Accueil > Dossier Cinéma Asiatique > Zatoichi à Paris > Int.Takeski Zatoichi Kitano : Kitano et les femmes...

Rubriques

Zatoichi à Paris

Int.Takeski Zatoichi Kitano : Kitano et les femmes...

Fantastikasia.net (malgré ma voix tremblotante - l’émotion... ne rigolez pas !! - j’arrive à articuler la double question que Suraj et moi-même avons retenue parmi les nombreuses que nous avions définies, celle-ci nous apparaissant la plus intéressante dans l’optique du site) : Je voudrais savoir si, dans toute votre filmographie et dans Zatoichi en particulier, vous avez été influencé par les autres cinémas asiatiques. On retrouve en effet dans votre film au confluent du chambara et du film de sabre une tradition sino-japonaise ; la séquence de fin peut faire penser aux scènes chorégraphiées bollywoodiennes ; l’énergie et le montage des scènes d’action, enfin, peut se rapprocher des films de Hong-Kong. Quelle est donc votre opinion sur les cinémas voisins ? D’autre part, il s’agit avec Zatoichi d’une première expérience pour vous, un film d’époque, en costumes, qui apparemment a été une expérience très plaisante et qui s’avère être une grande réussite. Est-ce le début d’une nouvelle aventure, sous-entendu, vous verra-t-on réaliser d’autres films de ce style-là ?

Takeshi Kitano : (profitant de ce que Valérie Dhiver lui traduit la question pour se mettre des gouttes dans son œil droit, avant de livrer une réponse pour le moins surprenante) : Tout d’abord, j’ai très très peu vu de films asiatiques. En ce qui concerne les scènes de combat, c’est vraiment fait à la japonaise, ça s’inspire par exemple beaucoup plus du kendo que de ce qu’on peut voir dans les autres films asiatiques, c’est pourquoi je pense qu’on ne peut pas dire que ça soit vraiment similaire... Mais, encore une fois, je n’ai presque jamais vu d’autres films asiatiques. Pour les scènes de claquettes, notamment la scène finale, ça se rapporte plus au théâtre de kabuki, dans lequel il existe justement une danse interprétée avec les **GEITA** (littéralement), ces espèces de claquettes en bois traditionnelles. Évidemment, cette danse est moins rapide, mais le rythme est similaire avec ce que l’on peut voir dans mon film. Donc je vois pas trop la référence aux films indiens... Mais, encore une fois, je ne les connais pas... Je suis quelqu’un de très peu influencé pour la bonne et simple raison que je ne regarde pas vraiment ce qui se fait autour de moi. Pour répondre à votre deuxième question, oui, j’ai quelques idées, j’aimerais bien faire un film sur le shogun par exemple, donc un film qui parle de l’histoire du Japon. Mais ce genre de films sont des films de très grande envergure, avec des milliers de figurants, donc je pense que ça ne sera pas possible, car financièrement, c’est colossal. Maintenant, si j’ai la chance de le faire un jour, ça m’intéresserait... En tous cas, j’ai déjà un scénario dans cet esprit-là.

- Journaliste indéterminée : Pour reprendre une partie de ce que disait Monsieur (c’est moi, lol !!), j’ai été très frappée par l’importance accrue de la musique et de la danse dans ce dernier film, et je voudrais savoir si vous envisagez de tourner une comédie musicale, voire un opéra filmé ?

Takeshi Kitano : Disons que je ne connais pratiquement rien à l’opéra ni aux comédies musicales, donc, en tous cas de mon propre chef, il y a peu de chances. Maintenant, le hasard fera que peut-être je serai amené à réaliser ce genre de films.

- Cosmopolitaine, émission sur France Inter : Il me semble qu’il y a quelque chose de nouveau dans Zatoichi par rapport à vos films précédents, c’est la place des femmes. Vous avez fait des films virils, des films d’hommes où les femmes occupaient en général de tout petits rôles de souffre-douleur ou de victimes passives. Et là, voici ces deux geishas qui appellent Zatoichi au secours pour être vengées. Mais elles mettent elles aussi la main à la pâte, elles sont reines de leur histoire et de leur destin. C’est la première fois, il me semble, que vous donnez à des femmes - dont l’une est un travesti, mais passons - un rôle aussi important dans l’un de vos films. Est-ce que vous pourriez du coup nous parler de votre rapport aux femmes au cinéma, et dans la vie aussi, pourquoi pas (rires) ?

Takeshi Kitano (que la question fait beaucoup rigoler... enfin, tout est relatif, beaucoup rigoler avec sa discrétion toute japonaise, il s’entend !) : En fait, paradoxalement, c’est peut-être parce que je suis quelqu’un qui adore les femmes qu’elles ont aussi peu de place dans mes films. Parce que je suis très timide. Je pense que peut-être les réalisateurs qui font des films sur les femmes, où celles-ci ont une place importante, sont des gens qui n’aiment pas les femmes. Peut-être que le jour où mon désir pour les femmes sera moins fort, ce jour-là je pourrai faire des films sur les femmes (toute la salle rigole avec Kitano. La journaliste de France Inter rajoute que ce jour-là il sera très vieux alors. Ce à quoi Kitano rétorque qu’à ce moment-là, malheureusement, il ne pourra plus venir en France !).

Sur cet échange de bonne humeur puis une salve d’applaudissements mérités, ainsi s’achève la conférence de presse. À peine Kitano s’est-il levé que la plupart des journalistes se ruent sur lui pour le prendre en photo de près et chasser l’autographe.

Suraj, ce veinard, parvient à se faire dédicacer ses deux DVD et son press-book (merci de me l’avoir donné ensuite, vous êtes trop bon, monseigneur, lol !!).


Le rédacteur Suraj se fait dédicacer ses DVD classiques de Kitano.


Le réalisateur quitte ensuite la salle, entouré de son escorte (attachés de presse, gardes du corps, etc.), et la pièce, dans son sillage, se vide très rapidement. Ne restent que cinq ou six personnes, dont Suraj et moi-même, échangeant nos impressions sur la conférence. Une conférence que nous ne sommes pas près d’oublier, tant ces quelques instants passés en compagnie du maître ont été magiques.


Zatoichi repart...


Une conférence qui nous aura également laissés un peu sur notre faim, d’une certaine manière : dans le meilleur des mondes, nous aurions bien sûr préféré avoir Kitano pour nous tout seuls, lui poser tranquillement la multitude de questions que nous avions en tête : pourquoi ses rôles de durs à cuir ont-ils toujours une facette aussi immature ? Pourquoi Zatoichi semble être son premier personnage véritablement « positif », par opposition à ses précédentes figures d’anti-héros ? Pourquoi la mort est-elle omniprésente dans tous ses films ? Comment explique-t-il l’ambiguïté de la relation quasi incestueuse entre le frère et le sœur (du moins, la sœur nous est apparue amoureuse de son frère travesti) ? Lui qui était dans Johnny Mnemonic avec Keanu Reeves, que pense-t-il de Matrix et, par extension, du pillage systématique des cinémas asiatiques par Hollywood ? etc. Dans le meilleur des mondes, nous aurions pu récupérer de si précieuses minutes sur le temps de parole de certains journalistes aux questions aussi fumeuses que pédantes, pour ne pas dire stupides (le syndrôme du « je m’écoute parler » ?). Dans le meilleur des mondes, nous aurions eu une Betacam pour filmer et j’aurais appris à utiliser l’appareil photo numérique prêté par un ami AVANT d’arriver à la conférence, histoire de ne pas rater les trois quarts de mes clichés (n’est-ce pas Athama ? lol). Dans le meilleur des mondes, j’aurais eu le "courage" de sortir un « dozo yoroshikou onegaishimasu » (formule de salutation respectueuse) bien senti, pourtant psalmodié toute la nuit précédente. Mais voilà... à l’instar des films de Kitano, nous n’étions pas dans le meilleur des mondes. Simplement dans le nôtre, celui qui se trouve devant l’écran et non derrière, avec ses regrets, ses actes manqués. Et aussi ses rares éclairs de joie. À n’en pas douter, cette journée en compagnie de l’un des plus grands cinéastes contemporains en était un.

Je conclurai en vous exhortant à lire les reviews du film sur le site ou ailleurs, et SURTOUT, à aller le voir. Si, comme moi, une fois rentrés chez vous, armés d’un balais de cuisine en guise de katana, vous poursuivez votre petit frère pour le pourfendre ou si vous improvisez frénétiquement quelques pas maladroits de claquettes devant la glace du salon, c’est que, vous aussi, vous avez succombé à un accès de fièvre kitanesque. Mais rassurez-vous, on n’en meurt pas, bien au contraire...

Images : Suraj

Remerciements à Raphaël DiCicco ( prêt de la caméra et encodage mpg) et Philippe Tournier ( prêt appareil photo)

Article précédent | pret immobilier
Takeski Zatoichi Kitano : interview d’un Ronin



Dans la même rubrique

Int.Takeski Zatoichi Kitano : Kitano et les femmes...
Int.Takeski Zatoichi Kitano : Kitano et les femmes...
Takeski Zatoichi Kitano : interview d'un Ronin
Takeski Zatoichi Kitano : interview d’un Ronin
Int.Takeski Zatoichi Kitano : dans le tranchant du sujet
Int.Takeski Zatoichi Kitano : dans le tranchant du sujet
Int.Takeski Zatoichi Kitano : un homme venu de nulle part
Int.Takeski Zatoichi Kitano : un homme venu de nulle part
Zatoichi - le film
Zatoichi - le film

Sur le Web : S'informer sur les conditions d'obtention de votre credit immobilier reste la première action à entreprendre avant d'aller consulter un courtier en pret immobilier afin de négocier le meilleur taux en connaissance de cause. Votre bien immobilier constitue l'investissement le plus important de votre vie. En cas de surendettement, plusieurs solutions de rachat de crédit ou de Crédit hypothécaire peuvent être envisagées. Le référencement naturel dans le secteur immobilier ainsi que du prêt immobilier a donné beaucoup d'abus. C'est de bonne guerre, le référencement payant est si prohibitif.

Articles les plus populaires

Shutter
Shutter
Dor
Dor
King Naresuan