Les périodes de grandes incertitudes causées par un ennemi commun ne devraient-elles pas inciter au soutien mutuel ? Il semblerait que non.




Et ce contexte où la nature humaine n’apparaît pas sous son meilleur jour est celui qui a été choisi pour nous montrer la relation d’un frère et d’une sœur dont l’affection va en s’accroissant au long de leurs déboires. On ne peut passer à côté de la magie qui enrobe Seita et Setsuko et qui est représentée par une boîte de bonbons. Cette magie émane de que cette boîte est le principal objet à provoquer la joie, voire l’espoir. De cette boîte, seul vestige de leur passé heureux, s’échappe l’âme des deux enfants. Son contenu calme l’appétit dans les cas extrêmes et les pleurs dans les moments plus difficiles. Et qui ne sait pas que, chez un enfant, un bonbon équivaut souvent à un sourire ?

En résumé, chapeau bas pour ce film qui nous rappelle qu’après la guerre, il y a justement « l’après-guerre ». Qui nous offre des exemples de tendresse à voir et à sentir, et qui, sait-on jamais, pourraient servir de rafraîchissante leçon de mémoire à certains chefs d’état.



Jesse Aubut

Fiche technique :
Réalisateur : Isaho Takahata
Pays : Japon
Année : 1987-1988
Scénariste : Isao Takahata, d\'après la nouvelle de Akiyuki Nosaka, La tombe des lucioles
Dessinateur des personnages, directeur de l’animation : Yoshifumi Kondo
Directeur artistique : Nizo Yamamoto
Compositeur : Yoshio Mamiya
Producteur : Sato Ryoichi - Studios Ghibli
Durée : 88 min
Setsuko
L'amour d'un frère
Seita