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50 ans de cinéma coréen en 50 films

Yeonsan-gun

Yeonsan-gun

Cette reconstitution historique de 1961 est soi-disant une « super production », mais ce terme est à replacer dans le contexte de l’époque : rien à voir évidemment avec les « blockbusters » d’aujourd’hui. Des décors luxueux, des costumes traditionnels magnifiques et quelques figurants, cela suffisait pour obtenir alors cette appellation (et Cécile B. DeMille faisait déjà cent plus impressionnant).

En cette année 1961, le cinéma passe sous la tutelle du ministère de l’Information, et deux autres films du même réalisateur, Shin Sang-ok, obtiennent un énorme succès auprès du public, Söng Ch’unhyang (premier film en cinémascope et en couleurs en Corée), ainsi que L’invité de la chambre d’hôte et ma mère (considéré par beaucoup comme l’un des chefs-d’œuvre du cinéma coréen).

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Le roi et ses concubines.

Quand sort Yeonsan-gun, grand spectacle en cinémascope et en couleurs, la programmation dans les salles est suspendue pendant cinq jours à la suite du coup d’état du 16 mai de Pak Chönghui... Malgré cela, le film remporte le succès et il sera même suivi d’un autre volet l’année d’après, Yeonsan le tyran.

Le prix de la Grande Cloche (« Dajongsang »), sorte d’Oscar national, est même créé spécialement pour récompenser Yeonsan-gun. Shin Sang-ok le remportera encore plusieurs fois par la suite. Le début des années 60 voit vraiment le règne de ce réalisateur.

Historiquement, Yeonsan (1494-1506) fut le dixième roi de la dynastie Yi. Il tua de nombreux fonctionnaires lettrés et gouverna mal la Corée. Finalement, il fut chassé par ses courtisans et finit sa vie sur une petite île près de celle de Kanghwa, à l’ouest du pays.

Ce roi était non seulement violent, mais souffrait aussi de son infériorité sur le plan littéraire. Après son couronnement, il découvrit la mort injuste de la reine, sa mère. Pour se venger, il trouva des prétextes pour tuer un grand nombre de ses courtisans. Il transforma l’académie royale en bistrot et passa ses journées à boire, entouré de femmes. Il supprima aussi le système des requêtes populaires et l’utilisation de l’alphabet coréen chez le peuple (à l’époque, les nobles utilisaient les caractères chinois, le peuple employait l’alphabet coréen). En tous cas, les complots incessants des nobles régionaux, le peu de pouvoir réel du roi, les assassinats cruels qu’il commandita, son complexe d’Oedipe et ses perversités (il épouse une maîtresse de son oncle, par exemple) sont de nature à exciter la curiosité publique...

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Le roi et sa favorite, Chang Roksu.

Dans le film, le récit de la montée au pouvoir du pire roi de la dynastie Yi exploite certes le charme du drame historique avec un grand investissement matériel, mais c’est surtout de la réputation sulfureuse du tyran dont sont friands les spectateurs coréens. Cela tient à l’assassinat de la mère de Yeonsan à la suite d’un complot de la cour (et le film ressemble parfois à une enquête de polar), qui provoqua chez le souverain un sentiment de vengeance à la manière de Hamlet et le désespoir d’un homme qui a perdu sa mère.

Le récit peut aussi s’apparenter parfois au genre fantastique lorsque la mère assassinée apparaît au souverain pour lui réclamer sa réhabilitation alors que son esprit hante fortement Yeonsan. Cela vaudra à ce dernier sa descente dans la folie et sa perte...

Le film a donc l’ambition du grand spectacle. Et c’est avec la sûreté d’un producteur-réalisateur que Shin Sang-ok impose à la Corée un modèle de cinéma commercial intelligent. Il abandonne tout scrupule de fidélité historique pour se concentrer sur une étude psychanalytique de son personnage principal.

Si son style est classique, il reste toujours sensible au désir du public et à la modernité. Ici, il s’agit donc pour lui d’ouvrir avec flamboyance l’ère du cinéma en couleurs... Et c’est bien la seule qualité visuelle du film (sa vive colorimétrie donc !), puisqu’il n’y a rien d’autre à signaler de marquant dans la mise en scène.

Les images sont certes bien cadrées (on compara en son temps le style de Shin Sang-ok à celui du japonais Ozu Yasujiro), avec des effets de prises de vues bancales pour insister sur la folie du héros. Il n’y a cependant rien de bien original non plus.

La musique traditionnelle utilisée est insupportable. Elle s’avère lancinante et répétitive, et en rajoute à l’ennui provoqué par un scénario à rallonge et par trop explicatif (2 h 26 où l’on sait tout depuis le début, mais où l’on vous l’explique malgré tout trois fois de suite !).

Le pire réside dans l’interprétation de Sin Yönggyun qui surjoue la folie du héros à outrance. Entre sa démesure et le jeu non expressif des acteurs secondaires, il y a un tel fossé que cela ne fonctionne pas du tout.

En conclusion, j’ai trouvé le film assez nul. J’aurais pu vous le dire d’emblée, mais c’était l’occasion ou jamais de faire un cours d’histoire !

En dehors de sa suite par le même metteur en scène, un autre Yeonsan-gun fut réalisé en 1987 par Yi Hyöksu, alors que Im Kwon-taek sortait Chroniques de Yeonsan la même année. Chang Roksu, la concubine de Yeonsan, est aussi l’héroïne de plusieurs films comme La concubine royale Chang de Chöng Changhwa en 1961 ou Chang Roksu la femme fatale de Yi Kyuung en 1969. On peut donc espérer que la vie complexe de ce despote a entraîné (et entraînera encore) de meilleures adaptations cinématographiques que celle, bien ennuyeuse, de Shin Sang-ok.

P.-S.

FICHE TECHNIQUE :
Réalisateur, producteur : Shin Sang-ok
Pays : Corée du Sud
Année : 1961
Interprètes : Shin Yönggyun, Yi Minja, Choe Ünhüi, Han Ünjin
Scénariste : Im Hüijae, d’après une œuvre de Pak Chonghwa
Directeur de la photographie : Pae Sônghak, scope, couleurs
Monteur : Kim Yônghüi
Compositeur : Chöng Yunju
Société de production : les films Sin
Durée : 146 min

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