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Japon
Snake of June Note : 8.5 /10 Film
Réalisateur : (30 caractères maxi) Vos commentaires : [0]  Ciné.

C’est le dernier rejeton de Shinya Tsukamoto (Tetsuo 1 & 2, Hiruko the Goblin, Tokyo Fist, Bullet Ballet, Gemini) qui continue de s’assagir stylistiquement (virage abordé avec Gemini), tout en restant aussi provocateur dans son récit.

D’un Tetsuo tellement expérimental qu’il en était irregardable, Tsukamoto a abouti progressivement à une mise en scène plus « contrôlée ». Celle-ci n’est pas académique pour autant, mais elle est moins racoleuse, sans effets gratuits. Les tremblements frénétiques du cadre, les flous ou les ellipses en faux raccords sont désormais utilisés avec parcimonie, uniquement au service du récit.

La femme d’un salary-man aisé s’ennuie dans sa routine conjugale. Un jour, elle reçoit un coup de fil d’un mystérieux interlocuteur qui prétend tout savoir de ses frustrations. Le lendemain, elle reçoit une lettre contenant des photos d’elle se masturbant, prises à son insu. L’inconnu la rappelle et la menace d’envoyer les photos à son mari si elle n’est pas prête à obéir à ses caprices… Elle va donc devoir se plier à ce chantage. L’homme cherche à l’obliger à concrétiser ses pulsions secrètes, comme se masturber dans des lieux publics ou s’habiller de façon très sexy pour allumer tous les hommes dans le métro aux heures de pointe, par exemple ! Mais en allant de plus en plus loin, la manipulation va prendre une tournure des plus inattendues.


Tsukamoto le voyeur


Une histoire de crise du couple bourgeois qui n’est pas sans rappeler celle de Eyes Wide Shut de Stanley Kubrick. Sauf que là où Kubrick nous a pondu un film bien ennuyeux et bien moche, sans érotisme malgré son propos, Tsukamoto nous offre un noir & blanc magnifique (comme dans Bullet Ballet), des rebondissements dans une intrigue à base de manipulation psychologique et, surtout, une scène cochonne toutes les dix minutes, en gros, on en a pour son argent, quoi !
Il y a aussi de bons moments de délire, des scènes oniriques, bref, des passages où le film pète les plombs (comme ses personnages) !


Troisième volet : le couple…


La ville étouffante semble être érodée par une pluie torrentielle perpétuelle et ses habitants asexués, à l’imagination atrophiée par les complexes castrateurs, vont devoir se livrer au rituel libérateur d’un marionnettiste lubrique.

Snake of June est aussi un jeu de mise en abîme des images, où un appareil photo est un organe sexuel plus performant que ce dont la nature nous a pourvus !

Construit en triptyque (la femme, l’homme, le couple), le scénario offre un rôle également important aux deux protagonistes (contrairement à Kubrick qui n’en avait que pour Tom Cruise), et Tsukamoto se réserve le rôle de l’intrus, le maître-chanteur qui va les obliger à exaucer leurs fantasmes. C’est plutôt nouveau en ce qui le concerne, puisque d’habitude il incarne toujours l’opprimé, généralement un salary-man timide, humilié par tous, et il s’en sort plutôt bien. Il est décidément plus intéressant encore comme acteur que comme réalisateur… !

Voilà un bon film érotique, réalisé par un authentique pervers bien barré (voir la «cohérence» de son œuvre à ce sujet), qui divertira le voyeur qui est en chacun de nous.


Le mari masochiste


Et puis, je suis content, j’ai serré la pince à Tsukamoto san, venu à l’Étrange festival. Je lui ai dit que je l’avais trouvé hilarant dans Ichi the Killer de Miike et qu’il devrait mettre davantage d’humour dans ses propres films. Du coup, il m’a fait un petit dessin débile avec sa dédicace !


Medecine Man

Fiche technique :
Réalisateur, scénariste, directeur photo, monteur, producteur : Shinya Tsukamoto
Pays : Japon
Année : 2002
Interprètes : Asuka Kurosawa, Yuji Kohtari, Shinya Tsukamoto, Tomoro Taguchi, Susume Terajima, Mansaku Fuwa, Teruko Hanahara
Compositeur : Chu Ishikawa
Durée : 107 min
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