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Le sabre de la Vengeance

Le sabre de la Vengeance

« CHAN CHAN BARA BARA », voilà le bruit que fait la chair quand elle est découpée par le sabre. D’emblée, Le sabre de la Vengeance n’est pas fait pour les tendres. Il appartient au genre chambara (film de samouraï, si vous préférez !), terme qui est dérivé de l’onomatopée ci-dessus.

Le sabre de la Vengeance est le premier d’une longue saga appelée Baby Cart, saga qui débutait au cinéma dans les années 70 au Japon, juste au moment où le genre chambara était en déclin, et où le wu xia pian chinois se mourait aussi en crachant un ultime jet de sang : La Rage du tigre.

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Le bourreau dans son travail quotidien

La saga Baby Cart vient en fait du monde du manga (monde de la B. D. japonaise, qui l’ignore encore de nos jours ?). Baby Cart fut inventé par les infâmes auteurs que sont Kazuo Koike et Goseki Kojima, qui ont décidé de révolutionner le genre samouraï. Rien que ça... Quand on sait que Kurosawa est LA référence ! « Exit » le samouraï traditionnel avec ses idées nobles. Dans Baby Cart, le héros, Itto Ogami, le samouraï, refuse de se faire hara-kiri (seppuku), chose impensable ! Ce n’est pas la seule transgression qu’il fera. Les experts du sabre vous diront qu’un samouraï digne de son rang doit être capable de sectionner son adversaire de l’épaule à la hanche d’une seule coupe. Pour Itto Ogami, ce principe est de « la bagatelle ». S’il manque son coup la première fois parce que son sabre se perd quelque part dans les organes, il s’y reprend à deux fois s’il le faut et tant pis s’il souille sa lame. Il embroche ses adversaires tels des animaux. Voilà un personnage qui fait plaisir à voir. Nous ne sommes plus devant l’hermétique du samouraï traditionnel, celui qui se suicide au moindre déshonneur. Quand on demande à Ogami de se suicider, il envoie à la mort tous ceux qui lui donnent des idées pareilles !

Le sabre de la Vengeance ressemble à un road movie, en ce sens que les personnages rencontrent l’action principalement sur la route. L’originalité majeure, et comme le titre l’indique, vient du fait qu’Itto Ogami emmène son fils âgé de deux ans, Daïgoro, dans son voyage sanglant. Son père, Itto Ogami, fut en son temps le plus valeureux samouraï du shogun (chef suprême de tous les guerriers). Le bras droit parfait. Le bras qui tue, car Ogami est le bourreau attitré du shogun. Il a l’insigne honneur de décapiter des seigneurs. Mais voilà, quelques sombres machinations le feront tomber en disgrâce. De plus, sa femme sera assassinée. Le seul moyen pour regagner son honneur est de se faire hara-kiri avec son jeune fils. Mais Itto Ogami va choisir une autre solution, celle de la route de l’enfer. Autrement dit, il va s’opposer au shogun. À ce moment précis, on connaît la personnalité d’Ogami. Un caractère aussi bien trempé que sa lame. Ainsi, il demande à son fils de choisir entre l’accompagner ou mourir à l’instant sous son sabre. L’enfant a le choix entre un ballon (mort immédiate) ou un sabre (vie). Le pauvre petit, il n’a que deux ans ! Et on sait que son père n’hésitera pas une seule seconde à le pourfendre ! Daïgoro dans son landau roulant accompagnera donc son père, surnommé « Le Loup à l’enfant »...

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La survie avant tout

Kenji Misumi, le réalisateur, mêle dans ce film la poésie d’Akira Kurosawa et la violence de Sergio Leone dans une fascinante et troublante union. Le mystère de l’Orient associé à l’ambiance de l’Occident. Alors peuvent s’enchaîner sur l’écran de superbes décapitations très « gore », de minutieuses mais rapides mutilations d’une consternante beauté, des ballets de la mort hautement lyriques, des artères qui éclatent en des geysers de sang graphiquement magnifiques. Même pour celui à qui cela arrive(notamment dans l’enfant massacre), il trouve ce moment divin lorsque le flot de son sang quitte sa gorge en chantant une mélopée fantastique. Effrayant et beau à la fois... Comme on peut le voir dans la suite de la saga, Daïgoro n’est pas en reste, il aide son père dans son art morbide. Son chariot est truffé d’armes gadgétisées plus mortelles les unes que les autres. L’enfant s’en sert à merveille. Digne fils de son père, ce petit bout de chou, mignon tout plein ! Tout cela sur des images superbes à la manière des westerns spaghetti.

On peut s’interroger sur le bien-fondé d’une telle violence... Cela revient à moraliser l’œuvre de l’auteur ou à rechercher la gratuité de ses images... A-t-il besoin de montrer autant de sang ? Baby Cart sans effusion d’hémoglobine est-il encore Baby Cart ? Ah, ce serait malsain si tous ces débordements n’étaient pas accompagnés par de l’humour, un peu comme Braindead qui utilise le rire pour contenir l’horreur de l’hémoglobine. L’esprit occidental a peut-être besoin de ce genre de dédramatisation pour ne pas adhérer complètement au film. C’est dommage, car on est beaucoup mieux si on s’intègre au film ! Que de sensations diverses, que d’émotions... On est ému devant l’habileté d’Itto Ogami comme on l’est devant l’Homme sans Nom (Pour une poignée de dollars et autres avec Clint Eastwood) de Leone. Étonnant, car le héros n’a pas le profil d’aigle qu’on lui connaît dans la B. D. Toshiro Mifune (le Alain Delon japonais) aurait très bien pu convenir. Eh oui, le stéréotype saute, au profit d’un personnage rondouillard et grassouillet. Et pourtant... Quelle présence, quelle puissance, quelle crédibilité ! Le « Loup à l’enfant », c’est lui !

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Une image emblématique du Loup à l’Enfant

Ce qui rapproche ce film d’arts martiaux de ceux de Hongkong, c’est la capacité du héros à frapper en bondissant dans des envols majestueux. Oubliez un peu les années de décollage hasardeux des X-OR ou Bioman, qui vous ont lavé le cerveau, pour apprécier à leur juste valeur les films chambara. L’autre ressemblance avec les films chinois, et particulièrement avec ceux de Chang Cheh (La Rage du tigre), est la manière de mettre en scène « Le Loup à l’enfant ». Celui-ci affronte, dans la plupart des cas, une vingtaine de personnages en même temps, ce qui lui confère un statut de surhomme... On peut faire aussi le parallèle avec Django qui sort sa mitrailleuse et canarde au moins trente cow-boys stupides. Une véritable boucherie !

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C’est la seule fois que vous verrez de la faiblesse chez Itto Ogami.

Quelle que soit l’intensité des scènes gore, on est tout de même subjugué par la sublime technique d’Itto Ogami. C’est la même sensation qui vous transperce quand vous êtes face à un tableau. Itto Ogami possède en plus un sens aigu de l’espace, il se déplace sur le champ de bataille telle une ombre compacte mais agile, tout en semant la mort sur son passage. Tout cela pour dire que les combats sont splendidement réglés. Une chorégraphie digne des directeurs de combat de Hongkong. Ces combats n’ont rien à envier à leurs homologues chinois. Bien sûr, ils sont moins exubérants, moins longs et moins délirants, mais ils possèdent leur propre style. Ils font dans le rapide, autrement dit, dès qu’Ogami dégaine son sabre, son adversaire n’a pas le temps de faire sa prière ! Un peu à la manière d’un Trinita, mais en plus expéditif... sans oublier la touche du maître, il dessine avec le sang tel le calligraphe avec l’encre !

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Les méchants n’y croient pas leurs yeux

Rapprocher le cinéma asiatique du cinéma italien n’est pas totalement fortuit. L’Italie et l’Asie ont toujours le souci de plaire au grand public tout en produisant des œuvres de qualité. Ce premier point est de grande importance, car qui dit « cinéma populaire » dit création de « mythes ». Baby Cart est un mythe. L’Italie et l’Asie ont une certaine conception du surhomme. Un être meilleur que les autres, mais qui n’aide pas forcément ses semblables. Il s’occupe d’abord de ses intérêts (vengeance) et peut être très méchant, aux antipodes des super héros américains qui ne prônent que justice et non-violence. Itto Ogami sait qui doit vivre et qui doit mourir. Il ne s’embarrasse pas de principes cornéliens. D’ailleurs, dans son monde, une pensée de trop équivaut à une perte de vitesse, donc à la mort. Bien sûr, moralement et dans une conception occidentale, il est abject (parfois il lui arrive tout de même d’épargner ses adversaires, surtout si ceux-ci sont des femmes... Snif, snif, c’est bôô), mais tout cela est du cinéma ! Un cinéma pour ceux qui sont fatigués des belles résolutions de super héros pourtant plongés dans un monde de cinglés. Itto Ogami donne la revanche tant espérée à ceux qui sont brimés, à la manière d’un certain Bruce Lee...

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La Saga continue...

Le sabre de la Vengeance et par la suite Baby Cart ne cessent d’impressionner les réalisateurs. Tenez ! Un exemple flagrant, le grand réalisateur John Carpenter (The Thing) a repris les trois Maîtres de la mort du deuxième opus (Baby Cart, l’enfant massacre) pour en faire ses trois guerriers de l’apocalypse dans le film Les aventures de Jack Burton, dans les griffes du mandarin.

Quelques conseils pour ceux qui vont manquer cette saga sur grand écran :

- Essayez de trouver une vidéothèque qui ait conservé le film en bon état (K7), quoique le film soit toujours excellent, même avec la neige à l’écran ! On ne peut pas encore le louer en DVD à l’heure actuelle même si les six sont disponibles à la vente.

- Regardez avant quelques films de kung-fu médiéval tels que la Rage du tigre, Les treize fils du Dragon d’Or, The Water Margin, pour vous familiariser avec l’ambiance sanglante... Ne vous inquiétez pas, on s’habitue à tout... les vomissements s’arrêtent avec le temps...

- Attachez vos tripes au salon, mettez du papier journal un peu partout, sinon vous risquez d’éclabousser votre téléviseur préféré...

À propos de Kazuo Koike, celui-ci a écrit une autre saga culte. Il s’agit de Crying Freeman qui n’a pas connu le succès escompté malgré un battage médiatique monstrueux à l’époque ! Beaucoup de copinage surtout... Christophe Gans, le réalisateur, n’a pas su retranscrire toute la démesure de maître Koike ni tout son romantisme. Il disposait pourtant de Mark Dacascos !

La saga Baby Cart se compose de six films et sort en France le 24 août 2005 :
Le sabre de la vengeance
Baby Cart, l’enfant massacre
Dans la terre de l’ombre
L’âme d’un père, le cœur d’un fils
Territoire des démons
Le paradis blanc de l’enfer

P.-S.

Fiche technique :
Titre original : Kozure Ôkami : Kowokashi udekashi tsukamatsuru
Année : 1972
Réalisation : Kenji Misumi
Scénario de Kazuo Koike, d’après la bande dessinée BABY CART de Kazuo Koike et Goseki Kojima
Interprètes : Tomisaburo Wakayama (Itto Ogami), Fumio Watanabe (Sugito), Tomoko Mayama (Osen), Shigeru Tsuyuguchi (Matsuki Junai), Tomoo Uchida (Goto), Taketoshi Naitô (Inspecteur Yagyu Bizen-no-Kami), Yoshi Kato, Yoshiko Fujita Reiko Kasahara (Azami) , Akihiro Tomikawa (Daïgoro)
Directeur de la photographie et monteur :
Chishi Makiura
Compositeur : Hideaki Sakurai
Producteur : KATSU Shintaro
Durée : 1 h 23 environ
Disponibilité : 2 coffrets DVD HK Legend et Wild Side Vidéo, sortie au cinéma le 24 août 2005.
Attention : La saga Baby Cart ne sera disponible que dans une seule salle probablement : le Réflet Médicis.
- Voici les horaires.

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