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The Hole

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Taiwan, sept jours avant l’an 2000...

Un mystérieux virus, baptisé le « Virus de Taiwan » par un éminent professeur de l’Institut Pasteur à Paris, sévit dans toute l’île. Des villes entières voient leur population contaminée par ce virus qui aurait pour vecteur de propagation l’eau. Certains quartiers ont été mis en quarantaine par le gouvernement afin d’être décontaminés... Mais quelques rares habitants se refusent à quitter leur logement et continuent de vivre tant bien que mal sans eau potable, alors que dehors la pluie ne cesse de tomber.

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On communique par petits mots,

C’est notamment le cas d’un homme (Kang-sheng Lee) et de sa voisine habitant juste en dessous de chez lui (Kuei-mei Yang), qui ne se connaissaient pourtant pas, jusqu’à ce qu’une fuite d’eau ne soit à l’origine d’un trou dans le sol de l’appartement de l’homme...

Difficile d’appréhender ce film, de le situer dans une catégorie bien particulière... film d’anticipation, fantastique, drame, comédie musicale... The Hole est à la fois tout cela et rien de cela...

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on s’observe...

Certes, le film se déroule dans le futur (enfin, il se plaçait dans le futur lors de sa réalisation, en 1997, puisque l’action prend place à l’aube de l’an 2000) ; certes, il y est question d’un mystérieux virus qui semble modifier le comportement des victimes, les faisant se rapprocher de celui d’insectes (et plus particulièrement des cafards rampant à la recherche de l’obscurité et de l’humidité) ; certes, nous assistons au drame que vivent ces quelques reclus volontaires ; certes, Ming-liang Tsai a intégré dans The Hole cinq chansons chorégraphiées, et pourtant on ne peut cantonner The Hole à un film de genre en particulier, car le réalisateur ne s’est pas contenté d’appliquer les codes propres à chaque genre, mais les a utilisés pour mieux les détourner. De fait, on se trouve face à un film unique, à part, ce qui ravira certains, mais risque aussi certainement de faire perdre leurs repaires à bon nombre de spectateurs et donc de les déstabiliser.

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et on danse.

Ainsi, si la trame de départ, liée à un virus mystérieux, lorgne du côté du fantastique (et bien que la transformation concerne ici le comportement et non la morphologie, on ne peut s’empêcher de penser à la nouvelle de Kafka, La métamorphose, ou à des films comme La mouche de David Cronenberg) Ming-liang Tsai, toutefois, ne nous montre pas ces éléments et ne fait que les évoquer par l’intermédiaire des bulletins d’informations radiophoniques.

De même, l’anticipation, si elle porte sur un nombre d’années que l’on peut compter sur les doigts d’une seule main, n’en est pas moins l’élément de base de la réflexion du réalisateur quant à deux de ses craintes à l’approche de la si symbolique année 2000.

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La star et ses choristes

En effet, 1997, année de réalisation de The Hole, est aussi l’année de la rétrocession de Hong Kong à la Chine qui espérait aboutir à la même solution avec Taiwan. Ainsi, les habitants de ce quartier qui ne veulent pas abandonner leurs logements insalubres au péril de leur vie, peuvent être vus comme l’attachement des habitants de Taiwan à leur île, leur autonomie, leur liberté pour laquelle ils seront prêts à mettre leur vie en jeu si cela s’avérait nécessaire (un petit pied de nez aux nombreux réalisateurs hongkongais qui ont fui leur île par anticipation ?)... Mais cette peur de l’avenir n’est pas seulement une crainte quant au devenir politique de Taiwan, puisque Ming-liang Tsai s’interroge aussi et surtout dans The Hole sur le devenir du tissu social, et sa vision est plus que pessimiste puisque les habitants de cet immeuble ne se connaissent pas, ne se parlent pas... Éventuellement on communique par un petit mot fixé sur la porte de ses voisins... l’Homme n’existe pas, à tel point que les personnages n’ont pas de nom, se sont juste des individus, interchangeables... Le seul lien humain, social qu’ont ces habitants est celui que leur apportent les informations diffusées à la radio (à noter à cet égard une formidable recette de nouilles instantanées en sachet et à la sauce déjà toute prête en boîte ;o)...

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Les journées sont longues

Cette déshumanisation est accentuée davantage par la réalisation très sobre de Ming-liang Tsai, le minimalisme volontaire des rares dialogues, mais aussi par l’utilisation de couleurs froides ou le rythme très lent du film qui ne manque pas de suivre nos protagonistes dans leur morne quotidien... Du coup, le réalisateur parvient à instaurer une ambiance froide, glauque, moite, dans cet immeuble en décomposition qu’une pluie abondante ne cesse de détériorer tout le long du film... Ainsi, la pluie, l’eau, va à la fois se révéler un élément dangereux, mortel, puisque à l’origine de la propagation du terrible virus, mais aussi, et paradoxalement, l’élément vital qui permet de survivre.

De même, les deux voisins étant bien silencieux, la quasi-totalité de la bande son que l’on entend dans The Hole se rapporte à l’eau... L’eau de pluie tombant à n’en plus finir, l’eau s’écoulant dans les canalisations, à travers le trou dans le sol de l’appartement du dessus... Et comme pour contredire cette omniprésence bruyante de l’eau ou le silence des acteurs, Ming-liang Tsai se plaît à casser le rythme et la structure narrative de son film par l’introduction de chansons chorégraphiées, qui nous permettent alors de mieux comprendre les sentiments et émotions que les personnages n’expriment jamais directement. Ainsi, l’immeuble en perdition, comme sous l’enchantement des mélodies jazz et cha cha des années 50 ou 60, se sublime en un écrin, et chaque décor glauque devient littéralement une scène de cabaret, avec ses lumières, ses couleurs et sa bonne humeur. Et ces chansons (Calypso, Tiger Lady, I Want Your Love, Achoo Cha Cha, I Don’t Care Who You Are), entraînantes ou envoûtantes, ont été sélectionnées par Ming-liang Tsai parmi les grands classiques du répertoire de Grace Chang, chanteuse et danseuse extrêmement populaire à Hong Kong dans les années 50 et 60, et qu’écoutait le réalisateur dans son enfance. Elles confèrent à The Hole une énergie, et une nostalgie, empreinte d’une époque d’insouciance, de bonheur, qui vient contrebalancer la lenteur et le drame que vivent les habitants de ce quartier en quarantaine.

Au final, un simple trou au sol, comme une fenêtre ouverte sur la vie de ses semblables, peut-il réussir là où la société a échoué depuis des années... Créer un tissu social en milieu urbain. Et s’il ne tenait finalement qu’à nous de percer ce trou...

P.-S.

FICHE TECHNIQUE :
Réalisateur : Ming-liang Tsai
Pays : Taiwan
Année : 1997
Interprètes : Kang-sheng Lee, Kuei-mei Yang
Scénaristes : Ping-Ying Yang, Ming-liang Tsai
Directeur de la photographie : Peng-jung Liao
Directeur artistique : Pao-lin Lee
Compositeur : Yao Ming
Paroliers : Yao Ming, Chen Die Yi
Chorégraphe :Joy Lo
Durée : 89 min
Support : DVD Edition MK2, en chinois avec ou sans sous-titres français, format image 16/9, format d’origine 1.85, son mono, PAL zone 2
Supplément : entretien avec Ming-liang Tsai lors de la présentation du film à Cannes en 1998 (7 min 42 s, v.o. avec ou sans sous-titres français), chansons (note explicative sur Grace Chang et quatre clips avec ou sans sous-titres français, 10 min 47 s)

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