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Japon
Female Convict Scorpion: Jailhouse 41 Note : 10 /10 Film
Réalisateur : Shunya Ito Vos commentaires : [0]  DVD

Sublime manifeste féministe féroce et désespéré, Female Convict Scorpion est un film très noir et étrange, à la limite « freak », emporté magistralement par la sublime Kaji Meiko. Il marque un des temps forts de la « nippon exploitation », à l’heure où la Toho savait ses heures comptées et son âge d’or enfoui à jamais…

Le film surfe, entre autres, sur les films de prison pour femmes et les films de séquestration avec violences (Flower and Snake 4, Wet Rope…) sans pour autant entrer dans les travers de ces différents genres (démagogie assumée, entreprise clairement putassière) sous couvert de diffuser un message féministe radical et sans appel. Le film utilise au passage moult effets « gore » bien sentis, effets qu’on retrouvera surtout dans les Zatoichi et autres Baby Cart à cette même époque.


Des plans sublimes, témoins d’une recherche esthétique très poussée

Female Convict Scorpion commence par une mutinerie suivie du viol collectif (en représailles) de Sasori alias Scorpion, figure charismatique de la prison des femmes, modèle mais non leader de ces femmes qui vont décider de s’échapper. Elles seront sept à partir. Le film nous narre leur course-poursuite désespérée contre les forces de répression, mais aussi leur parcours initiatique dans le féminisme, symbolisé par la vieille femme du village abandonné, qui leur passera son poignard en guise de flambeau, de message à faire suivre.


Un univers carcéral totalitaire et oppressant…

Le film est au niveau visuel un véritable petit bijou, une œuvre d’art décalée et éminemment bis, alternant effets psychédéliques hallucinants, plans serrés lumineux (jamais Kaji Meiko n’a été aussi troublante ), cadrages renversés à foison, angles tortueux relevant véritablement du chef-d’œuvre… Les tons bleutés omniprésents (rappelant à ces dames que l’univers carcéral ne se limite pas aux portes de leur prison) sont vraiment superbes et révèlent la virtuosité déviante de Shunya Ito, qui utilise nombre d’expérimentations alors en vogue, comme le découpage d’action en vignettes fixes (vu dans Lady Snowblood entre autres) et un emploi du zoom totalement novateur. Les ballades « pop seventies » amènent comme un parfum de nostalgie qui confère à cet authentique joyau brut du cinéma japonais son titre d’œuvre culte.


Sept femmes en guerre contre les hommes…

Le message féministe délivré par le film se veut très clair et est savamment illustré tout le long par le récit raconté sous forme de légende, annonçant une nouvelle ère de femmes japonaises se libérant de l’emprise dictatoriale des hommes (des forces de répression, dignes représentantes d’un système totalitaire). Ces derniers sont ceux qui les ont poussées au crime. Le film bascule radicalement vers la fin, passant d’un univers indéfini, presque moyenâgeux, où tout est ruines et donc à reconstruire, à un Japon moderne, où l’on voit nos prisonnières courir en se passant la flamme féministe dans les rues désertes d’une mégapole sans nom... Autant de symboles qui donnent un souffle vraiment libérateur et résolument nouveau à ce type d’objet cinéphilique indéfini que sont ces joyaux du cinéma d’exploitation nippon des années 70.


Meiko Kaji dans ses œuvres…

Par conséquent, c’est un film à voir d’urgence pour tous les amoureux d’un cinéma déviant, mais de très grande qualité. Les héroïnes, Kaji Meiko (Lady Snowblood) en tête, sont tout simplement merveilleuses… Un moment intense de pur cinéma. À vous maintenant de franchir le pas…
Guesar

Fiche technique :
Réalisateur : Shunya Ito
Pays : Japon
Année : 1972
Interprètes : Meiko Kaji, Kayoko Shiraishi, Yukie Kawaga, Hiroko Isayama
Scénario : Shunya Ito, Hiro Matsuda, Norio Konami, d’après le manga de Tooru Shinohara
Directeur de la photo : Masaro Shimizu
Compositeur : Shunsuke Kikuchi
Producteur : Toei
Durée : 89 min
Disponibilité : dvd zone 1 (édition américaine avec sous-titres) et zone 2 en japonais non sous-titré