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Zatoichi à Paris

Int.Takeski Zatoichi Kitano : un homme venu de nulle part

- Journaliste indéterminée : Zatoichi m’apparaît comme un homme venu de nulle part, qui combat seul contre tous, qui a peu de contingence personnelle ou familiale. Je voudrais savoir s’il ne s’agit pas là d’une métaphore de l’artiste qui, pour accomplir son œuvre, doit souvent gommer son entourage ?

Takeshi Kitano : (que la question fait quelque peu ricaner, mais qui semble néanmoins inspiré...) : C’est vrai que cette fois-ci je ne donne aucune explication sur ce personnage, il reste très mystérieux. Mais il faut savoir qu’au Japon Zatoichi est un personnage déjà très connu. En fait, au départ, je ne pensais pas que le film serait également montré à l’étranger. Quand on fait un film, un film, c’est quoi ? C’est deux heures, mais on raconte une histoire de plusieurs heures, voire de plusieurs années. Donc on choisit les éléments qu’on va mettre ou non dans le film. Peut-être que s’il y avait un Zatoichi 2 ou un Zatoichi 3, on développerait l’apparition, l’origine du personnage et on donnerait plus de détails sur lui (en écoutant la traduction, on se rend compte qu’une nouvelle fois Kitano ne répond pas vraiment à la question).

- Journaliste indéterminé : Qu’est-ce qui a motivé dans ce film l’utilisation systématique des effets spéciaux numériques dans les combats, quels avantages y avez-vous trouvé et éventuellement quels inconvénients par rapport à une approche plus traditionnelle, basée uniquement sur la chorégraphie et les effets de maquillage ?

Takeshi Kitano : Je pense qu’inversement j’ai essayé le moins possible d’utiliser les techniques numériques. J’y ai eu recours surtout quand le sang gicle, car je voulais gommer un peu la violence, la douleur inhérentes à ce genre de scène. Donc j’ai voulu créer un effet similaire à ce qu’on voit dans les jeux vidéo. Mais sinon, je pense que je n’ai pas cherché plus que ça à utiliser l’infographie numérique. J’aurais pu également utiliser des câbles quand Zatoichi saute, etc., ce genre de techniques, mais je ne voulais pas justement faire un film dans la veine des films de kung-fu de Hong-Kong.

- Journaliste indéterminé : Vous avez longtemps travaillé avec Joe Hisaishi pour la musique de vos films. Là, cette fois, vous avez collaboré avec Keiichi Suzuki (NDLR : rock star japonaise, leader du groupe Moonriders). Je voudrais savoir pourquoi, et si vous comptez retravailler avec Joe Hisaishi prochainement ?

Takeshi Kitano : : En fait, cette fois-ci, j’ai choisi de travailler avec quelqu’un d’autre parce que les thèmes musicaux des scènes de claquettes notamment, par exemple, celles dans les champs avec les fermiers qui cultivent la terre et où on a utilisé des percussions, tous ces thèmes avaient déjà été faits, et donc, il fallait que la musique du film soit elle-même faite en tenant compte de ça. Hisaishi, c’est quelqu’un qui n’est pas très flexible, et c’est pourquoi j’ai pensé qu’il serait préférable de travailler avec quelqu’un d’autre. Maintenant, est-ce que dans l’avenir je retravaillerai avec lui ou pas, ça je ne sais pas (le divorce entre les deux mastodontes serait-il consommé ? Espérons que non)...

- Journaliste indéterminé : On parle beaucoup de la technique, des combats, mais votre film, ce n’est pas que ça. C’est vrai qu’au début j’étais très réfractaire quand vous avez commencé à faire du cinéma parce qu’il y avait beaucoup de violence, il y avait beaucoup de sang. Mais plus vous avancez dans votre filmographie et plus vous nous surprenez de film en film. J’ai même du coup revu sous un autre regard vos premières œuvres. Donc je pense qu’il y a quelque chose d’important dans votre cinéma, c’est la relation à la violence et au milieu social. C’est vrai qu’il y a des morts, des combats, mais l’essentiel n’est pas là. Et je pense que la phrase de fin de Zatoichi résume bien ce que vous avez voulu dire. Moi je vous dis bravo parce que c’est un film exceptionnel ! Peut-être que vous allez nous livrer, parce qu’à chaque fois vous nous livrez quelque chose de différent, une comédie musicale par la suite, on en serait enchantés. Alors j’aimerais que vous répondiez à toutes ces questions si vous pouvez, en petites parties (quelques rires dans l’assistance), car c’est vrai, c’est du cinéma qui veut dire quelque chose, ce n’est pas simplement montrer de la violence pour montrer de la violence. Je pense que vous faites du cinéma pour ça, pour raconter des histoires, pour parler de l’être humain avec ses souffrances et... voilà... merci beaucoup (le journaliste ne semble plus trop savoir où il en est, nous non plus d’ailleurs, pour être honnête ! Mais, quoique confus, c’est là le premier véritable hommage de la conférence adressé à Kitano !)

Takeshi Kitano : (inclinant la tête en direction du journaliste) : Arigato ! (toute la salle sourit, puis explose de rire lorsque la traductrice, elle aussi amusée, signale qu’il n’y a pas vraiment de questions. Ce à quoi le journaliste, quelque peu embarrassé, répond en précisant qu’il veut savoir quel est le rapport de Kitano à la violence et qu’est-ce que c’est pour lui « faire du cinéma »... résumé comme ça, c’est tout de suite plus compréhensible !) Tout d’abord, par rapport à la violence, c’est vrai qu’à chaque fois que je fais un film et à chaque fois que je suis interviewé, le mot « violence » ressort. Je pense qu’en effet ma façon de décrire la violence est différente de celle des autres. Quand je montre la violence, justement je ne veux pas que l’on croit qu’il s’agit d’un jeu, je veux que l’on soit conscient que la violence fait mal. Maintenant, on me demande souvent si j’aime la violence... je pense que ce n’est pas le cas. Quand on compare mes films à d’autres, tels que la série des Die Hard ou autre, par exemple, où il a y plein de morts, dans les miens, en fait, il n’y a que quelques morts (rires... effectivement tout est relatif !). Par rapport à ma relation au cinéma, outre le fait que je sois réalisateur, je travaille également pour la télévision, j’écris des livres, je peins. Donc, pour moi, le cinéma c’est ce qui rassemble tout ça. C’est pour ça que je continue à faire des films, parce que le cinéma me semble l’art le plus complet, qui me permet de tout faire.

- Journaliste indéterminé : Y-a-t-il des choses issues de ces années dans le manzai qui ont servi pour le tournage de Zatoichi, puisque vous semblez parler de parodies de mouvements de samouraïs que vous faisiez sur scène et dont vous vous êtes souvenu pour le film ? Est-ce que vous vous considérez toujours, encore maintenant, comme un rônin du cinéma ?

Takeshi Kitano : : Oui, quand vous parlez de manzai, on appelle ça aussi stand-up comedy. J’ai fait ça et j’ai également joué dans des espèces de chambara humoristiques qui tournaient en dérision les combats de sabres. J’ai aussi fait des claquettes. Donc pour Zatoichi, j’ai effectivement l’impression d’avoir rassemblé toutes ces expériences passées. Sinon, pour la deuxième question, disons que dernièrement je suis enfin reconnu comme réalisateur, ce qui ne veut pas dire qu’on m’aime pour autant parce que je n’écoute pas ce qu’on me dit (rires).

- Respect Magasine : Dans notre magazine, nous sommes souvent irrespectueux, car il y a trop de clichés qui dominent le monde. Dans votre cas, je ne vais pas y arriver, donc je vous dis « Respect, Monsieur Kitano ! » Nous donnons souvent la parole à des personnes qui ne l’ont pas forcément beaucoup, notamment les jeunes de banlieues, plus généralement les jeunes en manque de repères. Peut-être ne le savez-vous pas, mais votre film Brother constitue souvent pour ces jeunes un film culte, au même titre que Scarface, par exemple. Ce n’était peut-être pas votre but premier, car il me semble qu’il y a tout de même une vision critique de la violence à l’américaine dans Brother. Avec Zatoichi, je pense que vous avez voulu faire un film jeune pour les jeunes. Vous êtes un cinéaste international, avec ce que ça sous-entend de responsabilité. Vous dites que votre film ne devait pas forcément sortir du Japon, donc j’aimerais savoir comment les jeunes Japonais ont reçu votre film, notamment quand on sait qu’il y a un désir de votre part de lier la tradition à une expression moderne de cette tradition, d’où un désir de communiquer sur la base de la jeunesse. Ma question est donc la suivante : que pensez-vous pouvoir apporter aux jeunes en manque de repères, dans nos pays, par exemple ?

Takeshi Kitano : (livrant une réponse pertinente à cette question pour le moins « embrouillée ») : Le film a un succès considérable au Japon qui m’étonne moi-même : déjà presque deux millions de spectateurs depuis sa sortie, parmi lesquels des jeunes, mais aussi des moins jeunes qui vont le voir par nostalgie à l’égard de Zatoichi et qui sont très étonnés par le film. Pour ma part, je ne suis pas du genre à faire de distinction entre ce qui est jeune et ce qui l’est moins. Je considère que toute personne tant qu’elle vit est jeune, il faut tout faire pour vivre parce que la mort peut surgir à n’importe quel moment. Je pense que le discours, le message, est le même quel que soit l’âge, l’important c’est de vivre, la mort n’épargne personne. On n’est pas obligé de tenir un discours spécifique aux jeunes, c’est à eux de trouver quelque chose d’intéressant, ce qui est d’ailleurs aussi valables pour les plus vieux.


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